()
AccueilBlogL'identifier
L'identifier

Femme perverse narcissique : le pervers narcissique au féminin

29 Nov 2025 Mis à jour le 12 Sep 2026 24 min
Femme perverse narcissique : le pervers narcissique au féminin
L’essentiel

La femme perverse narcissique existe et fonctionne comme son homologue masculin : absence d'empathie, besoin de contrôle, emprise progressive sur un partenaire choisi pour ses failles. Elle se distingue par ses armes : la séduction, la victimisation, la parole qui humilie et l'instrumentalisation des enfants. Les personnes qu'elle cible, le plus souvent des hommes, se taisent par honte. La reconnaître, s'en éloigner et se faire accompagner sont les trois issues.

Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Trente-cinq ans de pratique clinique.

La femme perverse narcissique existe, et elle fonctionne comme son homologue masculin : absence d’empathie, besoin de contrôle, emprise progressive sur un partenaire choisi pour ses failles. Le pervers narcissique au féminin ne se distingue pas par sa structure mais par ses armes : la séduction, la victimisation, la parole qui humilie et l’instrumentalisation des enfants. L’homme, lui, use plus volontiers de l’autorité ou de la force. Les personnes qu’elle cible, le plus souvent des hommes, se taisent par honte, prises entre l’emprise et le stéréotype de l’homme fort. La reconnaître, s’en éloigner et se faire accompagner sont les trois issues, dans cet ordre.

Depuis 2005, je reçois des personnes prises dans une relation d’emprise avec un pervers narcissique, et une part d’entre elles, plus grande qu’on ne le croit, décrit une femme. Des hommes, d’abord, qui mettent souvent des mois à prononcer le mot, parce qu’il leur semble réservé aux hommes et qu’ils craignent de passer pour faibles. Mais aussi des femmes, ciblées par une mère, une amie, une supérieure hiérarchique ou une compagne. La perversion narcissique, telle que l’a décrite Paul-Claude Racamier, n’a pas de sexe. Ce qui change, c’est la manière dont elle se déguise.

Cette page est consacrée à la perverse narcissique elle-même : son profil, son mode opératoire, ses armes propres et ce qu’elle produit chez la personne qu’elle vise, le plus souvent dans le couple. Elle ne dresse pas l’inventaire des femmes toxiques, ce que fait l’article sur les neuf types de manipulatrices sentimentales, dont la perverse narcissique n’est que le profil le plus grave. La situation de l’homme ciblé, et le discernement nécessaire face aux accusations retournées, sont traités dans Homme victime de femme perverse narcissique. Quant à la mère perverse narcissique, elle a sa page propre, tant l’emprise maternelle obéit à des règles particulières.

Le pervers narcissique au féminin : une structure identique, une expression différente

La femme perverse narcissique, une réalité clinique

Le pervers narcissique est un sujet dont le moi ne tient debout que par l’image, et qui se sert d’autrui comme d’un objet pour combler un vide intérieur qu’il ne peut pas reconnaître. Cette structure, le narcissisme pathologique dans sa forme perverse, n’est pas un trait masculin. Elle se rencontre chez des femmes avec la même absence d’empathie, ou plus exactement le même mauvais usage de l’empathie, mise au service de la manipulation. On y retrouve la même incapacité à éprouver la culpabilité et le même besoin d’admiration et de contrôle. La perverse narcissique instrumentalise l’autre, le disqualifie et l’assujettit selon une logique en tout point comparable à celle de l’homme.

Il convient de rester prudent sur les proportions. Aucune donnée fiable ne permet d’établir la part des femmes parmi les pervers narcissiques. Le sujet prête aux exagérations dans les deux sens : ceux qui nient l’existence de la perverse narcissique, et ceux qui en voient une dans toute compagne conflictuelle. Ce que je constate en consultation est plus mesuré. Les hommes ciblés par une femme perverse narcissique existent, et ils sont plus nombreux que ne le laisse penser leur silence. Ils parlent plus tard, plus difficilement et avec davantage de doutes que les femmes placées dans la même position.

