13 schémas de perversion narcissique 

Les schémas de la perversion narcissique représentent des modes de fonctionnement assez typiques et répétitifs que l’on retrouve dans les grandes lignes de la majorité des relations d’emprise sentimentale. C’est ce qui nous a permis notamment de décrire la première année de couple avec un PN ou bien les comportements des manipulateurs au travail, par exemple. Les victimes de vampires émotionnels ne sont pas exemptes de ces boucles de pensées, d’émotions et de comportements. D’ailleurs, selon le courant théorique de la thérapie des schémas, nous sommes tous plus ou moins enfermés dans des automatismes profonds qui dictent nos conduites. Voyons comment les 13 systèmes en lien avec la perversion narcissique fonctionnent pour apprendre à les identifier et à s’en débarrasser.

Qu’est-ce qu’un schéma en psychologie ?

Les schémas de la perversion narcissique que nous explorons aujourd’hui sont inspirés de l’approche de la thérapie des schémas. Élaborée par Jeffrey Young dans les années 1990, la schémathérapie propose de pallier le constat d’impuissance des thérapies cognitivo-comportementales face aux troubles de la personnalité. Ainsi, s’inspirant de la psychologie intégrative, elle emprunte divers concepts à la psychanalyse et aux théories de l’attachement, entre autres.

Elle se concentre sur l’identification et la modification des schémas cognitifs et émotionnels profondément enracinés qui influencent la manière dont les individus perçoivent le monde, interagissent entre eux et se comportent de façon générale. La schémathérapie vise ainsi à explorer les modes de fonctionnement précoces et maladaptatifs, souvent développés à un jeune âge. En effet, ceux-ci peuvent conduire à des modèles de pensée et de comportement dysfonctionnels à l’âge adulte.

Jung identifie 18 schémas de base considérés comme des structures durables et solidement ancrées qui peuvent mener à des pensées, des émotions et des comportements négatifs, voire délétères :

  1. Abandon / instabilité émotionnelle
  2. Méfiance / abus
  3. Carence affective
  4. Imperfection / honte
  5. Exclusion / rejet
  6. Dépendance / incompétence
  7. Peur de la vulnérabilité
  8. Fusion / Soi non développé
  9. Échec
  10. Grandeur / omnipotence
  11. Contrôle de soi / autodiscipline insuffisants
  12. Assujettissement
  13. Abnégation
  14. Recherche d’approbation ou de reconnaissance
  15. Négativisme / pessimisme
  16. Inhibition émotionnelle
  17. Exigences élevées / critique excessive
  18. Punition

Ces schémas peuvent être combinés ou interagir de différentes manières chez un individu. Nous nous concentrerons ici sur ceux reliés à la perversion narcissique.

Les schémas propres à l’emprise sentimentale

En s’appuyant sur la théorie de Young, nous pouvons remarquer que les schémas de la perversion narcissique se retrouvent dans les cinq domaines qui regroupent les 18 schémas :

  1. Séparation et rejet
  2. Altération de l’autonomie et de la performance
  3. Défaut de Limites
  4. Centration sur autrui
  5. Vigilance et inhibition

Un individu au trouble de la personnalité narcissique peut ainsi présenter un ou plusieurs des schémas suivants, de même que sa victime.

Schéma 1. Abandon / Instabilité émotionnelle

Le premier schéma de Young correspond à celui d’un PN ou de sa victime. L’instabilité émotionnelle résulte de la conviction que les personnes susceptibles de fournir du

soutien ne sont pas fiables. Elle résonne aussi avec la peur de l’abandon, y compris par décès. C’est d’ailleurs le plus souvent dû à l’absence de disponibilité d’un parent dans l’enfance que ce mécanisme se développe. Il peut s’agir d’un parent indisponible émotionnellement, trop occupé par le travail ou la maladie, ou tout simplement disparu.

Schéma 2. Méfiance / Abus

Cette façon de penser et d’agir s’inscrit dans la croyance que les autres sont malveillants et indignes de confiance. Les pervers narcissiques sont presque systématiquement paranoïaques et jaloux. Ils ont l’impression que les autres veulent leur faire du mal, abuser d’eux, les humilier ou les tromper. Cette attitude peut justifier, à leurs yeux, les comportements abusifs, voire agressifs envers autrui. Ce positionnement découlerait d’abus survenus dans l’enfance (sexuel, physique, émotionnel ou verbal) ou d’épisodes d’intimidation ou d’humiliation par d’autres enfants.

Schéma 3. Carence affective

La carence affective repose sur le sentiment que les besoins affectifs ne sont jamais suffisamment comblés par les autres. Elle s’accompagne d’un sentiment de vide et est le plus souvent issue de figures parentales froides et qui ont tendance à invalider les émotions des enfants. Les manipulateurs et leurs proies sont tous deux sujets à ce schéma.

Schéma 4. Exclusion / Rejet

Le MPN a beau savoir charmer son cercle social, il conserve profondément l’impression d’être isolé du reste du monde. Sa supériorité ne l’aide effectivement pas à se sentir en phase avec autrui et, de fait, le rend différent du groupe. Ce schéma peut être issu de différences socioculturelles entre la communauté d’appartenance dans l’enfance et celle atteinte à l’âge adulte.

