La maltraitance morale est le jeu favori du pervers narcissique. C’est comme cela qu’il entretient le lien de soumission et qu’il jubile chaque jour un peu plus de la déperdition de sa proie. Combattre avec l’esprit est infiniment plus jouissif pour ce psychopathe qui en retire un sentiment de puissance. Pourtant, il arrive que la violence morale ouvre la voie à la violence physique du PN, parfois avec des conséquences dramatiques menant jusqu’à la mort. Quand le manipulateur sentimental bascule-t-il dans l’atteinte à l’intégrité physique d’autrui ? Peut-on en déceler les signes annonciateurs ?

  • Que dit la loi sur les violences ?  

    Avant toute chose, il faut savoir que dans la loi française, il n’existe aucune distinction entre violence physique et morale. L’ancienne notion de “coups et blessures”, bien trop restrictive, a définitivement été abandonnée par le législateur. De nos jours, c’est la jurisprudence qui a établi que tout ce qui porte atteinte à la personne ou à ses biens, que l’acte en cause soit intentionnel ou pas, peut être qualifié de “violence”.

    Partant de ce principe, la violence est déjà présente dans le simple fait de couper un arbre sans le consentement de son propriétaire, tout comme en envoyant un SMS qui aurait un impact émotionnel négatif sur son destinataire. Si ces exemples vous semblent bien peu de choses en comparaison avec ce que vous endurez de la part de votre manipulateur pervers, c’est voulu. Le but est que vous compreniez que tout ce qui est mis en place par votre PN pour provoquer chez vous le moindre préjudice, aussi infime soit-il et quel que soit le plan sur lequel il se situe (psychique, physique, matériel, financier, etc.) est déjà de la violence conjugale. En théorie, les actes malveillants du prédateur sentimental sont donc répréhensibles par la loi.

    Selon l’article 222-13 du Code pénal, même sans avoir entraîné d’incapacité de travail, les violences exercées “Par le conjoint ou le concubin de la victime ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité […] sont punies de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.” Par ailleurs, “Les peines encourues sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75 000 euros d’amende lorsque l’infraction […] est commise […] alors qu’un mineur assiste aux faits”.

    Que fait le gouvernement pour protéger les victimes de leurs conjoints violents ?

    Vous l’aurez compris, ce qui vous semble anodin aujourd’hui, tellement que vous êtes habituée aux abus émotionnels en tout genre, est pris très au sérieux par la justice. Mais en réalité, la difficulté de réunir les preuves de ces agressions complique évidemment les démarches, surtout tant qu’il n’y a pas de réelle prise de conscience de la part de la victime sur la gravité de sa situation.

    Punir les délinquants violents tels que les pervers narcissiques n’est pas une mince affaire. Leurs proies réagissent souvent trop tard, soit une fois que les traces ne sont plus détectables, soit parce que la plaignante est malheureusement décédée. Les campagnes d’information et de prévention gouvernementales contre les violences au sein du couple sont utiles pour participer à cet éveil de la conscience à sa condition de victime d’agression conjugale. Avec des dispositifs tels que le 3919, numéro de téléphone gratuit et anonyme de Violences Femmes Info, celles qui ont franchi le pas de comprendre que ce qu’elles vivent n’est pas normal peuvent être guidées dans d’éventuelles démarches de sortie de l’emprise. Cela peut aller d’une simple écoute bienveillante à la réorientation vers des dispositifs locaux de prise en charge, suivant la gravité du cas.

    Et si, sans le savoir, la violence physique du PN était déjà présente dans le couple ?

    Revenons à cette notion de prise de conscience de la violence conjugale. Il y a une certaine constante : les atteintes physiques sont toujours précédées de maltraitance psychologique. Comme le disait le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier, “Le terrain de prédilection, l’instrument majeur de la perversion narcissique […], c’est la parole”. Pourtant, il arrive que le harcèlement moral ne soit plus suffisant à maintenir la proie sous contrôle. N’oublions pas que le jeu pervers du manipulateur consiste à instaurer un doute permanent auprès de sa victime, de sorte qu’elle finisse par se dénigrer elle-même, au point d’en venir à se demander si elle n’a pas sombré dans la folie et si ce n’est pas elle, la PN.

