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Le mythe de Narcisse au cœur de la perversion narcissique

Le mythe de Narcisse amoureux de son reflet

Le narcissisme fait de l’homme son propre tombeau. C’est ce que nous apprend le légendaire mythe de Narcisse. Quel héritage l’Antiquité nous laisse à travers ce récit qui a traversé les frontières et l’Histoire ? Découvrons l’utilité du mythe de Narcisse dans la compréhension psychanalytique de certaines psychopathologies. La perversion narcissique à travers les yeux de la genèse millénaire de la problématique du narcissisme chez l’Homme et de ses victimes collatérales.

Les mythes et la modernité

“La mythologie grecque n’appartient à personne” nous dit Pierre Delmas. Le mythe raconte une histoire qui existe depuis toujours (ou presque). En réalité c’est un apport fructueux, de connaissance de certains concepts plus ou moins philosophiques. Un apport moral de l’histoire de notre société, sans appartenance ni confrontation : le mythe s’impose grâce à ceux qui l’entendent.

En effet, le mythe est là et sert de référence, pour comprendre. Comprendre une situation, une histoire, et relever des outils pour reproduire ou non un destin. Le mythe permet également d’interpréter un récit et de le confronter à la modernité. Il s’adapte aux situations et aux cultures. Car l’Homme évolue mais ne rompt jamais : il est intemporel, quoi qu’en constante évolution.

Un pont, une parenthèse entre l’Antiquité et la Modernité, entre la mythologie et la psychanalyse. Les conflits, les mécanismes de défense, les sublimations : quand la psychanalyse met à jour sa compréhension de l’individu à l’aide de la mythologie ancestrale.

Le mythe de Narcisse

Le mythe traditionnel de Narcisse nous raconte l’histoire de cet enfant venu au monde, choyé par les Nymphes. Il grandit avec la certitude d’être un individu exceptionnel, ne pouvant obtenir que le meilleur de la vie. Il est le plus beau, le plus enviable. Son physique en témoigne d’ailleurs. Les femmes et les hommes de la cité l’adulent.

Cependant, un jour, Echo, une Nymphe au destin tragique qui ne peut que répéter les dernières syllabes des mots qu’elle entend, tombe amoureuse de lui.

En conséquence, elle se retrouve dans l’impossibilité de lui “dire” son amour, et meurt de chagrin avec une mission confiée à Némésis : punir Narcisse.

Némésis tient sa promesse. Elle réalise la prophétie à laquelle Narcisse est destinée : ce dernier aimera une personne qu’il ne pourrait jamais “toucher” à tous les sens du mot. C’est alors que le malheureux Narcisse, pris d’une soif incontrôlable, se penche au-dessus d’un point d’eau pour étancher sa soif et tombe amoureux de son propre reflet.

Il connaît la même douleur que celle éprouvée par Echo et reste figé. Figé dans cet amour impossible, il pleure. Une larme coule et l’onde trouble de reflet de Narcisse qui croyant avoir perdu son amour, s’étend et se laisse mourir. Une fleur narcisse naîtra de son corps sur les berges du point d’eau.

Le désespoir de Narcisse y serait éternel..

Mythe : découvrir le narcissisme

C’est un mythe sans violence physique : aucun sang n’est versé. C’est au contraire, une histoire de passion impossible, destructrice. A l’amour physique et affectif, se succède l’ultime châtiment : la mort par le désespoir.

Ce que nous apprend également ce mythe, c’est la notion de narcissisme, dont le concept (un des fondamentaux de la psychanalyse) n’a été que tardivement évoqué et approfondi. Paul Näcke notamment, dont Freud s’est inspiré dans les années 1910 pour de nombreuses théories fondamentales.

En langage courant, le narcissisme est l’amour qu’une personne a pour elle-même, une attention excessive portée à soi. En psychologie, on considère le narcissisme comme une fixation, une centration sur soi-même.

Le narcissisme se traduit souvent par un besoin d’attention et d’admiration constant. Un trouble de la personnalité et du rapport aux autres, peu d’empathie, et par-dessus tout, un besoin excessif d’admiration, une surestimation de ses capacités, une utilisation de l’autre pour parvenir à ses fins.

En réalité, le mythe de Narcisse a ouvert aux psychologues, psychanalystes et penseurs une plongée dans le terme de narcissisme.

Le mythe de Narcisse est en effet un avatar de la représentation du narcissisme, et du mouvement relatif à l’évolution de la personne.

