Micromanipulation : 9 Techniques aussi sournoises que courantes

Le Reconnaitre

Temps de lecture : 6 minutes

La micromanipulation est une façon très élaborée d’exercer son emprise sur quelqu’un. En éveillant l’empathie de son interlocuteur, le pervers narcissique ou autre manipulateur sentimental monopolise son attention et sème la confusion dans son esprit. Ces techniques manipulatoires extrêmement subtiles visent à mener la victime vers une soumission imperceptible et quasi volontaire. Étudions 9 types de micromanipulations aussi sournoises que courantes.

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Micromanipulation : 9 techniques aussi sournoises que courantes

1. Les suggestions suspendues

Pour l’expert en micromanipulation, chaque parole est mesurée et sert un but bien précis. Comme dans un jeu d’échec, chaque coup anticipe la réaction de l’adversaire. Les suggestions suspendues n’ont l’air de rien dans la bouche du manipulateur machiavélique, mais dans la tête de la proie, elles provoqueront un effet “boule de neige”. Ainsi, pour une conjointe manipulée, entendre une simple phrase comme “j’adore les cheveux courts sur une femme” de la part de son mari ou compagnon, alors qu’elle arbore une chevelure très longue, n’aura rien d’anodin. Elle se remettra en question, se sentira dévalorisée et pourra même aller jusqu’à se couper les cheveux contre son gré, uniquement pour plaire à son homme. Et le plus effrayant, c’est que ce processus peut s’étaler sur des mois, voire des années. La victime regrette son passage chez le coiffeur et pourtant, elle ne sait même plus pourquoi elle a fait ce choix.

2. Les compliments blessants au comble de la micromanipulation

Pour un manipulateur, parmi les façons les plus jouissives de jouer avec les sentiments de quelqu’un par la micromanipulation, il y a le compliment offensant. Dans ce double effet, la caresse prépare le coup. Le prédateur sentimental montre une belle attention, mais cherche en fait à blesser. Voyons quelques exemples “J’aime ta démarche, c’est mignon tes pieds en canard”, “J’adore te tenir par les hanches, tes poignées d’amour sont si rassurantes », “C’est admirable que tu assumes ton gros nez, ça donne du caractère à ton visage”. De façon moins habile, il y a aussi l’usage du “mais” comme dans “tu es généreuse, mais un peu trop naïve”, “tu cuisines bien, mais avec plus de créativité, ce serait mieux”. Le sentiment laissé est en demi-teinte, mêlé de reconnaissance et de déception, emprunt d’un malaise rappelant les effets du gaslighting, en somme.

3. Les quiproquos orchestrés

Flagrant délit d’erreur ? Rien de tel que de jouer les idiots pour se faire disculper ! “Regarde chérie, j’ai voulu te faire plaisir et te surprendre avec ce magnifique canapé rouge, toi qui te plaignais que l’ancien était tout affaissé”. Oui, mais voilà : “chérie” déteste le rouge… Si toutefois elle a le cœur d’exprimer son aversion maintes fois répétée pour le carmin, elle s’entendra dire : “Ah bon, mais j’étais persuadé du contraire ! J’ai pris précisément celui-ci parce que j’étais convaincu que tu l’adorerais”. Comme l’opération semble partir d’une bonne intention et que de toute façon, c’est fait, elle n’aura plus qu’à accepter de voir trôner au milieu de son foyer ce meuble qu’elle tiendra en horreur pour les années à venir.
Il en va de même pour les plantes dont la victime serait allergique, par exemple, ou les plats qu’elle n’aime pas et qu’elle se forcera à manger sous le regard satisfait de son bourreau.

4. Les interruptions de conversation

Pour s’assurer que tout est bien sous son contrôle, le pervers machiavélique se délecte de changer le cours d’une conversation. Son interlocuteur est très heureux de partager une bonne nouvelle ? Il trouvera le moyen d’introduire un sujet de discussion grave qui deviendra central et prendra le pas sur tout le reste. À l’inverse, le dialogue tourne autour de problèmes de fond ? Il n’hésitera pas à interrompre le sujet pour bifurquer sur quelque chose de léger que l’on se sentirait bien sinistre d’éluder. L’idée est de créer de la frustration qui poursuivra celui n’ayant pas réussi à s’exprimer pleinement sur le thème lui tenant à cœur. Même une fois que le manipulateur ne sera plus dans les parages, les ruminations mentales usantes perdureront chez le sujet micromanipulé.

