Et si c’était moi la PN ?

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Temps de lecture : 6 minutes

Quand on réalise que l’on a vécu dans une relation toxique, notre esprit est encore confus, entaché par un fort sentiment de culpabilité. On se demande comment on a pu supporter tout ça et quelle est notre part de responsabilité dans cette tragédie. “Et si c’était moi, la PN ?” est un questionnement qui finit par traverser les pensées des victimes de manipulateurs sentimentaux. S’il est vrai que certains comportements irraisonnés chez les deux parties ont pu s’instaurer dans un climat de tension permanent, cela fait-il de vous une psychopathe machiavélique et sadique pour autant ? Faisons le tour de la question.

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Et si c’était moi la PN ?

Suis-je PN ? D’où vient ce doute ?

Avant toute chose, nous avons choisi d’employer la forme féminine pour désigner les victimes de PN et la forme masculine pour parler des manipulateurs par souci d’allègement du propos, en accord avec la majorité de notre lectorat de femmes. Bien entendu, les rôles peuvent être tenus indépendamment par les représentants de n’importe quel sexe, homme ou femme.

On a coutume d’expédier le dilemme “suis-je un pervers narcissique ?” par la formule toute faite “Si tu te le demandes, c’est que tu ne l’es pas !”. Mais ce n’est pas aussi simple que cela et la réponse est peut-être moins intéressante à creuser que la question elle-même.

Le raisonnement perturbé devenu faillible

Un couple toxique se définit par la contamination malveillante qui empoisonne son fonctionnement. Cette notion est importante, car elle permet de mieux comprendre en quoi la vision des personnes touchées directement par ce genre de rapports malsains est brouillée. De l’extérieur, il est facile d’arbitrer entre ce qui est bien ou mal, tolérable ou non, juste ou injuste. Pour quelqu’un qui se trouve dans l’œil du cyclone et pour qui le venin de l’influence néfaste s’est instillé depuis longtemps, tout son appareil psychique (notion freudienne que nous employons ici pour évoquer le système de fonctionnement de la psyché) est infecté et altéré : les croyances, le jugement, les valeurs, les repères, la perception, etc. Cet état de fait est le résultat du gaslighting subi sur la durée. Il n’est pas conforme aux aspirations profondes et à la réelle personnalité de la victime.

De plus, le manipulateur a cette habitude immuable d’appuyer sur le sentiment de culpabilité de sa proie pour renverser les rôles. Par cette technique manipulatoire, elle est conditionnée depuis longtemps à se considérer comme fautive pour toutes les situations négatives. En perpétuelle remise en question, elle acquiert ainsi le réflexe de chercher en elle les raisons de sa condition. Qu’elle se demande si ce n’est pas elle la PN s’inscrit donc parfaitement dans cette logique et lui évite d’affronter une vérité peut-être plus terrifiante encore : sa soumission.

Les comportements manipulateurs employés aussi par les victimes de PN

La capacité de jugement d’une victime polluée par la perversité de son interlocuteur n’est cependant pas la seule raison de cette interrogation. En effet, il faut avouer que certains comportements toxiques finissent par s’instaurer chez les deux conjoints. Que ce soit sous la forme de micromanipulations, de crises d’hystérie ou de dépression, la victime ne se sent plus elle-même et doute de sa santé mentale, au point de s’interroger sur une éventuelle pathologie narcissique latente.

De plus, si elle a passé plusieurs années dans un schéma amoureux semblable au triangle de Karpman, elle a l’habitude de passer de victime à bourreau, puis à sauveur. Pour se rassurer, elle adopte ainsi un comportement qui peut être assimilé à de la manœuvre perfide. Soit elle sera dans la démonstration exagérée de son manque d’affection, parfois jusqu’au harcèlement, soit elle se réfugiera dans l’isolement et le mutisme. En réalité, son état de codépendance la pousse à chercher la validation à l’extérieur d’elle-même, ce qui résulte des nombreux abus émotionnels subis et constitue une forme d’appel au secours. Mais si la proie et le prédateur sont tous deux des manipulateurs, qu’est-ce qui les distingue ?

Manipulation ordinaire ou perversion pathologique : qu’est-ce qui fait la différence ?

Si l’on définit la manipulation par le fait de mener une action sur quelqu’un pour l’amener à faire ce que l’on souhaite, nous sommes tous manipulateurs au moins à un moment donné de notre vie, y compris dans l’enfance ! Il y a pourtant une différence de taille qui démarque les petites combines ordinaires du machiavélisme : l’intention.