C’est tout le pouvoir évolutif du mythe, et de la projection de l’intériorité humaine. Le mythe invite à des interprétations, d’angoisses et de déchirures, de sexualité et de désirs. C’est un support permettant de comprendre le pourquoi. Il traduit le monde des affects et des organisations psychiques qui lui sont liées.

L’originalité de la perspective psychanalytique entre ici en jeu, par le biais de la littérature des mythes. Comprendre pour mieux guider, pour mieux soutenir. Dessiner un tableau psychopathologique pour définir un horizon détaillé et éclairé de la psyché humaine et de ses structures, comme la perversion narcissique.

Perversion narcissique et mythe de Narcisse : utilité psychanalytique

L’ensemble des notions évoquées dans le mythe de Narcisse notamment, ont permis de dessiner un champ de compréhension pour de nombreuses pathologies comme nous l’avons évoqué plus haut.

Les notions que les psychologues et professionnels ont pu retirer de ce mythe sont les suivantes. La notion de l’autre, de soi, d’image, d’amour, d’adulation, de destin. Et notamment celle du narcissisme, directement corrélée à la pathologie de la perversion narcissique et à une faille narcissique latente.

1.   Apports du mythe

Ainsi, il existe diverses interprétations de la morale du mythe de Narcisse. Ce dernier est tombé amoureux de sa propre image et est obnubilé par son propre reflet. Il est puni pour avoir trop aimé. Pour s’être trop aimé plus précisément. Cet amour inconditionnel l’a conduit à périr de désespoir.

Il a dans sa chute entraîné Echo, qui a elle aussi subi les conséquences d’une telle aliénation. Les deux personnages de ce mythe au destin tragique, souffrent d’un destin symétrique et d’une aliénation commune : la parole de l’autre et l’image de soi.

En réalité, le mythe serait un récit permettant d’expliquer le piège narcissique, dans lequel se prend le reflet. Piège dont le résultat est une métamorphose à caractère funèbre.. dont le pervers narcissique et sa victime en subissent les conséquences.

Le mythe révèle une double problématique. Celle de l’amour de soi comme refus de l’autre (qui n’est qu’une pièce dans le jeu, un objet de manipulation), et de l’amour de soi comme résultat d’un dédoublement conduisant au déni.

Toute théorie du narcissisme est nécessairement imprégnée par la question du reflet, et de la réalité (psychique) qu’il représente.

Par ailleurs, c’est la figure d’Écho qui apporte ici la notion d’altérité dans le mythe de Narcisse.

L’histoire de Narcisse est aussi l’image d’un renoncement. Le renoncement à se connaître, par le choix plus ou moins conscient de se détourner de la fascination de sa propre image.

2.   Le pervers narcissique

Le pervers narcissique, comme Narcisse, souffre d’une faille narcissique de taille. Un besoin d’être admiré, une séduction constante, une obnubilation pour l’image qu’il dégage. Il cherche avant tout à se valoriser, et utilise autrui afin de satisfaire ses désirs.

C’est un destructeur pour son entourage, un manipulateur, un harceleur. Il ne reconnait jamais ses torts et est dénué de toute empathie. Il se pose toujours en victime.

Comme Narcisse, un trouble narcissique n’est pas inné, il se développe. (dans le cas de narcisse avec la prophétie et un amour inconditionnel de sa mère). Un passage crucial vient à manquer, créant une faille irréversible dans lequel le pervers narcissique se perd infinitum.

Comme Narcisse qui se contemple pour toujours dans l’eau du Styx, le fleuve des morts – le pervers sera perdu dans cette faille jusqu’au dernier jour de sa vie.

Le narcissisme, tel qu’il est décrit par Ovide et repris par les psychologues et psychanalystes, n’est pas le fait d’être amoureux de soi-même. C’est le fait d’être amoureux d’une image d’un autre que soi-même, et c’est justement ce qui cause Narcisse à sa perte.

Narcisse est en effet captif au cœur de sa division psychique, comme l’est le pervers narcissique. Il ne peut surmonter cette fracture qu’il découvre, mais dont il ne peut s’arracher.

Au fond, il aime sa propre image, en l’aimant comme celle d’un autre. L’identification est impossible, l’identité est introuvable : l’image doit donc se construire, et sera fausse puisque irréelle. D’où les multiples masques du pervers polymorphe, si ce n’est un pléonasme…

Pascal Couderc

Psychanalyste, psychologue clinicien sur Montpellier et Paris et en téléconsultation pour les francophones partout dans le monde.

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