Ce qui change : les armes, non la logique

Là où l’homme pervers narcissique peut s’appuyer sur l’autorité, la supériorité économique ou la menace physique, la femme perverse narcissique s’adapte aux codes assignés au féminin et retourne ces codes en instruments. Sa séduction passe pour de l’amour, sa victimisation pour de la sensibilité, sa parole blessante pour de la franchise, son emprise sur les enfants pour de l’instinct maternel. Chacune de ces armes bénéficie du crédit social accordé au féminin, ce qui la rend à la fois plus discrète et plus difficile à dénoncer.

Cette différence d’expression a une conséquence pratique : les signes que l’entourage sait repérer chez un homme, la colère, la domination visible, la jalousie affichée, sont souvent absents ou inversés. La perverse narcissique paraît fragile, dévouée, accablée par un compagnon qu’elle décrit comme instable ou violent. C’est cette vitrine que la personne ciblée passe des années à ne pas parvenir à contredire, y compris à ses propres yeux.

Qui vise-t-elle ?

Dans le couple, la personne qu’elle vise est le plus souvent un homme, et c’est de lui que parle principalement cette page. Mais la perverse narcissique occupe aussi d’autres places : mère, belle-mère, sœur, amie de longue date, collègue ou supérieure hiérarchique, compagne dans un couple de femmes. Le témoignage de Mélanie, un an après une relation avec une compagne perverse narcissique, rappelle que les personnes qu’elle vise ne sont pas seulement des hommes. La belle-mère perverse narcissique a, comme la mère, sa page dédiée, parce que l’emprise familiale obéit à ses propres règles. Ce qui suit décrit le couple, où son mode opératoire se déploie le plus complètement.

Vous vous demandez si votre relation relève de l’emprise ?

Le test du site vous aide à repérer les signes d’une relation d’emprise avec une perverse narcissique, quel que soit votre sexe. Résultat immédiat et gratuit.

Faire le test

Le mode opératoire d’une femme perverse narcissique : séduction, invasion, destruction

Les moyens qu’emploie une femme perverse narcissique pour prendre l’ascendant sur son partenaire et l’enfermer dans l’emprise ne diffèrent pas, dans leur enchaînement, de ceux de l’homme. Les trois temps du cycle narcissique, idéalisation, dévaluation, rejet, s’y retrouvent, avec une mise en scène adaptée à ce que l’on attend d’une femme.

La séduction : le miroir de la femme parfaite

La rencontre est celle d’une séduction intense. Si l’homme pervers narcissique joue le chevalier servant, la femme flatte son partenaire en incarnant celle qu’il espérait : attentive, admirative, disponible, capable de le comprendre comme personne avant elle. Elle devine ses blessures, souvent parce qu’il les lui a confiées très tôt, et se présente comme celle qui va enfin les réparer. Ce love bombing au féminin, décrit dans l’article sur le faux amour du pervers narcissique, repose sur le mirroring. Elle lui renvoie ses goûts, ses valeurs et ses attentes comme un miroir, et il croit avoir rencontré son double.

Sa vitrine sociale complète le tableau : apparence soignée, intérieur impeccable, enfants présentables, entourage charmé. L’homme ciblé se félicite de sa chance, et son entourage, au début, s’en réjouit avec lui. Cette promesse implicite de réparation est le crochet qui l’ancre dans la relation, avant même que l’emprise ne commence.

L’invasion : l’emprise s’installe

Puis la façade se fissure, par petites touches. Elle s’est rendue indispensable, gardienne de ses blessures et de son bien-être, et c’est de cette place qu’elle commence à exiger. Les sautes d’humeur apparaissent, l’agressivité aussi, entrecoupées de retours de tendresse qui font tout pardonner. Ce renforcement intermittent, le chaud et le froid, attache le partenaire plus sûrement qu’une hostilité constante : il travaille sans relâche à retrouver la femme du début, persuadé qu’elle existe encore.

Elle déploie alors l’attirail de la manipulation mentale : mensonges, dévalorisation, culpabilisation, silences punitifs, exigences contradictoires. L’homme ciblé se met à redouter ses réactions, à anticiper ses colères, à s’excuser sans savoir de quoi. Il marche sur des œufs, selon l’expression que tous, hommes et femmes, emploient en consultation pour décrire cet état.

