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Le pervers narcissique dans le couple

La notion de famille a évolué au fil du temps. Dans les années 50, le chef de famille disparaît au profit d’une famille conjugale, où les deux parents sont sur un pied d’égalité.

L’indépendance des deux parties au sein du couple est légalement récente puisque c’est en 1970 que le statut de chef de famille est supprimé du code civil. Le temps de la relation dominant/dominé est révolu. Les inégalités homme/femme dans la sphère privée sont remises en question. Aujourd’hui, la femme travaille, est autosuffisante financièrement, la femme divorce ! Bref, elle s’affirme.

 

La manipulation ordinaire

Dans toute relation de couple, la manipulation est commune. Par exemple, les anxieux manipulent l’autre pour calmer leur propre anxiété et vont même jusqu’à angoisser l’autre s’il le faut. Tandis que les « tout-puissants » s’imposent dans le couple comme de véritables tyrans par crainte de perdre leur pouvoir, sans toutefois chercher à détruire l’autre mais sans se soucier de son bien-être non plus.

On distingue plusieurs types de manipulation :

  •  La dispute : sans dépasser certaines limites, elle est profitable à toute relation car elle empêche les non-dits. Elle permet de soulever des problèmes importants. Dans cette confrontation, on parle d’altérité puisque les deux partenaires ont leur mot à dire.
  • Le conflit constructif : il s’agit d’une communication positive, une dispute qui finit bien en quelque sorte. Elle vise à trouver une solution commune au problème posé.
  • Le conflit destructeur : le manipulateur veut asseoir son pouvoir sur l’autre, le détruire. Cette confrontation n’a pas pour but l’amélioration des rapports. C’est seulement une manière de garder le contrôle sur l’autre.

Le pervers narcissique, du prince charmant au monstre… 

Précision : s’il l’on cite souvent le pervers narcissique, c’est parce que la majorité sont des hommes. Cependant, le cas des femmes perverses narcissiques existe aussi, il faut en être averti !

  • Vu de l’extérieur : le prince charmant

Au premier abord, le pervers narcissique n’a rien d’un pervers ! Il est bien intégré socialement ; c’est l’adoré de tous.

Certes, il peut parfois paraître arrogant.

Pourtant, il séduirait n’importe qui tant il sait se faire apprécier des autres. Et c’est là son premier acte de manipulation. Pour plaire, on montre ce que l’on a de meilleur. Alors que lui, il montre ce qu’il n’est pas.

  • À l’intérieur : un monstre blessé

Dans la terminologie de pervers narcissique, nous retrouvons deux pathologies qui se sont associées, celle de perversion et celle de narcissisme.

Ce concept est relativement nouveau (Racamier, 1986) : « Façon organisée de se défendre de toute douleur et contradiction interne en les expulsant sur quelqu’un en se survalorisant, tout cela aux dépens d’autrui et non seulement sans peine mais avec jouissance ; ou façon particulière de se mettre à l’abri des conflits internes en se faisant valoir aux dépens de l’entourage ».

Le pervers narcissique est un monstre puisqu’il attaque et se moque de la souffrance de ses victimes. C’est un monstre, blessé, car il souffre lui-même de ses propres blessures à un niveau inconscient.

Le narcissisme

Le narcissisme est sûrement le mal de notre siècle. Alors qu’il existe un narcissisme normal et nécessaire, le narcissisme d’aujourd’hui induit de véritables pathologies.

Le très jeune enfant se voit aimé dans le regard, les mots, les caresses de la mère (la personne qui lui prodigue des soins). C’est une première phase où il apprend à s’aimer lui-même et ainsi se préparer à aimer les autres dans l’avenir. L’enfant constitue aussi son identité, son narcissisme, en fonction du narcissisme de ses deux parents. D’où les formulations : « c’est bien la fille de sa mère/le fils de son père ! » ou encore « les chiens ne font pas des chats » !

Lorsque cela se passe mal, l’enfant se sent impuissant à susciter l’intérêt de l’autre et se désintéresse de ce qu’il pourrait lui apporter.

A la place d’une richesse interne, on trouve un vide immense qu’il s’acharnera à combler.

La perversion

La perversion a d’abord été élaborée à la fin du 19ème siècle pour rendre compte de déviances sexuelles. Elle est aujourd’hui passée dans le langage commun au point d’être confondue avec la perversion relationnelle. Attention : la perversion narcissique n’a rien d’une obsession sexuelle ! C’est bien dans sa façon d’être en relation à l’autre, au monde et à lui-même que se manifeste la pathologie qui nous intéresse ici.

