Gaslighting | 6 signes de décervelage manipulatoire

Le Reconnaitre

Temps de lecture : 7 minutes

Le gaslighting est un concept qui décrit une technique manipulatoire largement utilisée par les manipulateurs pervers. On parle de détournement cognitif ou même de décervelage. Ce procédé malveillant employé par une personnalité toxique de type pervers narcissique permet la mise sous emprise progressive de la victime, dont la perception brouillée lui fait perdre le sens des réalités. Étudions la mise en œuvre du gaslighting comme moyen de soumission à travers 6 signaux courants dans le but d’y échapper et de renouer ainsi avec la vérité.

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Gaslighting | 6 signes de décervelage manipulatoire

Concept et dangers du décervelage

Le gaslighteur a pour but de semer la confusion dans l’esprit de sa proie. L’intention est qu’elle en vienne à douter de son propre jugement, afin que seul celui de son persécuteur ait valeur de vérité. Le terme de gaslighting vient d’une ancienne fiction des années 1940. Elle mettait en scène un mari cherchant à rendre sa femme folle à force de machinations perturbantes. Parmi celles-ci, il baissait quotidiennement et progressivement la puissance des lampes à huile (d’où le nom d’origine anglaise “gaslight”) tout en niant la perte de luminosité perçue par la victime. Ce terme a finalement été adopté pour désigner le phénomène manipulatoire, car il illustre parfaitement les mécanismes mis en œuvre pour amener la cible à remettre en question sa santé mentale.
En reniant à la proie son ressenti, le manipulateur sadique la fait douter de sa propre perception. L’être humain ayant un besoin fondamental de normalité, de stabilité et de sens, la contradiction entre ce que la victime pense et ce que son bourreau lui affirme l’amène à croire que le problème vient d’elle. Ainsi, en admettant que son jugement est faillible, elle tombe dans une forme de consentement à la dictature de la pensée que lui impose son tortionnaire. C’est alors qu’elle devient dépendante du soutien émotionnel et de l’approbation du pervers narcissique. La persuasion coercitive a fonctionné : la victime ne peut plus exister qu’à travers son bourreau.

6 signes de gaslighting qu’il faut apprendre à reconnaître

Il existe plusieurs façons d’utiliser le détournement cognitif pour parvenir à parasiter la clarté de jugement d’une proie. Voici les signaux qui indiquent qu’une tentative de brainwashing (ou lavage de cerveau) est déjà en cours.

1. La communication paradoxale, instrument du décervelage.

Semer la confusion est le meilleur moyen de prendre le pouvoir. Nous avons vu à maintes reprises que la communication du pervers narcissique, qu’elle soit verbale ou non verbale, est destinée à instaurer l’incompréhension et le malaise. La victime est volontairement plongée dans cet état perplexe de gaslighting qui pousse son besoin de rétablir une certaine logique à puiser en elle-même des explications rassurantes. Ainsi, elle se remet en cause afin de justifier la dispute ou le malentendu qui a provoqué le courroux ou le dédain de son bourreau. “S’il est dans cet état de colère, c’est que j’ai dit ou fait quelque chose de mal”, se dit-elle lorsqu’elle ne trouve aucune explication au comportement de son interlocuteur.
Dans une conversation avec un manipulateur sentimental, il n’y a pas de message ni de but, et encore moins de volonté de résoudre un problème ou d’avancer vers une relation plus saine. Sa communication n’est qu’une stratégie hypnotique visant à instaurer à terme une nouvelle réalité. Les phrases balancées à mauvais escient sont suffisamment ambiguës pour être sujettes à une interprétation subjective qu’il sera facile de démonter plus tard. Tout et son contraire seront alors soutenus avec conviction par le PN, ponctués de lieux communs et de phrases vides de sens, mais à la fonction d’interpellation, voire d’accusation. “Tu sais très bien ce que j’ai voulu dire” est un grand classique des tournures rhétoriques de prédilection des pervers polymorphes adeptes du gaslighting. Sans rien dévoiler, elle plonge la proie dans la dévalorisation immédiate : “Je ne sais pas de quoi il parle, donc je suis stupide“.

2. Le déni de la réalité, un effet de gaslighting redoutable

Il ne faut pas croire que le fait d’avoir des certitudes protège du gaslighting. Les pervers narcissiques disposent d’un aplomb déconcertant, doublé d’un jeu d’acteur élaboré, peaufiné tout au long de leur existence. Avec une mauvaise foi éhontée, le vampire sentimental n’hésitera jamais à démentir les propos en sa défaveur. Les faits et les preuves seront violemment réfutés, parfois dans des mises en scène tonitruantes. Il matraquera volontiers que c’est l’autre personne qui est folle ou amnésique. D’ailleurs, induire répétitivement cette idée de défaillance mentale trahit bien son réel dessein.
Aussi grotesques ces esclandres de gaslighting puissent-ils paraître, ils ont pour but de provoquer une réaction émotionnelle qui permettra d’éclipser la réflexion rationnelle. L’énergie et la véhémence déployées permettent au manipulateur d’instiller le doute dans l’esprit de sa proie, qui finira par remettre en question ses propres souvenirs et ses ressentis. Et pour ne donner aucune chance à la raison, le PN saura immanquablement détourner la conversation vers un nouveau tourbillon de fausses informations. En dernier recours, il pourra même sortir du chapeau un trait d’humour manqué par son interlocuteur ou l’usage incompris d’un registre de second degré. De toute façon, le PN aura le dernier mot. En général, on ressort vidé d’un débat avec un manipulateur sentimental, remué de surcroît par une sensation de malaise pire qu’avant la discussion.