L’isolement : couper les liens

Comme son homologue masculin, la perverse narcissique isole la personne qu’elle a choisie pour la soustraire à toute influence autre que la sienne. Elle procède rarement par interdiction ; elle procède par jugement. La famille de l’homme est la première visée, sa mère en particulier, présentée comme envahissante ou toxique ; puis ses amis,  » mauvais pour lui  » ; puis ses collègues,  » qui ne le respectent pas « . Chaque lien est disqualifié un à un, et elle se pose comme la seule personne qui le comprenne vraiment.

Pour écarter les proches les plus clairvoyants, ou les enfants d’une précédente union, elle recourt au chantage affectif et à la culpabilité, jusqu’au harcèlement moral de basse intensité. L’article sur le pervers narcissique et vos amis décrit cet isolement stratégique. Sa version féminine a ceci de particulier qu’elle se présente comme une demande de protection : ce n’est pas lui qu’elle isole, c’est elle qu’il faut protéger de ces gens-là.

Les armes propres de la perverse narcissique

Une fois la personne ciblée isolée et dépendante, la destruction commence. C’est ici que la femme perverse narcissique se distingue le plus nettement de l’homme, moins par l’intensité que par les moyens.

La parole qui humilie, jusque dans l’intimité

Son infériorité fréquente dans le rapport de force physique la conduit à concentrer ses attaques sur le terrain de la parole, où elle excelle. La manipulation verbale est son arme de précision : remarques distillées sur le ton de la plaisanterie, comparaisons avec d’anciens partenaires, disqualification de tout ce qu’il entreprend. Les efforts qu’il fait pour la garder sont les premiers visés.  » Tu n’es pas un vrai homme « ,  » Mon ex savait s’y prendre, lui « ,  » Tu es pathétique quand tu pleures « . Ces phrases visent le cœur de l’identité masculine, et elles sont d’autant plus efficaces qu’un homme se plaindra rarement d’en avoir été blessé.

Le dénigrement se glisse dans l’intimité, là où il fait le plus mal : son corps, sa virilité, ses performances sexuelles, dans les moments où il est le plus vulnérable. Cette humiliation intime a un effet précis. Elle interdit toute plainte, parce que se plaindre reviendrait à répéter l’humiliation devant un tiers.

La victimisation et l’inversion accusatoire

C’est son arme la plus spécifique. Quand l’homme ciblé ose se plaindre, elle inverse les rôles : c’est elle qui souffre, c’est lui qui la maltraite, c’est elle qui a peur. Cette inversion accusatoire, décrite dans l’article Inversion accusatoire et pervers narcissique, existe chez l’homme. Chez la femme, elle bénéficie d’un crédit immédiat, puisque la parole d’une femme qui se dit maltraitée est, à juste titre, entendue. La perverse narcissique le sait et s’en sert : contre-vérités, larmes bien placées, récits où elle tient toujours le rôle de celle qui subit.

Cette inversion est particulièrement dévastatrice pour un homme, parce qu’elle exploite sa peur d’être perçu comme un agresseur. Il en vient à douter de sa propre perception : et s’il était bien celui qui la fait souffrir ? C’est ce doute, entretenu par le gaslighting, qui le tient en place bien mieux que la menace. L’article Qui est la victime ? aide à démêler cette confusion des rôles.

La sexualité et l’infidélité comme moyens de pression

La femme perverse narcissique se sert souvent de la sexualité comme d’un levier. Elle alterne les périodes de disponibilité intense, pour maintenir le lien, et les périodes de rejet glacial, pour punir. L’abstinence imposée n’est pas la seule humiliation : l’infidélité, réelle ou suggérée, entretient chez le partenaire une insécurité permanente et le renvoie à sa prétendue insuffisance. L’article sur la sexualité sous l’emprise d’un pervers narcissique décrit cette instrumentalisation, commune aux deux sexes.