Désirez-vous soumettre à votre volonté la personne que vous manipulez au détriment de son bien-être ? Le sentiment de puissance que cela vous procure prend-il le pas sur la détresse de l’autre ?
En psychanalyse, on parle de réification dès qu’autrui est instrumentalisé dans une opération qui le prive de sa condition humaine. Si vous éprouvez des remords, même après coup, à faire souffrir votre partenaire de vie, alors vous n’êtes pas dans la perversité et encore moins dans le sadisme. Ces troubles de la personnalité considèrent l’autre comme un objet.

Vous pouvez passer notre test en ligne pour savoir comment reconnaître un vrai PN. Les traits communs à tous les manipulateurs narcissiques pathologiques sont, sans être obligatoirement tous réunis :

  • une vision démesurée et arrogante de leur propre valeur ;
  • une attirance manifeste pour le succès (professionnel, amoureux, financier, sportif, etc.) ;
  • un besoin de susciter l’admiration ;
  • un sentiment que tout leur est dû ;
  • une empathie défaillante où la compassion est inexistante ;
  • un caractère envieux et paranoïaque (il jalouse les autres et est persuadé que les autres l’envient) ;
  • une difficulté à respecter les limites (la loi, la morale, etc.).

Si, à tout cela, on constate une certaine jouissance dans le fait de semer le mal-être chez autrui, on tombe dans la perversité sadique.
Vous reconnaissez-vous dans ces descriptions ? Si la réponse est catégoriquement négative, alors vous pouvez arrêter de vous demander “et si c’était moi la PN ?”. Mais cette conclusion est-elle définitive ou reste-t-il un risque pour la victime de se transformer un jour en prédatrice sentimentale ?

Peut-on devenir PN sur le tard ?

Le narcissisme, le machiavélisme, le sadisme et la psychopathie sont des traits de personnalité que l’on appelle “la tétrade noire”. Ils peuvent se combiner chez un même individu et désignent les comportements nuisibles en société. Si vous êtes convaincue de ne pas appartenir à ces catégories et que vous n’êtes pas PN, vous ne vous sentez peut-être pas tirée d’affaire pour autant.

Est-il possible de devenir pervers narcissique à l’âge adulte ? Après une exposition au mode de fonctionnement d’un manipulateur sentimental pendant longtemps, au point d’en avoir assimilé certaines méthodes, ce doute peut subsister. Mais rassurez-vos : un PN confirmé par le diagnostic d’un psy a développé sa structure de pensée pathologique dans la petite enfance. Tout s’est certainement joué avant ses 3 ans et c’est bien pour cela qu’il n’a aucune chance de guérison. Par contre, les comportements manipulateurs sont de plus en plus répandus dans les relations interpersonnelles, notamment avec l’avènement des applications de rencontre et des réseaux sociaux.

En ce qui vous concerne, vous avez vu un maître-marionnettiste à l’œuvre et êtes familiarisée avec des procédés manipulatoires poussés. Si vous y avez eu recours vous-même à diverses occasions, attention à ne pas systématiser vos agissements et à les diriger vers d’autres personnes de votre entourage. Rectifiez le tir au plus vite et reconnectez-vous à vos qualités empathiques pour ne pas laisser le PN changer votre nature généreuse et aimante, même après votre rupture. Mettez un terme à la boucle de la souffrance en vous faisant accompagner dans votre travail de reconstruction. Ne laissez pas gagner le manipulateur sentimental en vous corrompant pour de bon.

Et si c’était moi la PN ? Comment être sûre que je ne suis pas manipulatrice sentimentale ? Si ces questions tournent en boucle dans votre tête, c’est qu’elles révèlent une perte de repères bien plus à prendre en compte que des réponses nettes et tranchées. Le meilleur moyen de vous apaiser sera de consulter un thérapeute spécialiste de la manipulation affective. Il vous aidera à faire le tri dans vos schémas de pensée pour vous libérer enfin de l’emprise, du doute et des systèmes destructeurs pour de futures relations saines. Cliquez sur le bouton “contactez-moi” en bas de page si vous souhaitez bénéficier d’un suivi psychologique. L’accompagnement thérapeutique personnalisé en ligne se fera sous la forme de vidéoconsultation.

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