3. Le décalage entre les promesses et les actes

Comme le PN tient à maintenir sa domination sur l’autre aussi longtemps que possible, il ne doit pas user trop fréquemment de l’abus émotionnel. Il oscillera donc régulièrement entre épisodes de crises et périodes fastes. Dans ces moments de plénitude qui ravivent d’autant plus la douce période du love bombing à la victime, le manipulateur sadique fera montre de renforcement positif. Il félicitera sa proie, l’inondera de compliments, de marques d’affection et d’attentions galantes. Les accusations et la dévalorisation cesseront momentanément, comme pour endormir la victime qui s’accrochera à l’idée que les tourments ne sont qu’un lointain souvenir et qu’enfin, le charmant séducteur des débuts a refait surface pour de bon.
La proie sera alors toute disposée à croire aveuglément aux belles promesses faites, quitte à les attendre longtemps… beaucoup trop longtemps !
En réalité, les manipulateurs pervers ne sont jamais fidèles à leur parole et trouvent même le moyen de rendre leurs victimes coupables de leur non-accomplissement. Voici un exemple un peu simpliste, mais qui parlera au plus grand nombre : “Bien sûr que monsieur avait l’intention d’amener madame en voyage, mais comme celle-ci fait tout pour le pousser à bout, monsieur n’a d’autre choix que d’annuler ces vacances auxquelles il tenait tant !” La promesse est envolée, mais ce n’est pas de la faute de celui qui l’a formulée. La personne soumise est doublement punie et meurtrie, en plus d’être traitée elle-même de bourreau. Trop occupée à se blâmer, elle ne voit donc pas qu’aucune des paroles données n’a été suivie par des actes.

4. La projection des fautes du PN sur la victime

S’il y a bien une technique de gaslighting que l’on retrouve à chaque cas, c’est celle de la projection des fautes. Par exemple, le PN, dépourvu de sens moral, est très souvent infidèle. Pour mieux enfumer la personne qui partage sa vie, il n’hésitera donc pas à l’accuser d’adultère. Bien obligée de se justifier pour calmer les tensions, la victime ne pensera même pas qu’en parlant d’elle, le manipulateur a en fait parlé de lui. Et il en va de même pour toutes les mises en causes indûment adressées. La proie sera taxée de dramatiser, de chercher les ennuis, de compliquer les situations, de manquer d’honnêteté, de prendre l’autre pour un idiot, etc. Si les victimes de PN savaient, dans ces moments-là, qu’elles ne sont que des miroirs pour le psychopathe sentimental, elles parviendraient à se protéger de toute cette violence morale.

5. Le ressenti dissonant du détournement cognitif

L’impression de ne plus être soi-même est le signal alarmant d’un gaslighting qui a déjà trop duré. Lorsque le ressenti et les pensées sont en contradiction, deux réalités s’affrontent et posent les prémices d’une dissonance cognitive. L’esprit confus entre dans une boucle perpétuelle dans laquelle il se refait le scénario des événements sans en trouver la logique. Il navigue entre les remords de ce qu’il aurait dû dire ou faire, et le sentiment d’impuissance. Cela cause une grande souffrance qui peut se traduire par un état d’anxiété chronique.
Lorsque l’on se sent envahi, soumis à une intrusion psychique, voire à un changement de personnalité dans laquelle on ne se reconnaît plus, c’est qu’il y a danger. À ce stade, le tortionnaire sentimental est en général décideur de tout. Son avis est pris en compte en priorité, même en son absence. L’emprise est si forte que la victime remet en question sa propre pensée et montre des signes de suspicion envers tout ce qui n’émane pas de sa nouvelle référence : son bourreau.

6. Stratégie de triangulation et isolement renforçant le gaslighting

L’effet de masse est un excellent moyen de pression pour nous forcer à admettre un point de vue contraire à nos croyances et à nos valeurs profondes. À cette fin, le gaslighteur aura recours à la stratégie de triangulation aussi souvent que possible. Cette manœuvre malveillante lui permet de recueillir le soutien d’un ou plusieurs tiers pour mieux isoler sa proie. En manipulateur machiavélique intelligent, il s’arrangera pour convaincre l’entourage de sa victime qu’elle a effectivement un problème. En même temps, cela lui permet de remporter la compassion des autres, se plaçant lui-même comme un personnage à plaindre. Puisque plusieurs personnes partagent le point de vue du tortionnaire, la victime sera contrainte de se ranger à l’opinion de la majorité pour ne pas se trouver seule contre tous.
En parallèle, pour parfaire son plan, le PN amènera habilement la victime à éveiller des soupçons envers autrui. Parfois, il utilisera ce stratagème d’abus par procuration en évoquant simplement d’autres individus, sans que leur présence soit nécessaire. Il pourra ainsi mentionner à quel point son ex était mieux, ou combien la meilleure amie de la victime est jalouse et néfaste. À force, la proie développera une attitude méfiante envers les autres, manquant de fait la vraie source de son isolement et de son mal-être : le dominateur.

Le gaslighting permet de créer un chaos psychologique propice à instaurer progressivement une dictature de la pensée. Prendre conscience de cette forme de manipulation mentale est une grande étape vers la libération d’une relation toxique. Une fois les procédés de décervelage identifiés, il faut s’accrocher à son instinct qui indique que la situation n’est pas tolérable et aussi œuvrer à se revaloriser. L’accompagnement thérapeutique a pour but de se recentrer sur soi, afin de ne plus autoriser les intrusions psychiques malveillantes. C’est un travail long, mais riche en enseignement pour accéder à une vie plus harmonieuse.

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