La violence physique, un tabou masculin

Si le partenaire est passif, la perverse narcissique peut passer à la violence physique : gifles, griffures, objets lancés. L’homme ne la dénonce presque jamais, parce qu’il sait ce qu’on lui répondra : qu’il a dû la provoquer, qu’elle s’est défendue, qu’un homme ne se laisse pas battre. Elle est par ailleurs redoutablement douée pour mettre les apparences de son côté, et la version qu’elle donnera des faits, si elle en donne une, fera de lui l’agresseur. Ce silence-là est l’un des plus lourds que j’entends en consultation.

Les enfants, levier majeur de la femme perverse narcissique

S’il existe un domaine où la perverse narcissique dispose d’un avantage considérable sur son homologue masculin, c’est celui des enfants. La mère reste perçue comme le parent naturel, celui dont l’amour va de soi ; elle en use comme d’un capital.

Pendant la relation : menaces et triangulation

Les enfants deviennent un levier de contrôle. Elle peut menacer de partir avec eux, de les monter contre leur père ou de l’en priver s’il ne se plie pas à ses exigences. Elle les prend à témoin de ses souffrances, se plaint auprès d’eux de leur père, en fait ses confidents puis ses alliés. C’est la triangulation, décrite dans l’article sur le jeu du tiers complice, appliquée à des tiers instrumentalisés qui n’ont pas l’âge de refuser ce rôle.

À la séparation : accusations, aliénation, procédure

Lors de la séparation, cette instrumentalisation atteint son point le plus haut. Les configurations que je rencontre se ressemblent : accusations de violence conjugale, parfois d’attouchements sur les enfants ; demande d’ordonnance de protection pour éloigner le père ; droits de visite sabotés ; enfants progressivement retournés jusqu’au rejet complet, ce que décrit l’article sur l’instrumentalisation du syndrome d’aliénation parentale. Il faut le dire avec précision : de telles accusations sont parfois fondées, et c’est précisément ce qui rend l’accusation mensongère si efficace. Elle ne s’invente pas hors de tout contexte ; elle se greffe sur un crédit légitime.

Le père ciblé se trouve alors doublement piégé. Il a subi des années d’emprise, et il doit désormais se défendre d’en être l’auteur, devant des interlocuteurs pour qui sa version est, au mieux, la parole de l’un contre celle de l’autre. Les articles Divorcer d’un pervers narcissique et Comment prouver la violence psychologique donnent les repères utiles. La coparentalité avec un pervers narcissique fixe ensuite les règles d’une parentalité parallèle : échanges écrits, factuels et brefs, décisions séparées, enfants tenus hors du conflit.

L’homme ciblé par une femme perverse narcissique : la double peine

La honte et le stéréotype de genre

L’homme pris dans l’emprise d’une femme perverse narcissique porte une charge que la femme dans la même position ne connaît pas sous cette forme : le stéréotype de genre. Comment reconnaître, quand on est un homme, que l’on est sous la coupe de sa compagne ? Comment dire que l’on subit des violences psychologiques, voire physiques, de la part d’une femme ? La société attend des hommes qu’ils soient forts et maîtres de la situation ; admettre cette vulnérabilité passe, dans l’imaginaire collectif, pour une faiblesse ou pour un aveu. Beaucoup préfèrent minimiser : elle a du caractère, elle est passionnée, c’est lui qui l’a cherché.

Cette honte est elle-même un effet de l’emprise, non un défaut de courage. Elle retarde la prise de conscience de plusieurs années, dissuade de consulter, fait redouter les moqueries de ceux qui ne verront en lui qu’un naïf. J’ajoute un élément de discernement, parce qu’il compte. Depuis quelques années, le vocabulaire de la perversion narcissique est parfois retourné par des hommes qui ne subissent aucune emprise, pour disqualifier une ancienne compagne. Ce détournement nuit d’abord aux hommes réellement ciblés, et l’article Homme victime de femme perverse narcissique explique comment distinguer l’un de l’autre : par les faits et par leurs effets, jamais par le seul vocabulaire.

