Perversion

La perversion est un concept psychanalytique majeur, théorisé depuis Freud, qui désigne une organisation psychique particulière du sujet humain. Étymologiquement, le mot vient du latin pervertere, qui signifie retourner, détourner, mettre sens dessus dessous. Cette dimension étymologique éclaire ce qui définit la perversion sur le plan structural : un fonctionnement où le sujet se construit dans le détournement des lois fondamentales du psychisme et de la relation à l’autre.

Chez Freud, la perversion désigne d’abord les pratiques sexuelles qui s’écartent de l’usage génital pour la reproduction. Cette acception, datée de 1905 dans les Trois essais sur la théorie sexuelle, a depuis évolué considérablement, et les classifications psychiatriques contemporaines ne retiennent plus comme pathologiques que les conduites portant atteinte au consentement d’autrui. Cliniquement, la perversion freudienne désigne aujourd’hui plutôt une organisation psychique caractérisée par le déni de la castration, c’est-à-dire le refus inconscient d’accepter les limites imposées par la loi symbolique.

Cette organisation perverse a été distinguée par Paul-Claude Racamier en 1986 de ce qu’il a nommé la perversion narcissique, où le détournement ne porte pas sur la sexualité mais sur le narcissisme de l’autre. Le pervers narcissique se nourrit de la disqualification et de la déstabilisation psychique d’autrui, sans nécessairement présenter de conduites sexuelles perverses au sens classique. Cette distinction est essentielle parce qu’elle permet de comprendre que la perversion narcissique relève d’une organisation psychique spécifique, et non d’une simple variante de la perversion sexuelle.

Sur le plan clinique, ce qui réunit les différentes formes de perversion, c’est l’absence d’élaboration psychique du manque, du conflit interne et de la culpabilité. Le pervers, quel que soit l’objet de sa perversion, fonctionne dans une cohérence interne qui le protège de tout vécu dépressif structurant. Cette absence de souffrance subjective explique en grande partie la résistance de ces structures à toute évolution thérapeutique classique, et la nécessité, pour les victimes, de se protéger plutôt que d’espérer un changement de l’agresseur.

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