En tant que psy spécialistes de la perversion narcissique, nous avons maintes fois constaté qu’une victime d’emprise a besoin d’un système de soutien solide pour l’épauler durant la phase de reconquête de liberté, ô combien éprouvante. Le problème, c’est que la famille et les amis, malgré la meilleure volonté du monde, ne sont pas préparés à gérer les montagnes russes émotionnelles qu’il y a à traverser en sortant d’une relation toxique. Souvent dans l’incompréhension, ils tentent de suivre la cadence tant bien que mal. Mais parfois, par sentiment d’inefficacité et particulièrement en cas de rechute avec le PN, ils jettent l’éponge, laissant la proie à la merci de son bourreau. Or, il faut impérativement maintenir le lien avec ses ressources extérieures pour limiter les dégâts de l’isolement. Vous trouverez des informations essentielles dans cet article, vous indiquant comment expliquer l’emprise à vos proches. Cela les aidera à comprendre votre situation et surtout, vous permettra de continuer de bénéficier de leur soutien, avec à la clé (on l’espère) une réussite pour vous tous.

“Comment as-tu pu te faire avoir ?” Faire comprendre la mise sous emprise à un public non averti

Bien que chaque individu et chaque histoire soient uniques, il faut reconnaître qu’avec les pervers narcissiques, certains schémas se répètent quasiment systématiquement : les victimes ne parlent de la toxicité de leur relation à leurs proches que bien trop tardivement. Résultat, ils tombent des nues, voire mettent en doute ses dires.

Gardons à l’esprit que le manipulateur sentimental est un excellent acteur qui sait charmer son public pour s’en attirer les faveurs. Il jouit d’une intelligence certaine pour que ces méfaits passent inaperçus de sorte que l’on octroie plus facilement le dépérissement de sa proie à elle-même, qu’à son bourreau. Ainsi, loin d’être soupçonné pour son côté machiavélique, il est au contraire apprécié, si ce n’est encensé.

Lorsqu’une victime de PN se met à parler de l’enfer qu’elle vit à son entourage, il faut donc repérer tout de suite l’appel au secours. Quand tout le monde croyait que la relation était au beau fixe, c’est tout simplement parce que la proie était dans le déni et minimisait elle-même son calvaire. Mais un beau jour, elle a une prise de conscience et verbalise son mal-être auprès de personnes de confiance. Il ne faut pas laisser passer cette démarche inaperçue.

Lorsque tombent les révélations, les proches sont interloqués et en recherche d’explications. Leur premier réflexe, parfois maladroit, est donc de retracer le cheminement de cette descente aux enfers, afin de trouver les pièces manquantes du puzzle qui les aideront à croire à cette nouvelle version de l’histoire.

S’ils ont connu la victime bien avant la relation d’emprise psychologique, ils la savent forte, indépendante, enjouée, généreuse et intelligente. Jamais ils n’auraient imaginé qu’elle se laisse maltraiter de la sorte. Et pourtant, c’est précisément ce qui attire les PN.

C’est le moment de leur expliquer le love bombing et cette période bénie de la “lune de miel” dont le pervers polymorphe a su user pour combler votre faille narcissique. Vous pouvez aussi parler de son apparente empathie qui vous a poussé à vous livrer sans savoir que vous lui donniez toutes les clés pour vous manipuler. Rappelez à vos interlocuteurs qu’eux aussi ont été bernés en se forgeant une bonne image de lui alors qu’elle cache en réalité un monstre. Sans les accuser ni les froisser, il s’agit avant tout de leur faire comprendre que le PN excelle dans les faux-semblants et qu’il n’a rien d’un enfant de chœur. Plutôt que de laisser vos proches s’attarder sur le “pourquoi vous vous êtes retrouvé sous emprise”, insistez sur l’urgence de vous aider à vous en extirper en restant présents pour vous.