Ce qu’elle choisit chez lui

La perverse narcissique choisit avec soin la personne qu’elle vise. Elle préfère les hommes doux, réservés, loyaux, qui ne sauront pas comment réagir devant sa tyrannie et qui chercheront d’abord ce qu’ils ont fait de mal. Comme tout pervers narcissique, elle a besoin d’une faille narcissique chez l’autre : un besoin d’être aimé, une dépendance affective souvent ancienne, une histoire où l’amour s’est toujours mérité. C’est ce besoin, plus que la contrainte matérielle, qui retient l’homme ciblé : il est souvent moins retenu qu’une femme sur le plan économique, et il reste pourtant. L’article Se pencher sur nos failles narcissiques éclaire ce point d’accroche.

Une configuration observée en consultation

Une configuration revient assez souvent dans ma pratique pour que je puisse la décrire sans trahir personne ; les traits en sont composites et anonymisés. Un homme d’une quarantaine d’années consulte, deux ans après une séparation, pour ce qu’il nomme une difficulté à faire confiance. Il ne parle pas d’emprise. Il décrit une ancienne compagne brillante, appréciée de tous, et une relation compliquée où, selon lui, il n’a pas été à la hauteur. Ce n’est qu’au fil des séances qu’apparaissent l’éloignement de sa propre famille, les remarques sur son corps et les menaces de partir avec les enfants. Puis vient, au moment de la séparation, une accusation qui l’a placé en position d’accusé pendant des mois.

Le tournant du travail n’a pas été de nommer la perversion narcissique de son ancienne compagne ; il a été de comprendre que la honte qu’il éprouvait était un effet de la relation, et non une vérité sur lui. À partir de là, il a pu relire les années passées sans se les reprocher, renouer avec ceux qu’il avait laissés et cesser de se définir par le regard qu’elle portait sur lui. Ce déplacement, de la culpabilité vers la compréhension, est le cœur de l’accompagnement des hommes ciblés.

Les signaux d’alerte

Certains signes doivent alerter dès le début d’une relation, ou permettre de relire une relation en cours :

  • elle semble parfaite, et trop vite ;
  • elle décrit tous ses anciens compagnons comme des pervers ou des fous ;
  • elle cherche à vous éloigner de votre famille et de vos amis, sous couvert de vous protéger ;
  • ses colères sont disproportionnées et suivies de retours de tendresse ;
  • elle ne s’excuse jamais de manière sincère ;
  • elle retourne toute plainte contre vous et se pose en victime ;
  • vous marchez sur des œufs en permanence et vous vous justifiez sans cesse.

Aucun de ces signes n’est décisif isolément ; c’est leur accumulation et leur persistance qui dessinent une emprise. Le test du site permet d’en faire le relevé pour votre propre situation.

S’éloigner et se reconstruire après une femme perverse narcissique

La distance, seule protection efficace

On ne change pas une perverse narcissique, on ne la convainc pas, on ne la répare pas, et l’on ne gagne pas contre elle sur son terrain. La seule issue qui protège est la distance : le no contact lorsqu’il est possible, la méthode du grey rock lorsque des enfants imposent de maintenir un lien. Les cinq étapes de la libération de l’emprise valent pour son homologue féminin, avec une précaution supplémentaire : préparer la séparation, conserver les écrits et tenir un journal de bord des faits et des dates. La version qu’elle donnera de la rupture est déjà écrite ; les traces sont ce qui la contredit. Il faut s’attendre aussi au hoovering, ces tentatives de récupération par les larmes, les promesses ou les enfants, puis au harcèlement post-séparation.

Rompre le silence et l’isolement

Pour sortir de l’ornière, les hommes ont au moins autant besoin que les femmes d’être entourés, et ils ont souvent perdu davantage de liens en route. Renouer avec la famille et les amis que la relation a éloignés est la première étape. L’article À qui parler du pervers narcissique aide à choisir ses interlocuteurs, et Comment expliquer l’emprise aux proches donne les mots. Consulter fait partie de cette rupture du silence : les hommes sont de plus en plus nombreux à pousser la porte d’un psychologue, et c’est une évolution nécessaire.

