L’isolement est l’une des conditions nécessaires au maintien de l’emprise. Le pervers narcissique ne peut exercer son contrôle qu’en l’absence de tout contrepoids. Les amis, la famille, les collègues représentent des sources de réalité alternative, des témoins qui pourraient dire « ce n’est pas normal, ce que tu vis ». C’est précisément pour cette raison qu’ils doivent être éliminés.
Le processus se met en place de manière progressive et souvent imperceptible. Il commence par des critiques envers l’entourage de la victime : « Ta mère est envahissante. » « Cet ami est une mauvaise influence. » « Tes collègues profitent de toi. » La victime, par souci de préserver la paix du couple, commence à prendre ses distances avec les uns et les autres. Puis le manipulateur redessine les contours de la vie sociale du couple en ne conservant que les relations qui lui sont utiles.
La séquestration psychologique, forme avancée de l’isolement, ne nécessite pas de murs ni de serrures. Elle opère par la destruction des conditions de l’autonomie : la victime n’a plus de vie sociale propre, plus d’activités indépendantes, parfois plus d’accès aux ressources financières. Elle vit dans une forme d’enfermement intérieur, entourée de gens mais profondément seule, parce que le manipulateur a verrouillé tous les canaux de communication authentique avec l’extérieur.
L’isolement fonctionne aussi par la honte. La victime, à mesure que la situation se dégrade, a de plus en plus de mal à en parler. Que dirait-elle ? Comment expliquer ce qu’elle peine elle-même à comprendre ? Elle redoute le jugement (« pourquoi tu restes ? »), l’incrédulité (« il est pourtant si charmant ») ou la pitié. Le silence s’installe, et avec lui, l’isolement se renforce.
C’est pourquoi le premier geste thérapeutique, souvent, est de rompre cet isolement : parler à une personne de confiance, un professionnel, une association. Retrouver un regard extérieur sur sa propre vie est le début de la reprise de conscience.