“Pourquoi n’as-tu pas pris la porte dès les premiers signes” ? Expliquer pourquoi on reste auprès d’un PN

En général, la raison dicte à tout un chacun de ne pas se mêler des histoires de couples. Avant d’accorder leur soutien à quelqu’un qui vit une situation amoureuse difficile, même les proches peuvent présenter des réticences à s’impliquer. Ils vous diront certainement qu’il suffit de rompre sans autre forme de procès et s’interrogeront sur le fait que vous ne l’ayez pas fait plus tôt. Mais avec un manipulateur pervers, la volonté et le discernement sont mis à mal. Ce que vos amis et votre famille voient très clairement et avec de la distance ne tient pas compte de votre point de vue embrouillé. Ils ne savent probablement pas ce qu’est le gaslighting ou la micromanipulation. Ils ne s’attendent pas à ce qu’une part irrationnelle de vous continue d’espérer un retour à l’idylle des débuts, tant l’idée a été entretenue par la technique bien connue du chaud / froid. Ils n’imaginent pas que le fonctionnement même de votre cerveau a pu se trouver modifié sous l’effet du stress post-narcissique et que la reconstruction avant de redevenir vous-même prendra du temps et exigera des efforts, ainsi qu’un accompagnement assidu. Les mécanismes manipulatoires machiavéliques sont trop pernicieux pour être compris dans les détails par quelqu’un qui ne les a pas subis ou analysés profondément comme nos thérapeutes spécialistes de la perversité. Si vous vous attachez à résumer ces idées dans le fait que c’est votre peur qui a donné son pouvoir au PN, alors votre entourage bienveillant parviendra au moins à accepter que leur appui inconditionnel peut vous être essentiel.

“Qu’attends-tu pour couper les ponts définitivement ?” Décrire les mécanismes manipulatoires ancrés

Vous avez réussi à convaincre vos proches de la dangerosité de votre situation. Tout naturellement, maintenant que vous avez leur adhésion, ils trouveront évident de vous voir prendre une décision radicale et irrévocable pour vous débarrasser une fois pour toutes de votre vampire émotionnel. Malheureusement, l’état de dépendance affective dans lequel vous avez été maintenu bien trop longtemps va sûrement encore vous jouer des tours. À base de dénigrement, de culpabilisation, de verrouillage, d’isolement, mais aussi de renversement, la destruction psychique qui avait commencé à opérer sur vous vous a affaibli. La domination de votre bourreau conserve donc une certaine force, même lorsqu’il est physiquement absent, bien que celle-ci s’étiole avec le temps. Le deuil de la relation idéalisée reste à faire et ce n’est pas une mince affaire, surtout si le PN traîne dans les parages, s’excuse ou tente de nouvelles approches. Pour mieux vous prémunir de ces moments de doutes qui ne manqueront pas de vous faire vaciller, il faut prévenir votre système de soutien afin qu’il ne soit pas surpris. La phase de désaliénation est semée d’embûches et d’obstacles qui font que rien n’est jamais gagné d’avance. Soyez lucide sur cette réalité et préparez-vous, tout comme votre entourage, à ces manifestations parfois hautement décourageantes pour tous. Ainsi, vous serez plus à même d’adopter ensemble une attitude indulgente et patiente, mais surtout de rester tenaces et motivés pour mener cette séparation vitale jusqu’à son terme.

En fin de compte, la meilleure façon d’expliquer l’emprise aux proches et de conserver leur soutien commence par reconnaître qu’une victime d’abus émotionnel n’est pas totalement elle-même. Ses agissements et ses pensées sont gravement pollués par l’expérience répétée de la violence psychologique et l’influence malveillante d’une personnalité pathologique destructrice. Il faut s’unir pour faire bloc, tenir bon et continuer de faire ce que l’entourage est censé faire : entourer, en toutes circonstances. Un beau jour, l’amour et la compassion l’emportent inévitablement. Sollicitez si besoin l’expertise de nos thérapeutes qualifiés et puisez dans les nombreuses ressources texte, audio et vidéo de ce site pour trouver des réponses à toutes vos questions.