Il existe chez le pervers narcissique une carence, un manque. Alors que les enfants ont besoin de stimulations et d’encouragements de la part des parents pour se développer, il aurait été stimulé par… rien. On appelle cela des traumatismes relationnels précoces. L’on peut dire qu’il n’a pas été protégé, que les règles ne lui ont pas été transmises. La loi, c’est ce qui sépare les uns des autres, les enfants des adultes. Lui est devenu adulte tout de suite. Il fera donc lui-même sa loi. Il devient alors le maître du monde, le monde sera son monde, celui qu’il s’est auto-construit.

Par ailleurs, selon Freud, le petit enfant qui observe l’anatomie de l’autre sexe désavoue ce qu’il voit, il n’y a pas de différence, filles et garçons ont un pénis. De ce désaveu nait l’absence d’altérité : l’autre n’existe pas puisqu’il n’y a pas de différence entre les sexes.

C’est le noyau de la personnalité perverse : il n’y a pas d’altérité. L’autre n’existe pas, l’autre n’est rien, ce ne sera qu’un objet au service du pervers.

Le narcissisme intellectuel

On trouve souvent chez les pervers narcissiques un narcissisme intellectuel, une séduction par l’esprit.

C’est « l’art d’avoir toujours raison » décrit Schopenhauer. L’agilité intellectuelle du pervers narcissique lui permet des démonstrations magistrales, cependant dénuées de toute empathie. Il censure la parole d’autrui, saisit la moindre contradiction chez son interlocuteur et sait tirer profit de tout argument. Bref, il prend le pouvoir.

Son mode opératoire : l’assujettissement pervers.

Pour mettre l’autre sous sa domination, il va utiliser toutes les manœuvres nécessaires. On retrouve principalement la dévalorisation, l’isolement, la mise en dépendance et les injonctions paradoxales (des consignes irréalisables).

Plus haut, on parlait du vide interne que le pervers narcissique cherche à remplir. Ce vide, il ne le comblera jamais car il vise plus à détruire qu’à emmagasiner ce qui lui manque. Sa recherche de nourriture narcissique chez l’autre est sans fin, « ça ne s’inscrit pas (en lui) ». Il faut sans arrêt recommencer.

Quelques instruments de manipulation :

  • La dévalorisation
  • Le verrouillage (enfermer l’autre dans ses propres raisonnements et paradoxes)
  • Le renversement : c’est une clé essentielle pour démasquer le pervers narcissique (il inverse la situation, il se fait passer pour la victime, il reproche à l’autre ce qu’il fait lui-même)

Les phases de l’entreprise : séduction, invasion, destruction

  • La phase de séduction

Il attire l’attention de la future partenaire. C’est l’entrée en scène du prince charmant. Un brin hypnotique : « aie confiance… », on ne peut lui résister.

Tout de suite, il est sûr de pouvoir y arriver. Il provoque l’admiration de telle manière que la femme en question se sentira flattée qu’un homme de son envergure s’intéresse à elle.

Il va jouer les hommes fragiles et inventer sa propre faille, juste assez pour paraître humain : « j’ai souffert, les femmes ne m’ont jamais assez aimé. Je suis sûr que toi, tu ne me décevras pas » ! Il l’amène à vouloir relever un défi (il est toujours dans la séduction). Sa partenaire, sensible et fragile, se reconnaît dans la description que le pervers fait de lui. Elle s’identifie à lui, à ses souffrances, à ses peines de cœurs ; elle a l’impression d’avoir trouver son âme sœur. La tactique du pervers est concluante puisque sa victime en tombe aveuglément amoureuse.

  • La phase d’invasion

L’homme prend possession de l’autre et se rend progressivement indispensable, tant sur le plan affectif qu’économique. Il recherche la mise sous emprise.

Pour que cela fonctionne, le pervers narcissique doit mener son action sur deux fronts à la fois : l’envahissement de la vie et de l’individualité de sa partenaire. Comment ? En la fragilisant. Une personne en pleine possession de ses moyens risquerait d’opposer une résistance ; sa capacité de réflexion personnelle l’amènerait peut-être à voir clair dans le jeu de son compagnon. Il doit altérer son libre-arbitre pour ne pas être démasqué.

Il faut la confiner et, la critique est l’outil tout trouvé. D’abord sous-entendue, puis mesurée, elle s’exerce à la fois à l’égard de la victime pour qu’elle commence à douter de ses capacités et de sa valeur, mais aussi et surtout envers certains de ses proches pour l’isoler. La victime est alors prise au piège dans les filets du pervers. Il en fera son objet, c’est-à-dire, ce qu’il en veut.

La vie commune marque, en général, le début de cet enfermement. Le pervers narcissique sait choisir les personnes de l’entourage qu’il convient d’éloigner. Autrement dit ceux qui risqueraient de comprendre ses manigances et ainsi lui faire perdre tout pouvoir sur la victime.