Comprendre pour ne pas répéter

Le travail thérapeutique porte d’abord sur la honte, puis sur l’histoire. Quelles blessures de l’enfance ont rendu cet homme sensible à une femme qui promettait de le réparer ? Quel besoin d’être aimé lui a fait accepter l’inacceptable ? Comprendre ce point d’accroche n’est pas se rendre coupable de la relation ; c’est se donner les moyens de ne pas retomber sur un pervers narcissique, quel que soit son sexe.

Le travail de reconstruction

Après des années de dénigrement, l’estime de soi est en lambeaux. L’homme ciblé peut traverser une dépression sévère, parfois avec des idées noires, ou une impossibilité durable de s’engager à nouveau. La reconstruction passe par la réappropriation de sa valeur, de ses qualités et de son droit à être respecté ; elle est longue, et elle est possible. Elle demande le plus souvent un accompagnement, parce que la confusion installée par l’emprise ne se dissipe pas seule et que la honte, sans regard extérieur, se reconstitue.

À retenir

La femme perverse narcissique a la structure de son homologue masculin : absence d’empathie, besoin de contrôle, emprise progressive sur un partenaire choisi pour ses failles.

Elle se distingue par ses armes : séduction, victimisation, parole qui humilie, inversion accusatoire et instrumentalisation des enfants, toutes protégées par le crédit social accordé au féminin.

La honte qui fait taire l’homme ciblé est un effet de l’emprise, non une vérité sur lui. Les trois issues sont la distance, la parole et l’accompagnement.

En conclusion

La reconnaissance du pervers narcissique au féminin n’est pas une querelle de genre ; c’est un enjeu clinique. Tant que la femme perverse narcissique restera impensable, les personnes qu’elle vise resteront muettes, et les hommes qui la décrivent continueront d’être soupçonnés avant d’être entendus. L’inverse est vrai aussi : le discernement reste nécessaire, parce que le vocabulaire de l’emprise peut être retourné. Ce sont les faits, leur répétition et leurs effets qui permettent de conclure, non le sexe de la personne qui accuse ni celui de la personne accusée.

Si vous êtes un homme pris dans une relation avec une femme manipulatrice, ce que vous vivez a un nom, il est réel et il ne dit rien de votre valeur. La sortie existe. Elle passe par la distance, par la parole et par l’aide, et vous n’avez pas à l’emprunter seul.

Vous reconnaissez cette dynamique dans votre relation ?

Pascal Couderc, psychanalyste et psychologue clinicien, et son équipe de psychologues spécialisés dans l’emprise vous reçoivent en visioconsultation, où que vous soyez. Un regard clinique extérieur pour analyser votre situation et vous accompagner vers la reconstruction, en toute confidentialité.

Prendre rendez-vous pour une visioconsultation

FAQ : la femme perverse narcissique

Une femme peut-elle être perverse narcissique ?

Oui. La perversion narcissique est une structure de personnalité, non un trait masculin. Elle se caractérise par l’absence d’empathie, le besoin de contrôle et l’usage de l’autre comme d’un objet, et ces caractéristiques se rencontrent chez des femmes. Les femmes perverses narcissiques sont probablement moins nombreuses que les hommes, mais aucune donnée fiable ne permet d’en fixer la proportion. Elles sont surtout moins repérées, parce que leurs armes, séduction, victimisation, emprise par les enfants, passent pour des qualités féminines. Les personnes qu’elles visent, le plus souvent des hommes dans le couple, parlent tard et difficilement, ce qui contribue à rendre le phénomène invisible. La perverse narcissique se rencontre aussi comme mère, amie, collègue ou compagne dans un couple de femmes.

Comment reconnaître une femme perverse narcissique ?

Par une combinaison de signes qui persistent dans le temps. Une séduction intense et rapide au début, une image sociale soignée qui contraste avec le comportement en privé, un éloignement progressif de votre famille et de vos amis. Des colères disproportionnées suivies de tendresse, l’absence d’excuses sincères, le retournement systématique de vos plaintes contre vous et la victimisation dès qu’elle est mise en cause. Le signe le plus parlant est votre propre état : vous marchez sur des œufs, vous vous justifiez sans cesse, vous ne reconnaissez plus la personne que vous étiez. Aucun signe isolé ne suffit ; leur accumulation et l’emprise qu’ils produisent font le tableau. Le test du site permet d’en faire le relevé.

