Les failles narcissiques sont causées par nos blessures narcissiques ou émotionnelles. On les retrouve à l’origine de nos souffrances affectives, notamment de celles vécues intensément lors d’une relation avec un narcissique manipulateur. Nous les évoquons souvent sur pervers-narcisique.com, comme le facteur majeur privilégiant la rencontre avec ce type de partenaire. Pour mieux le comprendre, nous irons un peu plus loin dans leur analyse, afin de mieux saisir les mécanismes à l’œuvre.

Narcissisme sain et narcissisme  « abîmé »

Le narcissisme est un concept psychologique mis en lumière chez Freud, qui vit dans sa construction chez l’enfant, une étape où il se prend comme objet d’amour de lui-même. Aujourd’hui, il définit davantage l’amour de soi, qui concourt à la construction d’une personnalité solide et bien ancrée dans le réel.

Les failles narcissiques s’opposent donc à un narcissisme sain, qui est celui des sujets qui s’aiment suffisamment, se respectent et s’estiment à leur juste valeur. Ils savent qu’ils ne sont pas parfaits, mais s’acceptent dans leur globalité. Ils ont confiance en eux et sont capables de mener à bien leurs projets. Ils sont dotés de bonnes capacités de résistance et savent affronter les situations. Ils résistent donc à la critique et aux inévitables chocs de l’existence. Ils peuvent aimer les marques d’attention, mais n’en sont pas pour autant dépendants et restent capables de donner comme de recevoir. Plus intéressant, ces sujets n’intéressent pas les pervers narcissiques, car ils savent aimer sans attendre fébrilement de retour : ils n’invitent donc pas la dépendance dans leurs relations.

A l’inverse, une personne souffrant de failles narcissiques est une personne chez qui cet édifice du narcissisme sain aura été abîmé, souvent dès les premiers âges de l’enfance, ou à la suite de blessures répétées à l’âge adulte. Le narcissisme est très lié à l’identité en psychologie, et la particularité de ces personnes, est qu’elles ne sont pas parvenues à construire solidement la leur. Un trait saillant qui frappe chez elles leur thérapeute, est souvent un décalage entre leur personnalité qu’ils perçoivent comme ayant de la valeur, et l’image dépréciée qu’elles en donnent dans leurs propos en thérapie.

Où se cachent les failles narcissiques ?

Les failles narcissiques sont comme les brèches qui vont se glisser dans un narcissisme sain pour le fragiliser. Tous les thérapeutes s’accordent à penser que la plupart ont leur origine dans l’enfance. Pour les identifier, il faut remonter aux blessures émotionnelles qui les causent. On peut se référer aux 5 blessures majeures, telles que le psychiatre autrichien Wilhem Reich, suivi par l’américain John Pierrakos les ont définies : blessures d’abandon, de rejet, d’humiliation, d’injustice et de trahison.
Nous nous bornerons ici aux 3 premières, celles qui concernent le plus souvent les victimes du pervers narcissique, sachant qu’une de ces blessures peut se combiner largement aux autres.

La blessure d’abandon

Elle puise sa source dans un abandon vécu dans l’enfance, qu’il soit bien réel ou symbolique
(provoqué par une froideur, une perte, une mort, l’indifférence…). L’abandon laisse des stigmates profonds, car il figure un arrachement émotionnel, ou la rupture d’un lien fort qui a remis en cause un sentiment de sécurité à un moment précis. Pour le comprendre, il faut le voir comme la perte d’une partie de soi. Il fait partie des failles narcissiques les plus longues à guérir.
Une personne ayant connu cette blessure connaît la peur d’être à nouveau abandonnée, ce qui creuse chez elle le lit de la dépendance affective. Elle préférera souffrir, que de revivre à nouveau sa blessure. Elle est en bute aussi au manque d’estime de soi, se sent souvent transparente, et provoque parfois des ruptures pour prendre les devants face à sa peur d’être seule.
Un être manipulateur sent la faille narcissique causée par la blessure d’abandon chez sa proie lorsqu’elle a tendance à se saboter, peine à aller au bout des choses et ne s’aime pas profondément.

La blessure de rejet

Elle est présente chez les enfants qui n’ont pas été désirés, dont le sexe n’était pas celui voulu par les parents ou dont personne n’a eu le temps de s’occuper… Elle fait partie des failles narcissiques qui mènent à se sous-estimer, à chercher à atteindre à tout prix la perfection et à obtenir la reconnaissance des autres. Comme dans la blessure d’abandon, le sujet aura du mal à penser qu’il peut être aimé, ce qui le prédispose à la fuite et à l’évitement. Durant l’enfance, c’est dans un monde imaginaire qu’il fuit. Plus tard, il aura tendance à la solitude affective, car il ne sait pas où est sa place dans le monde. Plus le rejet aura été grand, plus la dévalorisation risque d’entraîner aussi un sentiment de honte.
Une blessure de rejet attire les manipulateurs en provoquant un besoin excessif d’être entouré, considéré et réassuré.

La blessure d’humiliation

Cette blessure atteint les enfants entre 1 et 3 ans, lorsqu’ils prennent conscience de leur corps et qu’apparaît chez eux ou chez leurs parents, une forme de sentiment de honte. Elle est aussi toujours présente chez ceux qui ont subi  des abus sexuels et des maltraitances physiques.
Le sentiment de honte va perdurer et affecter le socle narcissique de la construction du sujet. Il en résulte chez lui de forts sentiments d’indignité, de culpabilité et des complexes d’infériorité. Plus tard, il aura tendance à culpabiliser et à se dévaluer continuellement, allant même jusqu’à se punir, en menant une vie déréglée où les addictions guettent. Il conforte ainsi sa mauvaise image de soi, facteur qui le pousse facilement à être attiré par un partenaire toxique.
Un être manipulateur recherche cette blessure narcissique chez ses proies, car elle les rend prêtes à tout pour lui, ce qui flatte son besoin d’être adulé, conséquent à son narcissisme pathologique. De plus, la propension à s’effacer et à se minimiser chez ces sujets servira plus tard de base pour instaurer son emprise et son harcèlement.

La thérapie permet d’opérer un retour sur son passé et d’exhumer les blessures qui poussent à tomber dans les bras d’un manipulateur pervers narcissique. Le but sera de les accepter et d’apprendre à en guérir par un vrai travail sur soi. Selon leur gravité et leur ancienneté, le travail peut être long, mais reste au final inestimable. Il modifie la trajectoire personnelle initiée dans l’enfance, et reste la meilleure assurance de ne plus tomber dans les griffes de partenaires affectifs nocifs et inadaptés.

Pascal Couderc, psychothérapeute clinicien s’appuie sur sa longue expérience de la psychanalyse pour aider les victimes de manipulateurs. Face à ce type de partenaire, n’hésitez pas à vous faire accompagner par un professionnel, sur Skype ou en cabinet.

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