5. Les faux liens de cause à effets

Lorsque la relation toxique s’envenime, le manipulateur peut aller puiser dans la culpabilité de sa victime. Ainsi, il retournera toutes les situations le mettant en cause. Pour ce faire, il justifiera ces agissements en tant que conséquence des actions de l’autre. Le bourreau devient la victime. “Si je suis rentré tard, c’est parce que tu m’as mal parlé ce matin”, “Je ne t’ai pas appelé parce que tu m’as fait comprendre que tu étais débordée en ce moment”. Il y a aussi le grand classique : “Je t’ai trompé parce que tu ne fais plus assez attention à moi”. Et, dans les pires des cas, “Je t’ai giflée parce que tu m’as provoqué”. Si les micromanipulations opèrent sur des faits presque insignifiants, le mécanisme manipulatoire est toujours le même, à toutes les échelles : le mis en cause s’autoproclame innocent, puisqu’il n’a fait que s’adapter à la situation provoquée par l’autre.

6. La détresse feinte

De tout temps, se faire passer pour inoffensif, voire vulnérable, a été le meilleur moyen d’écarter les soupçons. Le PN excelle dans le rôle de composition de la victime, n’hésitant pas à étouffer son narcissisme pour mettre en scène son autodévalorisation. Il espère ainsi attirer la sympathie et toucher la corde sensible de sa proie en parlant de ses souffrances passées ou présentes. Il pourra également faire montre d’une attitude autodestructrice, afin d’éveiller le sauveur latent chez son interlocuteur. Alcool, drogue, vitesse sont autant de comportements à risque qui poussent les personnes douées de compassion à vouloir intervenir. Elles prennent ainsi la responsabilité de s’occuper du sort du manipulateur. Il obtient exactement ce qu’il voulait : leur attention.

7. Les informations cruciales reléguées au second plan

La logique du pervers narcissique est déroutante. Il est toujours là où on ne l’attend pas et son sens des priorités désarçonne souvent. Il lui arrive parfois de glisser des informations de haute importance de façon parfaitement détachée. C’est comme s’il se plaçait en être supérieur, bien au-dessus des aléas de la vie. Mais cette rupture dans la pensée a un effet choc sur l’interlocuteur. Prenons un exemple où le PN annoncerait : “Ce jour-là, je ne peux pas te garantir de venir, car cela dépendra des suites de mon opération”. Évidemment, une intervention chirurgicale est un sujet bien plus important qu’un rendez-vous. L’interlocuteur sera donc dérouté par la nouvelle elle-même, mais aussi par la façon dont elle lui est parvenue. Naturellement, il voudra en savoir plus, mais le manipulateur s’amusera alors à jouer la carte du mystère, quitte à en remettre une couche : “Ce n’est rien, ne t’en fais pas ! Je suis certain que la biopsie ne révèlera rien de mauvais…”. Et voilà comment on se sent interloqué, avec le cerveau qui se met à mouliner, partagé entre l’incompréhension, l’inquiétude, la surprise, la culpabilité, l’empathie, l’admiration, l’envie d’en savoir plus, etc. C’est une arme redoutable, notamment lorsque le manipulateur revient à la charge après une séparation.

8. Les menaces floues

Si le chantage au suicide est l’un des plus tonitruants exemples de chantage affectif, il existe aussi des menaces cachées, de l’ordre de la micromanipulation. En général, elles ne disent rien de concret. Elles laissent libre-court à l’imagination de la victime, ce qui est certainement pire que d’énoncer la sentence hypothétique. “Tu verras quand je ne serai plus là”, “Un jour, je jetterai l’éponge définitivement”, “Ne me cherche pas ou tu vas me trouver” sont des phrases suffisamment creuses pour laisser la place à tous les scénarios. Et quiconque vit dans la soumission est convaincu que sa situation est la meilleure possible. Ainsi, ces menaces s’appuient sur la peur de perdre, constituant un véritable abus moral qu’il suffira d’excuser par l’affirmation : “c’était des paroles en l’air”.

9. Les messages biaisés

Parfois, lorsque le manipulateur sentimental se tient à distance de sa victime, il trouve le moyen d’occuper ses pensées par des moyens indirects. Une publication ambigüe sur les réseaux sociaux, une rencontre faussement fortuite avec un proche de la victime, un message direct instantanément effacé avec pour seule explication l’erreur de destinataire : tout est fait pour se rappeler au bon souvenir de sa proie. Le message sous-jacent est que le prédateur reste présent. Tapi dans l’ombre, il est prêt à ressurgir à tout moment pour raviver la blessure, à plus forte raison si la victime semble avoir tourné la page !

Elles n’ont l’air de rien parce qu’elles sont partout, y compris chez les non-pervers. Pourtant, les micromanipulations sont un poison dangereux dès qu’elles se systématisent, qui plus est si le but final est de nuire. Si les situations énumérées plus haut vous semblent familières et que vous doutez de la bienveillance de quelqu’un de votre entourage se comportant de la sorte, faites notre test ou consultez l’un de nos psychothérapeutes spécialisés dans la manipulation affective et la perversité.

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