Sommes-nous tous narcissiques ? Narcissisme ordinaire et pathologique

Se Reconstruire

Temps de lecture : 6 minutes

Sommes-nous tous narcissiques ? Avec l’importance de l’image et l’avènement des réseaux sociaux ou de la téléréalité, nous vivons dans une société où la tentation de se valoriser par des sources extérieures est partout. Culte de la personnalité, retouche flatteuse de la réalité et surtout, accès immédiat et mesurable à l’approbation de nos actions par autrui nourrissent les egos les plus affamés. Mais entre le narcissisme ordinaire et le narcissisme pathologique, la frontière est-elle encore suffisamment nette ? En d’autres termes, les pervers narcissiques sont-ils appelés à devenir légion ?

Pour la version audio, cliquez sur ▷ PLAY et écoutez instantanément le podcast ou sur « Download » (sous le player) pour le recevoir directement sur votre appareil !
La version texte se trouve juste à la suite.
Sommes-nous tous narcissiques ? Narcissisme ordinaire et pathologique

Le narcissisme, c’est quoi ? Définition et tour d’horizon

Comme le mythe grec de Narcisse nous l’enseigne, il est question de l’amour que l’on porte à sa propre image. Mais au-delà de l’apparence physique, il faut aussi englober l’image sociale que soignent scrupuleusement les Narcisses contemporains pour définir le narcissisme.

Définition du narcissisme

Le narcissisme sain est composé par l’amour de soi, l’estime de soi ou encore la confiance en soi.
Malgré le fait que la légende de Narcisse ait probablement fait l’une de ses premières apparitions vers 50 av. J.-C., il aura fallu attendre la fin du XIXe pour que la psychologie s’en empare, soit bien après les Arts.
Avec le Français Alfred Binet et l’Allemand Paul Näcke, la notion de narcissisme était étroitement liée à la sexualité et à la perversion. Dans les années 1910, c’est finalement l’illustre Sigmund Freud qui, suivant les recherches d’Isidor Sadger, normalise le concept en tant que stade de développement psychosexuel.

Le père de la psychanalyse pousse ensuite la réflexion en distinguant deux aspects :

  • le narcissisme primaire, ayant trait à l’autoérotisme ;
  • le narcissisme secondaire, rapportant à la libido envers l’objet.

De Bela Grunberger à Carl Jung, de Mélanie Klein à André Green, tous les théoriciens des sciences humaines et sociales ont relevé une dualité dans le concept de narcissisme qui rapporte, d’une façon ou d’une autre, à soi et aux autres.

Quoi qu’il en soit, le narcissisme est constitutif de l’ego de chaque être humain et ce sont les écueils dans son développement qui vont engendrer des troubles narcissiques plus ou moins prononcés.

Qu’est-ce que le narcissisme sain ?

Partie intégrante de notre personnalité, le narcissisme représente même le socle de notre liberté. Grâce à la confiance que l’on se porte, on peut aller vers l’autonomie.
De même, l’amour que nous éprouvons envers nous-mêmes est notre meilleur rempart contre les abus et nous permet d’assurer notre intégrité en posant nos limites.
C’est également par l’estime de soi que l’on peut tendre vers l’épanouissement personnel et la quête d’un développement perpétuel.
Ainsi, le narcissisme ordinaire, équilibré et structurant nous permet d’avancer et de vivre en société dans les meilleures conditions possibles. Être conscient de ses valeurs aide à affronter les aléas de la vie avec davantage de sérénité et à entretenir des rapports humains beaucoup plus sincères. Dans notre entendement, chaque individu, y compris soi-même, est donc reconnu en tant que tel et respecté.

Narcissisme féminin

Les troubles de la personnalité narcissique

Le petit enfant est un être égocentré appelé à se définir en fonction d’autrui. Il va apprendre à s’aimer à travers le regard de sa mère, constituer son identité par la reconnaissance de son existence par ses figures parentales et découvrir ses limites par l’expérience de la frustration. Si ces interactions sont corrompues par un comportement abusif ou défaillant de la part d’une personne référente, la faille psychique causée sur le tout-petit déséquilibrera son narcissisme.

Les différents types de personnalités narcissiques

Sans parler systématiquement de narcissisme pathologique, une image de soi mise à mal peut amener à développer différents travers. Si le déséquilibre est trop important, le sujet deviendra tributaire du regard extérieur pour redorer sa propre estime. Il sera alors enclin à établir un lien néfaste avec autrui, d’emprise ou de dépendance.