Schéma 5. Échec

Paradoxalement, malgré leur désir de grandeur et de contrôle, les PN peuvent également présenter ce schéma d’autosabotage. C’est leur quête incessante de pouvoir et de domination qui parfois (et heureusement !) les conduit à la non-atteinte de leurs objectifs. Leur vie relationnelle est d’ailleurs définie par les défaites successives, tandis que leur parcours professionnel aussi est souvent en dents de scie.

Schéma 6. Grandeur / Omnipotence

Ce schéma implique un sentiment exagéré de sa propre importance et de ses droits. Il contient également l’idée de supériorité. En effet, les pervers narcissiques se considèrent au-dessus des lois et des normes sociales. Lorsqu’ils les respectent, c’est uniquement pour préserver leur masque qui maintient leur image de marque tout en camouflant la maltraitance qu’ils font subir à leurs victimes. Il est accompagné d’une tendance excessive à affirmer son pouvoir, à imposer son point de vue ou à contrôler les comportements des autres. Il est évidemment relié à des exigences excessives envers autrui, ainsi qu’au manque d’empathie et de prise en compte des besoins des autres. La schémathérapie relie ce mode de fonctionnement à l’absence de discipline éducative.

Schéma 7. Peur de la vulnérabilité

Dans la peur de la vulnérabilité, il y a la crainte démesurée de l’imprévisible qui fait écho à la perte de contrôle. Ainsi, se retrouver en position d’être dépassé par les événements externes ou internes, c’est tout ce qu’un manipulateur sentimental exècre. Des parents qui couvent trop ou au contraire, ne protègent pas du tout leur enfant, ou bien n’ont pas su le préserver d’un traumatisme grave peuvent expliquer cette quasi-phobie.

Schémas 8. Contrôle de soi / Autodiscipline insuffisants

Typique des PN, l’insuffisance de self control et de self discipline implique des difficultés à se contenir et à tolérer la frustration. La régulation émotionnelle est dysfonctionnelle et mène à des états pulsionnels envahissants, pouvant aller jusqu’à la violence. Elle induit aussi une fuite des responsabilités et découlerait d’un manque de cadre parental.

Schéma 9. Recherche d’approbation ou de reconnaissance

Le besoin excessif de l’approbation d’autrui, de la reconnaissance générale ou de l’attention des autres évoque un déficit d’estime de soi. Il peut concerner autant les MPN que leurs victimes. Il est basé sur une éducation tournée sur le paraître et le statut social ou sur la peur des “qu’en dira-t-on”.

Schéma 10. Négativisme / Pessimisme

La peur démesurée de faire des erreurs qui auraient des conséquences négatives caractérise le négativisme. Malgré sa grandiloquence, le PN manifeste une vigilance excessive pour tenter d’empêcher les déconvenues qui pourraient égratigner son ego fragile. Hérité de l’enfance, il serait entraîné par le fait d’attribuer une importance exagérée aux erreurs. Pour la victime, ce pessimisme est plutôt issu du conditionnement provoqué par son bourreau.

Schéma 11. Inhibition émotionnelle

L’inhibition des émotions vise à supprimer les réactions spontanées. L’objectif est de se préserver de la honte, de la désapprobation ou de la perte de contrôle de soi-même ou des conséquences de ses actions. La schémathérapie l’impute à un milieu familial non favorable à la spontanéité ou à l’expression des émotions.

Schéma 12. Exigences élevées / Critique excessive

Les efforts fournis pour se faire apprécier par le cercle social sont considérables pour un être machiavélique. Comme tout est orchestré, il y a une surévaluation de ces mises en scène, qui donne lieu à des normes intérieures très élevées au sujet du comportement ou de la performance. Cela se manifeste par un perfectionnisme, de la rigidité (y compris morale) et une préoccupation exagérée autour de l’efficacité et de la réussite. Des parents très critiques ou difficiles à contenter sont souvent à l’origine de ce schéma.

Schéma 13. Punition

Le schéma de punition implique la conviction que les erreurs commises par autrui méritent d’être châtiées sévèrement. Il est accompagné d’une difficulté à pardonner et constitue une sorte de remise en scène d’un modèle éducatif rancunier et punitif à outrance. On retrouve là la dimension de bourreau de tous les pervers narcissiques.

Les schémas de perversion narcissique ne sont pas des diagnostics en soi, mais plutôt des modèles qui peuvent être utilisés pour mieux comprendre les dynamiques individuelles et relationnelles en jeu dans les phénomènes d’emprise. Il existe aussi des schémas qui concernent spécifiquement les victimes dont nous parlerons prochainement. L’intérêt de ces tentatives de catégorisation n’est pas de se poser en valeur universelle, car chaque individu, chaque situation est unique. Il s’agit simplement de pistes à questionner pour éventuellement analyser les problèmes sous un angle plus distancé de votre subjectivité. Pour un travail plus approfondi et personnalisé, la psychothérapie reste le meilleur outil pour vous défaire des mécanismes solidement ancrés et répétitifs.

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