D’autres proches, en revanche, feront l’objet d’une entreprise de séduction menée avec patience et application (il n’est pas rare que la famille de sa partenaire en soit l’objet). Il va jusqu’à se faire passer pour le genre idéal.

  • La phase de destruction

Le conte de fées tourne au cauchemar. Le bel idéal du prince charmant disparaît puisque le pervers narcissique révèle les aspects négatifs de sa personnalité. Il devient jaloux, violent, distant et plus exigeant. Il vampirise sa partenaire, la vide de toute son énergie. Elle est occupée à satisfaire son conjoint, en vain.

Il n’en aura jamais assez comme le vampire ne boit jamais à sa soif. Le pervers narcissique réussit à la convaincre qu’elle ne vaut rien, n’est pas à la hauteur. Elle se déprime peu à peu et s’entend reprocher de l’être. Elle est coupable de tout et de rien et s’en veut terriblement. De quoi ? De crimes dont elle n’est pas l’investigatrice ! C’est là toute l’adresse du pervers narcissique.

L’alternance de douceur et d’agressivité est une caractéristique de la relation en question. Ce va-et-vient continuel entre positif et négatif déstabilise mais empêche aussi la victime se s’échapper des griffes du pervers narcissique. Ce phénomène est expliqué et développé dans la rubrique « Quand partir ? ».

Les insultes et la maltraitance physique ont un rôle majeur.

Le manipulateur narcissique aime faire remarquer à sa victime qu’elle n’est pas la seule et unique, qu’il pourrait trouver mieux ailleurs, qu’elle a de la chance d’être avec un homme comme lui, capable de la supporter malgré tous ses travers. Il crée une insécurité permanente.

La sexualité

Le pervers narcissique est souvent l’amant idéal, il est sexuellement performant.

Fin stratège, il utilisera ses performances comme outil de manipulation avec, par exemple, une abstinence imposée ou parfois des relations forcées.

Le profil de la victime

 

Victime de qui ? De l’autre ou d’elle-même ?…Un peu des deux.

De l’autre, sans aucun doute. Mais malheureusement aussi d’elle-même, car c’est ce qu’elle est qui la poussera dans les bras de son bourreau. C’est une victime malgré elle.

La femme susceptible d’incarner la victime présente une faille narcissique, le défaut d’amour d’elle-même lié à l’absence du miroir d’un regard valorisant porté sur l’enfant qu’elle a été. Étant petite, on ne lui a pas (assez) dit qu’elle était quelqu’un, qu’elle avait de la valeur, qu’elle était digne d’intérêt.

Aujourd’hui, elle est en quête de ce miroir. C’est la porte d’entrée dans la relation pour le pervers narcissique.

Il lui donne l’illusion de porter sur elle ce regard qui lui a manqué. Elle a l’impression de s’y sentir exister, d’y être valorisée. Alors, quand il pose ses conditions, elle y répond pour ne pas perdre ce qu’elle croit avoir enfin trouvé ; jusqu’à se perdre elle-même.

Au début de la relation, elle va déployer beaucoup d’énergie et d’entrain pour être à la hauteur de celui qu’elle considère comme son « sauveur ». Ce qui l’amène à supporter l’insupportable.

C’est le mécanisme de la dépendance affective. C’est ici que se situe la part active et inconsciente de la partenaire dans la relation. Sans s’en apercevoir, elle participe de son propre fardeau en cédant amoureusement à tous les caprices de son roi de cœur.

Comment en sortir ?

Ne jamais l’aborder de façon frontale.

Partir avant lui !

Ne pas revenir !

La seule issue, c’est de FUIR !

Le cheminement est parfois long, lié à cette alternance de « caresses » et de « coups » et à la grande empathie dont la partenaire fait preuve. Le plus dur, c’est de finalement se dire qu’il ne peut pas changer pour soi…

Il est compliqué pour un psychanalyste de dire qu’un individu ne peut pas changer. Mais, s’il ne peut pas changer c’est parce qu’il ne souffre pas et qu’il ne demande pas à changer ! On va consulter lorsque l’on souffre !

Il change, oui, de partenaire !

Sachez qu’il est très mauvais perdant, procédurier et bien pire…

Comment repérer ?

Attention au prince charmant !

Il y a toujours quelques détails qui clochent…

Trop beau pour être vrai, n’est-ce-pas ?

Pascal Couderc

Psychanalyste, psychologue clinicien Montpellier et Paris et en visioconsultation pour les francophones partout en France et dans le monde.

Pascal Couderc en visio consultation

 

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