Manipulation Verbale du PN : l’art de pervertir les mots 

La manipulation verbale du PN est certainement l’outil dont il use le plus pour servir son dessein destructeur. C’est par ses qualités d’orateur qu’il séduit, enfume et démolit ses victimes. Le plus ironique, c’est que souvent, il se définira lui-même comme quelqu’un ayant du mal à communiquer, à exprimer ses sentiments, à traduire ses pensées correctement. Ne tombez pas dans le panneau. Il a bel et bien conscience de l’immense pouvoir des mots et surtout, du fait que cette compétence soit largement sous-estimée. Malheureusement, les pervers narcissiques sont loin d’être les seuls à user de la capacité langagière à corrompre la réalité. Apprenez à déceler les paroles perverses, afin de vous prémunir des distorsions rhétoriques de la vérité.

Pourquoi déformer la vérité par les mots ?

La manipulation verbale du PN sert son ambition de dominer les autres. Mais dans les faits, comment cela se décompose-t-il ? Et qu’en est-il de ceux qui déforment également la vérité par leur discours ? Voyons les 2 grands motifs qui poussent les orateurs malhonnêtes à proférer des paroles perverses.

Se protéger par manipulation verbale

La dissimulation est bien entendu la première idée qui traverse l’esprit dès lors que l’on a recourt à un discours douteux. Il peut s’agir du mensonge plein et entier de type “je pars à un séminaire de travail ce week-end” pour cacher une relation adultère, tout comme au fait de pointer du doigt une autre personne pour un forfait commis par le menteur, ce qui se voit souvent dans le cadre du travail, par exemple. 

Une forme plus élaborée de protection de soi par distorsion de la vérité pourrait être l’inversion accusatoire. Cette “entourloupe” rhétorique permet de placer la partie adverse en position de se justifier, ce qui soustrait le véritable fautif de l’attention des autres.

Par ailleurs, dans un souci de mettre tous les atouts possibles dans son jeu, le manipulateur verbal pourra aussi se servir de sa terrible compétence pour recueillir des informations utiles à l’assise de son pouvoir de nuisance.

Influer sur les attitudes d’autrui par la parole

Nous venons de voir que la manipulation verbale avait pour fonction première de couvrir les méfaits des beaux parleurs, mais lorsque ceux-ci sont un peu plus machiavéliques, ils peuvent tirer des bénéfices à influencer les opinions et les comportements de leur entourage. Un individu plus calculateur pourra tout à fait user du pouvoir de la parole pour mener quelqu’un à se rallier à sa cause, se mettre à son service, perdre confiance en lui-même ou bien à abandonner toute combativité à l’encontre du manipulateur verbal. Il sera également possible d’exercer un ascendant sur tout un groupe, quitte à provoquer chez ses membres des comportements de type agressifs envers une personne isolée, comme cela s’opère particulièrement dans les cas de harcèlement au travail ou à l’école.

3 formes de manipulation verbale

Maintenant que nous avons évoqué la finalité de pervertir la parole, voyons ses différentes mises en application et les perturbations que cela provoque selon 3 ordres : sentimental, mental et comportemental.

1.    La manipulation sentimentale par la parole

Manipuler les sentiments par le verbe, à l’écrit comme à l’oral, consiste avant tout à provoquer des affects forts. Ceux-ci ont un pendant positif et un autre négatif.

En faveur d’un engagement affectif, on retrouve :

  • les contes sur l’histoire personnelle du baratineur visant à susciter l’empathie ;
  • les promesses de monts et merveilles, amenant à se projeter à long terme et à s’investir corps et âme dans la relation ;
  • les mots doux et tendres dont l’objectif est de créer un attachement ;
  • la flatterie œuvrant dans le sens d’une dépendance à cette survalorisation ;
  • l’appel à la confiance qui fait tomber les barrières personnelles et invite à une parfaite transparence de la part de la proie ;
  • l’extraordinaire et le magique qui donnent une dimension symbolique très forte au lien particulier qui est en train de s’instaurer. Le menteur pourra alors évoquer de la télépathie, une intervention divine ou la destinée.

À l’inverse, dans une autre stratégie manipulatoire, le prédateur pourra utiliser ses talents d’orateur pour susciter des émotions négatives telles que :

  • la peur, qui mène la victime à tout mettre en œuvre pour éviter de contrarier son interlocuteur ;
  • la honte, qui conduit à l’isolement et à la dévalorisation de soi ;
  • la culpabilité, qui fait endosser les responsabilités à la victime ;
  • l’inquiétude, qui met dans un état d’anxiété pouvant devenir chronique ;
  • la redevabilité, qui pousse à décupler ses efforts pour prouver perpétuellement sa reconnaissance ;
  • l’invalidation émotionnelle, qui mène à douter de ses propres alertes internes ;
  • la banalisation, qui présente les choses sous un aspect atténué pour les rendre acceptables (comme certaines pratiques sexuelles, par exemple).

