Comment le PN voit le monde en 9 points ? Quelle est sa réalité ?

Se Reconstruire

Temps de lecture : 5 minutes

Comment le PN voit le monde qui l’entoure ? Quelle perception a-t-il de sa victime ? Comment noue-t-il des liens avec autrui s’il n’est jamais vrai et sincère ? Quiconque a croisé la route d’un pervers narcissique et a su le démasquer a pu se poser ces questions. Si une part de mystère perdure concernant la psychologie du manipulateur sentimental, certains principes peuvent être expliqués. Voici des éléments de réponses pour mieux comprendre ce qui se passe dans la tête d’un pervers relationnel.

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Comment le PN voit le monde ? Quelle est sa réalité ?

La vision égocentrée narcissique

Personnage intrigant que ce manipulateur affectif sadique… Plein de paradoxes, il combine le vampire et l’enfant blessé, le prince charmant et le monstre sans cœur, le stratège brillant machiavélique et l’immature incapable de gérer la frustration. Entre plans élaborés méticuleusement et caprices incontrôlés, le point de convergence des facettes de la personnalité perverse est l’égocentrisme.

Le vide dans la coquille

Le PN est au centre de l’univers, en bien ou en mal. Soit le monde est son terrain de jeu, soit il conspire contre lui. Dans tous les cas, le pervers narcissique doit remplir le vide intérieur qu’il ressent par ce besoin irrépressible d’exister aux yeux de tous. Sa faille narcissique héritée de la petite enfance lui a conféré un manque cruel d’estime de soi. Pour ne pas laisser sa psyché s’effondrer, le mécanisme de défense du manipulateur sentimental est de se revaloriser auprès d’autrui par la manipulation. Il a donc besoin des autres, tout en exigeant d’être leur préoccupation principale. Il parvient ainsi à se donner l’illusion d’avoir renversé la situation et de tout avoir sous contrôle.

Le pervers narcissique et le monde

 Le reflet du doute

Parce qu’il doute de sa propre existence, le manipulateur développe une forme d’hypernarcissisme. Alors même qu’il renie aux autres leur statut d’entités pensantes douées d’émotions, il n’est au fond pas convaincu de la réalité de son être. C’est comme s’il évoluait dans un monde à consistance variable dans lequel le regard des autres ferait office de miroir validant la véracité de la présence du PN. Pour s’assurer que les attentions sont bien tournées vers lui, le pervers polymorphe met donc toute son énergie à séduire, faire rire, impressionner, se rendre utile, etc. En se constituant de toute pièce un personnage social charismatique et sympathique, il veut que tout le monde le remarque et l’empêche de sombrer dans un néant qui le terrifie.

La paranoïa ou comment le PN voit le monde hostile

Le besoin de tout contrôler du PN traduit surtout une peur irraisonnée. Pour lui, tout est hostilité et faux-semblants. Comme sa jouissance est dans la destruction de l’autre, il redoute par-dessus tout d’être la cible d’intentions malveillantes de prédateurs comme lui, capables de l’envoyer dans les abysses de son intériorité endommagée.

La projection de la pensée malveillante

L’esprit tordu et malintentionné des manipulateurs pervers dépasse l’entendement de toute personne relativement saine et équilibrée d’un point de vue psychologique. C’est d’ailleurs comme cela que le PN maintient sa proie sous emprise. Elle est bien incapable d’imaginer que l’on puisse vouloir faire le mal à ce point, puisqu’elle-même est aux antipodes de cela.
Nous croyons toujours savoir plus ou moins ce que les gens pensent, car nous projetons en eux nos propres schémas mentaux. C’est ce même mécanisme qui explique comment le PN voit le monde : selon sa propre façon de penser, c’est-à-dire dans la malveillance extrême. Ainsi, les autres sont des ennemis potentiels qu’il faut soit éliminer, soit rallier.

Garder ses ennemis proches

Puisque l’honnêteté et la sincérité n’existent pas chez le pervers polymorphe, ces valeurs n’ont, selon lui, aucune consistance chez les autres non plus. Ainsi, il est admis que tout le monde est hypocrite et que tout lien entre individus est tenu par l’intérêt qu’il représente. Le PN considère que les émotions et la sensibilité sont universellement simulées, et que les manigances sont le lot de tous. Cette perception cynique des rapports humains autorise les agissements les plus vils. Chaque personne présente un avatar social et celui du pervers est simplement plus grandiloquent que les autres.
Parce qu’il redoute par-dessus tout d’être démasqué, le prédateur sentimental évitera soigneusement les personnes qui se montreraient trop soupçonneuses à son égard et difficilement manipulables, tandis qu’il fera tout son possible pour se faire apprécier des autres et maintenir un climat apparent de paix.

Le monde du PN

La réification du monde par le manipulateur

Pour le manipulateur pervers, l’autre n’est qu’objet. Sa victime est l’instrument de son besoin perpétuel de réassurance. Il la choisit en général pleine des qualités qui lui font défaut, telles que la générosité, l’enthousiasme, l’optimisme, l’altruisme, etc. En faisant d’elle sa chose, il oscille entre sa propre dépendance à elle et sa pulsion destructrice.

L’envie et le rejet de l’autre

Il est intéressant de noter cette confusion chez le PN : pour lui, la vertu n’existe pas, mais en même temps, elle existe, puisqu’il la convoite. Comme l’indique Mélanie Klein, “L’envie est le sentiment de colère qu’éprouve un sujet quand il craint qu’un autre ne possède quelque chose de désirable et n’en jouisse ; l’impulsion envieuse tend à s’emparer de cet objet ou à l’endommager” (Envie et gratitude, M. Klein, 1957).
Entre déni et convoitise, le manipulateur machiavélique se réconforte en détruisant ce qu’il n’a pas, tout en se donnant l’illusion de le posséder en le contrôlant. Cette position narcissique paradoxale théorisée par Jean-Pierre Caillot illustre un mécanisme de défense contre les angoisses primitives liées à l’union et la séparation. On ne s’attache pas à l’objet par crainte de le perdre.

L’autre comme moyen d’exister

La vision que porte le PN sur sa victime est totalement dénuée de sentiments. L’instrumentalisation qu’il opère sur elle empêche l’investissement émotionnel et autorise toutes les maltraitances. La seule utilité de la relation toxique est la jouissance sadique et personnelle du bourreau. La proie a été manipulée au point que l’illusion d’un amour parfait l’a amenée à la dépendance affective et elle est ainsi devenue un moyen de réassurance. Elle est la source qui nourrit l’ego déplorable de son persécuteur, jusqu’à ce qu’elle se tarisse et qu’il trouve un autre point de ravitaillement, sans état d’âme.
Chercher à savoir comment le PN voit le monde constitue souvent un déclic. La réalité floue et inquiétante perçue par le pervers narcissique nous renseigne sur sa propre intériorité. La désolation et le conflit y règnent et tout n’y est que danger et malaise. Se figurer cet univers intérieur permet de ressentir profondément la seule et unique attitude à adopter face à un manipulateur sentimental : fuir ! L’accompagnement thérapeutique d’un psy offre un cadre sécurisant pour traverser cette prise de conscience et sortir de l’emprise, avec tout ce qui en découle.

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