    En soufflant le chaud et le froid, le pervers narcissique oscille entre les rôles de bourreau et de victime. Ainsi, il a une fâcheuse tendance à instiller l’idée que c’est sa proie qui est responsable de la toxicité de la relation. La femme se met donc à croire que si son compagnon lui crie dessus, c’est qu’elle l’a poussé à bout, que si son petit ami la bouscule, c’est pour la calmer, que si son partenaire de pacs l’immobilise par la force, c’est pour la protéger. Et enfin, au risque de choquer : que si son mari la contraint à l’acte sexuel, c’est parce qu’elle ne le satisfait pas assez.
    Peu importe le niveau de brutalité et si les conséquences sont graves ou non : il s’agit bien d’agressions. Le but est d’intimider, de maintenir la destinataire de ces actes légalement interdits (faut-il le rappeler) dans un état de peur et de stress. Inutile d’attendre le coup de pied dans le ventre ou le coup de poing au visage : la violence physique est déjà là et marque un point de non-retour. Pire : ce n’est que le début d’une montée en puissance annoncée.

    Lorsque la violence invisible de l’extérieur ne suffit plus

    Le PN fait de son mieux pour maintenir une image sociale irréprochable, lui permettant de couvrir son entreprise destructrice en toute quiétude. C’est pour cela que les amis du couple rallient le plus souvent sa cause : il ne laisse rien transparaître. Usant de son intelligence machiavélique, même lorsqu’il cède à des accès de colère et en vient à la violence physique, il prendra le soin de frapper sans laisser de traces. Il privilégiera de porter ses coups sur des zones peu exposées au regard d’autrui ou bien se contentera de faire mal sans trop blesser la chair, ce qui prouve bien qu’il reste maître de ses actes. Parmi les grands classiques, citons la gifle, bien plus humiliante que douloureuse, ou encore l’étranglement qui offre l’avantage certain pour le prédateur sentimental de traumatiser sans trop laisser de séquelles. Tant qu’il est en contrôle de sa stratégie de domination, le bourreau saura infliger des douleurs sans qu’elles soient assez graves pour inquiéter l’extérieur. De plus, sa victime le couvrira d’elle-même, expliquant que ses bleus, fractures et ecchymoses sont la conséquence d’une mauvaise chute.

    Mais que se passe-t-il lorsque sa vraie nature de personnalité dérangée  est sur le point d’être exposée ? Comment réagit-il quand la situation lui échappe ? Bien incapable d’admettre son échec, il risque de redoubler de violence. S’il cède à une rage aveugle, il pourra alors asséner des coups fatals sans le moindre remords, uniquement parce qu’éliminer le témoin de sa déchéance est bien moins insupportable pour sa psyché défaillante. S’il est jugé pour son crime, il utilisera d’ailleurs tous les stratagèmes pour invoquer des circonstances atténuantes et minimiser sa barbarie. Une fois de plus, insensible à la souffrance d’autrui, il ajoutera un nouveau supplice à la famille de la défunte.

    Lorsque l’on pense aux agissements du PN, la violence physique n’est pas immédiatement corrélée. Pourtant, si l’on gratte un peu le vernis si utile à ce maître illusionniste, on se rend souvent compte que les atteintes corporelles sont déjà en place au sein de la relation de soumission. Et ce, même si la victime n’en a pas encore conscience. C’est pourquoi s’informer et s’entourer d’un bon système de soutien tel que des proches qui comprennent l’emprise, un psy qualifié ou une association d’aide aux femmes battues peut éviter un drame. En effet, la violence est inacceptable et une fois certains palliers franchis, seul le pire reste à venir si l’on ne se libère pas au plus vite du pervers narcissique.