Nous savons que la manipulation des émotions est le moyen le plus efficace pour mettre en place une relation d’emprise. C’est la porte d’entrée vers le décervelage que l’on retrouve typiquement chez les victimes de PN.

2.    Le gaslighting verbal

Une fois les émotions totalement perturbées par les dires d’une personne qui a la fâcheuse tendance à manipuler par les mots, les capacités de raisonnement et de jugement commencent à s’altérer. Voici les différentes techniques verbales qui renforcent cette reprogrammation mentale pour aller dans le sens d’une soumission progressive :

  • Le mensonge, qu’il soit total, partiel ou par omission. Tout ce qui ne relève pas de la vérité pleine et entière est de l’ordre de la falsification. Le PN manie ces nuances avec beaucoup de malignité ce qui a pour conséquence de maintenir sa victime dans l’illusion.
  • La désinformation. C’est ce que l’on appelle “noyer le poisson”. Il s’agit d’attribuer un lien entre deux faits qui n’ont rien à voir pour dévier l’attention du véritable composant incriminant. Par exemple, ce serait considérer que des crises de jalousie seraient imputables à une tendance paranoïaque d’une personne, alors qu’elles découlent en réalité des comportements suspects, voire fautifs, de l’autre.
  • Les injonctions paradoxales. On appelle aussi cette technique de manipulation la double contrainte ou le double lien. Il s’agit de faire deux propositions contradictoires qui rendent leur interprétation ou le choix impossibles. Quelle que soit la décision, elle aboutira sur des reproches, comme l’a démontré le thérapeute systémique Paul Watzlavick avec le célèbre exemple du panneau indiquant “ne tenez pas compte de ce panneau”.

Entraver la capacité de raisonner et de juger a pour conséquence de perturber également le pouvoir d’agir.

3.    La paralysation des actions par le pouvoir des mots

Comment peut-on empêcher l’autre de mener des actions simplement grâce à la manipulation langagière ? Il existe de multiples formes de saboter toute envie d’entreprendre par la simple prise de parole. Voici en quoi elles consistent :

  • Les menaces ou le chantage. Convaincre une personne qu’elle perdra tout si elle s’en va ou qu’elle ne sera jamais heureuse autrement relève d’une volonté de lui faire miroiter un avenir plus sombre que la condition qui lui pèse actuellement. Cela va de pair avec le fait de susciter la peur ou l’anxiété.
  • La stigmatisation et la pathologisation. La proie finit par être identifiée à tous les qualificatifs rabaissants dont on l’affuble, voire elle se voit poser un diagnostic mensonger visant à la présenter sous un aspect plus grave que la réalité. C’est typiquement en la définissant par des phrases cinglantes que cela se produit, comme “tu es folle”, “tu es insupportable”, “tu es bipolaire”, etc.
  • L’isolement. Pour cloîtrer quelqu’un simplement par les mots, il suffit de convaincre son entourage de prendre lui-même ses distances. Cela intervient par une réécriture de l’histoire, afin de convaincre le groupe que la victime n’en est pas une. Elle s’opère comme une sorte de négationnisme qui consiste à nier les faits pour les remplacer par de nouvelles données. Par exemple, “ma femme est devenue mythomane, elle ment à tout le monde et je souffre terriblement de ses mensonges”, alors qu’il s’agit ici d’un renversement de situation.
  • Le révisionnisme. Cela consiste à réinventer le passé pour établir des liens de cause à effet imaginaires. Par exemple : “tu m’as épousé parce que tu n’étais pas capable de vivre par toi-même”.

Parmi ces formes de communication perverse, on décèle à la fois la volonté d’empêcher l’action par peur des répercussions, de l’échec, mais aussi la déviation vers une culpabilisation et enfin, la coupure avec les ressources extérieures qui représentent un appui très important dans la démarche de libération d’emprise.

La manipulation verbale du PN s’immisce sous de nombreuses formes et sert tellement de buts différents qu’il serait plus prudent de considérer qu’elle peut être partout. D’ailleurs, nous avons démontré que ces tentations à pervertir la communication pour arranger les situations à sa guise touchent tout le monde, pas seulement les narcissiques pathologiques. Pour être en meilleure maîtrise des échanges verbaux avec un manipulateur, n’hésitez pas à consulter nos 8 conseils pour gérer les échanges avec un pervers narcissique.

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