Quelle différence entre une femme perverse narcissique et un homme pervers narcissique ?

La structure est la même ; l’expression diffère. L’homme pervers narcissique s’appuie plus volontiers sur l’autorité, la domination visible, la supériorité économique ou la menace physique. La femme perverse narcissique retourne les codes du féminin en instruments. La séduction passe pour de l’amour, la victimisation pour de la sensibilité, la parole blessante pour de la franchise, l’emprise sur les enfants pour de l’instinct maternel. Elle concentre ses attaques sur la parole et l’intimité, et son arme la plus spécifique est l’inversion accusatoire, qui bénéficie du crédit légitime accordé à la parole des femmes maltraitées. Ces différences la rendent plus discrète et plus difficile à dénoncer, non moins destructrice. Les signes restent ceux de tout pervers narcissique, lus au féminin.

Comment réagit une femme perverse narcissique quand on la quitte ?

Rarement en laissant partir. La séparation est pour elle une blessure narcissique et une perte de contrôle, et elle y répond par l’une des deux voies du pervers narcissique, souvent les deux successivement. D’abord la récupération : larmes, promesses de changement, rappel des souvenirs heureux, mobilisation des enfants ou des proches pour vous ramener. Puis l’offensive : dénigrement auprès de l’entourage commun, récit où elle est la femme abandonnée ou maltraitée, harcèlement, et, lorsqu’il y a des enfants, accusations et procédure. Il est prudent de préparer la séparation, de conserver les écrits, de limiter tout échange à l’écrit, au factuel et au nécessaire, et de s’entourer avant même la rupture. Anticiper ces deux temps protège mieux que d’y réagir.

Que faire quand on a des enfants avec une perverse narcissique ?

Renoncer à la coparentalité collaborative et installer une parentalité parallèle. Cela signifie des échanges écrits, factuels et brefs, des décisions prises séparément dans le cadre fixé par le juge, des enfants tenus hors du conflit et jamais interrogés sur l’autre parent. Conserver tous les écrits et tenir un journal des faits et des dates est indispensable, parce que les accusations et le retournement des enfants font partie du tableau. Rester un père présent, prévisible et calme, sans dénigrer leur mère devant eux, est ce qui protège le mieux les enfants. Ils finissent, souvent bien plus tard, par distinguer d’eux-mêmes le parent qui les instrumentalise de celui qui les protège. Un avocat et un psychologue familiarisés avec l’emprise sont des appuis nécessaires.

Pourquoi les hommes ciblés par une femme perverse narcissique se taisent-ils ?

Par honte, et cette honte est un effet de l’emprise. Le stéréotype de l’homme fort rend l’aveu presque impossible : dire que l’on subit une femme passe pour une faiblesse ou pour une plaisanterie. L’humiliation intime interdit toute plainte, parce que se plaindre reviendrait à la répéter devant un tiers. L’inversion accusatoire ajoute la peur d’être pris pour l’agresseur, et la crainte, souvent fondée, de n’être pas cru. Enfin, les hommes consultent moins et plus tard, et beaucoup sont restés des années pour protéger leurs enfants. Sortir du silence commence par une personne de confiance, puis par un professionnel : ce que vous décrivez a un nom, il est connu des cliniciens, et il ne dit rien de votre valeur.

Pour aller plus loin :

Pascal Couderc

Pascal Couderc

Psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Spécialisé depuis 2005 dans l’emprise, la perversion narcissique et les relations toxiques. Trente-cinq ans de pratique clinique en cours.

En savoir plus →

Besoin d’un accompagnement ?

Si vous traversez une situation difficile, un accompagnement spécialisé peut vous aider.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Cliquez ici pour noter l'article !

Note moyenne / 5. Nombre de votes :

Il n'y a pas encore de vote !

Quitter le site