Qui est la victime ?

Le Reconnaitre

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C’est la roulette russe. A bout de souffle, vous comprenez que quelque chose ne colle pas. Vous l’avez peut-être lu ou compris : vous êtes victime d’un pervers narcissique. Et pourtant parfois la situation s’inverse. Il vous crie qu’il est victime de vos manipulations, qu’il souffre de votre comportement, et que tout est de votre faute. Vous êtes perdu(e), tout est bouleversé. Qui est alors la victime ? Une équation bien plus complexe qu’en apparence. Découvrons comment le pervers narcissique joue seul ses cartes dans une partie de poker perverse, sans foi ni loi.

Quelques définitions

Une victime est, par définition, une personne qui subit un préjudice, un abus. Il peut être moral ou encore physique. Être victime, c’est encore aussi subir quelque chose contre son gré : être victime d’une escroquerie, être victime d’une injustice ou encore être victime de manipulation, dans le cas de la perversion narcissique.

Une victime est donc la cible d’agissements. Ces agissements ne vont donc pas sans l’existence d’un persécuteur. Un “coupable”, un bourreau dans les cas les plus extrêmes.

Ces notions s’appliquent dans le cas précis d’une relation duelle avec un pervers narcissique. En effet, dans une relation avec un pervers manipulateur, un déséquilibre se crée.

Le pervers exerce une emprise perverse et pathologique sur une personne de son entourage. Le bourreau choisit une victime, qu’il persécute et meurtrit. La manipulation dont il fait preuve dans cette relation toxique d’emprise, est une méthode perverse mise en œuvre dans le but de contrôler directement ou indirectement une personne. Sa pensée, ses choix, ses actions. C’est notamment le cheval d’épée dans la perversion narcissique : le pervers polymorphe manipule ses victimes afin de les assujettir et de les placer sous son joug.

La victime d’un pervers narcissique

La victime est donc, par définition, celle qui subit. En effet, dans le cas d’une relation d’emprise avec un pervers narcissique, la “vraie” victime est soumise à une forme sournoise de manipulation et d’emprise. Moquerie, culpabilité et coups bas, ou encore maltraitance physique, acharnement émotionnel, abus financier.

Être victime, c’est subir des attaques. Attaques envers son identité, sa confiance en soi, sa dignité. En réalité, le pervers narcissique induit chez sa victime une emprise et une dépendance totale, voilée de culpabilité et de vulnérabilité. C’est par le biais du mensonge, de la confusion, de commentaires opposés qu’il agit. Progressivement, ces techniques montent en puissance jusqu’à contrôler totalement la victime. Le pervers la pousse à douter de sa propre légitimité.. 

Il est important de rappeler également, que le pervers narcissique choisit sa victime pour ses qualités et ses “failles” (sa trop grande gentillesse par exemple). La victime, souvent empathique, généreuse et ayant le désir de bien faire, nie ses émotions et sa souffrance. Leurs caractéristiques les rendent alors vulnérables aux manipulations du pervers qui peut ainsi ouvrir la voie vers la victimisation.

Alors pourquoi les victimes sont-elles parfois confrontées à diverses accusations des pervers narcissiques. “Tu m’as énervé(e), j’ai mal à la gorge maintenant !”, “Tu es folle, tu me fait peur”, ou encore “Tu me maltraite, à cause de toi je suis malheureux”, “C’est de ta faute notre rupture”.

Victime PN

Lui, victime ?  

Ainsi, comme nous l’avons évoqué plus haut, les victimes de pervers narcissiques subissent une emprise psychique telle qu’elles sont à la merci de leur bourreau.

Rappelons que la perversion est une pathologie extrêmement complexe à cerner. Mais c’est une pathologie, et le pervers est malade. Le propre du pervers est par définition la manipulation.

Il tire avantage des situations dès qu’il le peut, les inverse, les retourne. Et se présente, quand il en ressent le besoin, comme la victime de l’histoire..

Plan de manipulation

Il est impératif de savoir que lorsqu’un pervers narcissique se place en victime, c’est une manœuvre pensée et réfléchie de son plan de manipulation. Le roi dans son royaume.