Le narcissique extraverti

Parmi les cas d’hypernarcissisme les plus évidents à déceler, on reconnaît sans difficulté le narcissique grandiose, dit aussi “extraverti”. Attention toutefois à ne pas confondre l’extravagance sociale avec la démesure de l’ego qui, si elles peuvent coexister, sont bien des notions séparées. L’hypernarcissique affiche une haute estime de soi de façon grandiloquente et se complait dans la superficialité. Les signes ostentatoires exposant avec arrogance sa prétendue supériorité sont vus et sus de tous.

Il est charmeur, séducteur, manipulateur, mais aussi jaloux, car au fond, il méprise ses adorateurs qui ne méritent pas, selon lui, de lui voler la vedette. Son besoin de susciter l’admiration le rend également relativement stable d’un point de vue émotionnel. En effet, il parvient à se réguler en puisant dans des ressources facilement atteignables comme l’approbation de son public.

Le narcissique introverti

La personnalité narcissique trouble la plus difficile à repérer est celle du narcissique introverti, appelé aussi “vulnérable”. Sous un hyponarcissisme apparent, il cache en réalité une haute estime de soi que le monde doit, de son point de vue, encore découvrir. Il refoule son besoin d’être reconnu de tous en ne l’exprimant pas clairement, feignant l’humilité, la gentillesse et la générosité. Il peut tout à fait être sociable et manifester son narcissisme par des exigences démesurées non dites et des attentes implicites, source d’une frustration difficile à contenir.

Loin de se mettre en avant, il est ainsi hypersensible et fragile, dans le sens où sa susceptibilité est exacerbée. À force de sentiments négatifs refoulés tels que la colère, la déception ou la honte, le narcissique fragile finit par adopter un comportement hostile et anxieux, voire paranoïaque, signe d’une insécurité profonde. Dans ses formes les plus poussées, le narcissisme vulnérable rend envieux au point de manifester une certaine jubilation ou une joie malsaine face aux déboires d’autrui.

Narcissisme

Le narcissisme pathologique

Le narcissisme malveillant apparaît lorsque le besoin excessif d’exister auprès des autres est couplé d’un manque d’empathie envers eux, voire de sadisme. Dans un processus de réification, les individus sont ainsi réduits au rôle d’objet servant à alimenter l’ego défaillant du pervers manipulateur.

Le schéma le plus classique est celui du narcissique introverti qui se réjouit du malheur de sa proie ou éprouve du plaisir à exercer avec machiavélisme son emprise sur elle. Entre survalorisation de soi et dévalorisation des autres, le PN active ses défenses narcissiques par l’offensive envers autrui.

Selon le DSM-5 Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), pour être reconnu, le narcissique pathologique doit présenter dès le début de l’âge adulte au moins cinq des symptômes de la liste suivante :

  1. se donner lui-même une importance démesurée ;
  2. fantasmer sur le succès, le pouvoir, la beauté ou l’amour idéal ;
  3. se considérer comme “spécial” et unique ;
  4. présenter un besoin excessif d’être aimé et admiré ;
  5. penser que tout lui est dû, y compris les traitements de faveur ;
  6. exploiter autrui pour parvenir à ses fins ;
  7. manquer d’empathie, renier les sentiments et les besoins d’autrui ;
  8. être envieux des autres et être persuadé que les autres l’envient ;
  9. faire preuve d’arrogance et d’attitude hautaine.

Le narcissisme pathologique malfaisant devient réellement inquiétant lorsqu’il est associé à l’un des trois autres traits de ce que l’on appelle la tétrade noire : le sadisme (le plaisir de faire souffrir), le machiavélisme (la manipulation) ou la psychopathie (absence d’empathie). À ce niveau, il n’y a plus aucun espoir de guérison du sujet et la seule solution pour l’entourage est la fuite.

Si la notion de narcissisme est extrêmement complexe, il est facile de répondre à la question “sommes-nous tous narcissiques ?” par l’affirmative. Le vrai débat se situe plutôt sur notre capacité à corriger les déformations de l’image de soi. Les victimes de pervers narcissiques souffrent, elles aussi, d’un narcissisme déséquilibré, surtout après des années à vivre sous emprise. Apprenez à prendre soin de votre narcissisme et à lui redonner sa place protectrice et libératrice avec l’aide d’un psy qualifié et reconnu dans le domaine de la manipulation affective.

error: Alert: Content is protected !!