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Le pervers narcissique est-il heureux ? A priori, cette curiosité est souvent présente chez les victimes, et révèle plus ou moins consciemment qu’elles souhaitent encore sauver leur relation avec ce partenaire pas comme les autres. Ses aptitudes au bonheur sont pourtant minces et le bonheur avec lui, mission impossible !

Le bonheur selon la perversion narcissique

Un être narcissique souffre d’une inflation de son Moi qui le contraint à se poser comme un être supérieur, vis-à-vis des autres et vis-à-vis de lui-même. C’est dans cette logique que le bonheur est pour lui plus une devanture qu’une forme de bien-être et de plénitude.

En grand animal social qu’il est, le pervers narcissique se forge une conception du bonheur très matérialiste, semblable à celle que nous propose la société. Il raffole donc des signes extérieurs de richesse et de réussite, car ils lui donnent avant tout un statut, une importance. Il collectionne pour cela tout ce qui brille et sait l’exhiber à bon escient. Les signes extérieurs d’ailleurs ne lui suffisent pas, et il cultive aussi la courtoisie pour s’imposer comme une personnalité charmante et s’attirer les bonnes grâces et la protection d’une majorité consensuelle. C’est le père de famille charmant à la sortie de l’école, le gentleman amoureux vu de l’extérieur, le collègue parfait qui met tout le monde d’accord… Un comportement « standard » du pervers narcissique peut consister, par exemple, à poster des photos de son bonheur familial sur les réseaux sociaux, avec des images de sa petite famille tendrement unie… Personne n’ira se douter qu’en réalité sous son toit, la peur et le harcèlement sont roi.

Tout son entourage s’accorde donc en général à trouver un pervers narcissique très heureux et à envier son mode de vie. Même s’il ne s’agit que de l’un de ses masques, car en coulisse, sa vie et celle de ses proches tient plutôt du cauchemar.

Alors, le pervers narcissique est-il heureux ?

Non, on s’en doute, car le bonheur ne se résume pas à posséder et ou à exister dans le regard des autres. La personnalité des pervers narcissiques est même réfractaire au bonheur, car elle est dénuée de certains ingrédients pour cela.

Depuis l’enfance, ils sont coupés de leurs émotions et sont privés d’une vraie vie affective. Les victimes doivent comprendre, en effet, que s’ils expriment à la perfection la tendresse et les sentiments, ils ne les ressentent pas. Ils savent par contre parfaitement les jouer, par le biais de cette étrange osmose qu’ils créent avec elles et qui leur permet d’épouser tous leurs besoins. Pourtant, l’amour pour eux n’existe que dans les romans, c’est une chose réservée aux faibles et aux doux rêveurs ! Et pour cause, chez eux les sentiments n’ont qu’une seule finalité : celle de rendre l’autre accro et sous emprise. C’est cette perspective qui rend le manipulateur narcissique heureux, encore qu’elle soit de courte durée. Tout aimanté qu’il est par le désir d’en obtenir toujours plus, il lui faudra ensuite accentuer cette emprise. Il ne connaît pas la joie, mais plutôt la jouissance, qui est superficielle et qui a besoin d’être sans cesse entretenue, ce qui entraine fréquemment chez lui des problèmes d’addiction (lire sur ce blog : le pervers narcissique et l’alcool).

Le fond du caractère même du pervers narcissique s’oppose aussi fondamentalement au bonheur par le fait qu’il est incapable d’être en paix avec lui-même. Taraudé par la soif de pouvoir, il entretient une vision binaire du monde : dominant/dominé. Il est donc perpétuellement en guerre contre les autres pour faire partie de la première catégorie, car il s’agit pour lui d’une question de survie ! Si l’on parle de tempérament hautement conflictuel chez lui, avec des colères imprévisibles qui éclatent dans l’intimité (et loin du regard des autres), c’est qu’il a besoin de décharger toutes les tensions et les frustrations qui découlent de ses affrontements permanents.
Le stress et l’anxiété font partie de ce tempérament, car la manipulation le pousse à échafauder de nombreux stratagèmes qui consomment ses ressources. Les pervers narcissiques, souvent méthodiques et organisés jusqu’à l’obsession, se mettent une pression terrible, mais sont incapables de lâcher prise ! Ils ont donc besoin de maltraiter leur partenaire sans merci pour retrouver des forces et cette suprématie narcissique qui se dérobe sans cesse sous leurs pieds.

Autre handicap du pervers narcissique : son intolérance à l’échec et sa résistance quasi nulle à la frustration. Cela les pousse à désigner autour d’eux des boucs émissaires comme leurs enfants, leur conjoint-e ou leurs subordonnées, à qui ils feront régulièrement porter « le chapeau » de leurs échecs, sous les prétextes les plus farfelus. L’humiliation est aussi pour eux un tel supplice, qu’en cas extrêmes, le recours à la violence doit être redouté, car il devient pour eux la seule issue.

Peut-on le rendre heureux ?

Cela reste la grande erreur des victimes, qui pensent trop souvent qu’un partenaire pervers peut s’apaiser s’il est aimé. Or, on voit qu’un être au narcissisme pathologique a besoin du conflit pour exister. Comme les artistes s’expriment par leur art, lui s’exprime par l’agression.

Il est donc inutile d’espérer pour lui un bonheur auquel il n’aspire pas lui-même.

Le pervers narcissique ne s’estime d’ailleurs absolument pas malheureux et l’affirme souvent à la victime, qu’il désigne, elle, comme la « malheureuse » dans la vie (non sans pitié et sans condescendance). Le fait de chercher à racheter son  partenaire par amour provient chez elle d’une erreur : celle de lui attribuer une sensibilité et des besoins semblables aux siens, au travers d’une relation vécue sur un mode trop fusionnel. De telles relations ne mènent qu’à une souffrance intense, car un partenaire manipulateur ne fonctionne pas dans le registre des sentiments. L’amour est pour lui un jeu de pouvoir fait de calculs et de caprices, car ses vrais besoins sont ailleurs…

Il n’est pas plus possible de rendre « heureux » le pervers narcissique, qu’il n’est possible de l’être à ses côtés ! Il ne croit pas en la nature humaine et ses croyances sont profondément négatives. Il rabaisse, humilie ou harcèle en permanence sa proie, parce qu’il la croit avant tout profondément mauvaise et attachée à sa perte. On s’accorde aujourd’hui à penser qu’il existe indiscutablement un versant paranoïaque dans la perversion narcissique.

Une victime doit éviter à tout prix de culpabiliser en pensant que son partenaire est en souffrance, parce qu’elle ne le « trouve pas heureux » selon ses critères à elle.
Sa toute-puissance narcissique interdisant au pervers tout retour sur soi et toute prise de conscience de ses problèmes, permet de penser qu’à défaut d’être parfaitement heureux, il l’est en tous cas bien plus que ceux qui l’entourent…
La vraie souffrance, mais aussi le danger, est pour les victimes.  Mais elles ont souvent un certain travail de reconstruction personnel à accomplir afin de le comprendre, et réussir à faire enfin, de leur bonheur à elles, leur priorité.

Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste s’occupe des hommes et des femmes aux prises avec un partenaire manipulateur et malsain. La thérapie sur Skype ou en cabinet permet de sortir des schémas de dépendance.

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