Calimero quand il le doit, le pervers narcissique souhaite être celui que l’on plaint, et par-dessus tout celui que l’on craint.

Il fonctionne dans la toute puissance narcissique : victimisation et séduction. Sa meilleure défense est l’attaque. Il met alors à sa merci sa victime, généreuse et humble et l’attire dans ses filets. Ses mensonges hypnotisent et posent un voile sur les yeux des victimes. C’est un atout majeur face à une victime empathique, qu’il peut séduire et manipuler d’autant plus…

On retrouve souvent cette stratégie de victimisation dès le départ. (“je n’ai pas eu une enfance facile, je n’ai pas eu de chance en amour…”). Cette stratégie donne le ton de la mélodie du petit oiseau blessé et sans défense. Elle pose les bases.

Puis vient la stratégie de victimisation au cours de la relation. En effet, il inverse les rôles et se place en position de victime..face à sa propre victime ! “Si je suis malheureux c’est par ta faute, tu es une mauvaise épouse.” Le pervers narcissique lui fait savoir à quel point il souffre, et que c’est à cause d’elle. Il l’a mène par le bout du nez jusqu’à la faire capituler. C’est de sa faute, à elle !

La toute puissance narcissique

En réalité, plusieurs scénarios se présentent.

En faisant culpabiliser sa victime, il annule automatiquement toute sanction contre lui. S’il a commis une erreur, quoi de plus simple et efficace que de rejeter la faute sur l’autre pour s’en tirer. “C’est de ta faute si j’ai cassé ce vase..tu es dans mon champ de vision”.

Cela arrive également souvent au moment où la victime évoque une réticence. Où elle est en colère et risquerait de partir voire pire…le démasquer ! C’est tout ce qui titille sa victime qui lui apportera une attention particulière, de la gentillesse et toute sorte d’avantages.

Il le fait également dans le cas où sa victime ne va pas très bien. C’est une opportunité qu’il saisit afin de la manipuler toujours plus. En effet, en lui signifiant que lui non plus ne va pas bien, il transmet le message que ses problèmes sont plus importants. 

Ou encore, lorsqu’il se trouve dans une situation inconfortable. Cela lui permet de retomber sur ses pattes..

Il use d’un jeu de miroir maléfique dont lui seul détient les règles. Un mimétisme professionnel dans lequel il projette sur elle.. ce qu’elle même subit!

La “vraie” victime

Le pervers narcissique joue sur la peur, l’attaque, et tire profit de toutes les situations possibles. Un cocktail de mensonges, de culpabilisation, de chantage affectif, de mauvaise fois.. et de manipulation. Inverser les rôles, jouer de l’ambiguïté, du doute et de l’accusation sont des caractéristiques du pervers narcissique.

“Tu as vu tout ce que j’ai fait pour toi”

En effet, sa victime est alors confuse et embrouillée. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Elle est démunie face à cette place que le pervers narcissique lui impose.

La victimisation est ainsi une manœuvre de manipulation de sa part. Un moyen de ne pas assumer ses échecs, ses erreurs et de les faire endosser à son bouc émissaire favori : sa victime. Elle ne sait alors plus quoi penser. Il a le contrôle total sur la situation.

Sa faculté à inverser les rôles a pour but de faire culpabiliser sa victime. Il l’enferme ainsi davantage dans une emprise dont les murs se resserrent toujours plus.  C’est un triple effet pour les victimes qui, en plus de se faire manipuler et de souffrir de cette emprise, sont accusées à tort de ce qui est le plus opposé à leur personnalité : la méchanceté.

Enfin, ces signaux de perversion sont de véritables symptômes d’un trouble narcissique. Des signaux d’alerte d’une réalité de souffrance et parfois d’isolement. Les blessures qu’engendrent ces violences, reflet d’une dépendance affective forte, sont à prendre en charge avec soin. Consulter un psy en ligne (via la téléconsultation) ou en cabinet, est souvent un point de départ vers la compréhension de son histoire et de sa reconstruction.

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