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La victime d’un pervers narcissique : profil et séquelles

17 Juin 2025 Mis à jour le 25 Août 2026 15 min
La victime d’un pervers narcissique : profil et séquelles
L’essentiel

Qui est la victime d'un pervers narcissique ? Une personne choisie pour ses qualités, empathie, loyauté, générosité, et pour une faille ancienne que le manipulateur repère et exploite. Sous emprise, elle perd son jugement, ses liens et son identité, sans en avoir conscience. Reconnaître cette position, sans s'y figer, est la première étape pour en sortir ; une consultation spécialisée permet de nommer l'emprise et d'évaluer le risque.

Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Trente-cinq ans de pratique clinique.

La victime d’un pervers narcissique est une personne placée, à son insu, sous l’emprise d’un manipulateur qui la dépossède progressivement de son jugement, de ses liens et de son identité. Elle n’est ni faible ni naïve : elle a été choisie pour ce qu’elle a de meilleur, puis travaillée par une méthode. C’est cette méthode, et ce qu’elle produit chez la personne ciblée, que cet article décrit.

 » Victime « , ce mot glace, effraie, terrifie. C’est un mot aux mille destins, comme on en connaît tant d’autres. Être victime est une épreuve dont on ne se relève pas sans blessures, celles du passé mêlées au présent. Mais alors, être victime d’un pervers narcissique, qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce que cela implique ? Et pourquoi elle ?

Dans ma pratique, le mot est souvent le premier obstacle : beaucoup de personnes qui consultent le refusent, parce qu’il leur semble signer une faiblesse ou une identité définitive. Il ne désigne pourtant qu’une position dans une relation, et une position dont on sort. Je parle de  » il  » par commodité ; les femmes perverses narcissiques existent, et les hommes sont victimes plus souvent qu’on ne le dit.

Le profil type de la victime du pervers narcissique

Victime, oui, nous le sommes tous, d’un destin qui nous poursuit autant qu’il nous aspire. (Louis Deniset)

Le préjudice subi par la victime d’un pervers narcissique va bien au-delà de ce qu’il est humainement imaginable de supporter : manipulation, emprise, abus et dépendance. La confiance en soi, l’identité, les valeurs : c’est son monde entier qui s’effondre. Pour comprendre comment, il faut regarder ce qui, chez elle, a d’abord attiré le manipulateur.

Ses qualités : ce qui attire le prédateur

C’est un premier point essentiel du travail d’élaboration, que les personnes ciblées ont parfois du mal à saisir : ce sont leurs qualités, leurs valeurs morales et humaines, qui séduisent le pervers narcissique. La joie de vivre, la spontanéité, la chaleur, la capacité à faire confiance. Les victimes sont convoitées comme un rayon de soleil au milieu d’un orage.

Ce n’est pas un hasard si le manipulateur choisit des personnes lumineuses, généreuses, pleines de vie. Il est attiré par ce qu’il n’a pas, par ce qu’il ne sera jamais capable d’être. Il envie cette capacité à aimer, à faire confiance, à voir le meilleur chez les autres. Et c’est précisément cette lumière qu’il cherchera à éteindre, parce qu’elle lui renvoie, en creux, son propre vide.

Ses failles : la porte d’entrée du manipulateur

Parallèlement, ce sont les failles de la victime qui l’ont retenu : une dépendance affective, un manque d’estime et de confiance en soi, une blessure ancienne qui n’a pas été refermée et qui laisse voir sa souffrance. Le manipulateur voit dans sa proie la brèche par laquelle il pourra s’engager sans grande difficulté.

Cette faille narcissique, souvent héritée de l’enfance, crée un besoin de reconnaissance et d’amour qu’il promet de combler, pour mieux en abuser. La propension à culpabiliser achève le tableau : elle empêche de poser des limites, et c’est dans cet espace sans limites que la perversion s’exerce. Le profil de la personne susceptible d’incarner la victime se lit ainsi, qualités et failles ensemble.

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L’empathie : une richesse détournée

L’empathie est l’une des plus belles richesses humaines. À l’écoute, sensible, la victime comprend ses semblables ; elle est capable de s’identifier à ce qu’ils ressentent et à ce qu’ils vivent. C’est une noblesse, la preuve vivante de l’attention à autrui.

L’empathie comme arme retournée contre soi

Le pervers narcissique, lui, est dépourvu d’empathie véritable. Mais il sait la simuler et, surtout, il sait exploiter celle de sa victime. Parce qu’elle comprend la souffrance, la victime excuse les comportements destructeurs. Parce qu’elle ressent la douleur de l’autre, elle cherche à le réparer, à le sauver.

Cette empathie sans garde-fou devient le piège parfait. La victime se met à la place de son bourreau, tente de comprendre ses réactions, trouve des justifications à l’injustifiable :  » Il a eu une enfance difficile « ,  » Il ne se rend pas compte « ,  » Au fond, il souffre « . Ces rationalisations, nourries par l’empathie, la maintiennent dans la relation. Le mécanisme est bien connu en clinique : comprendre l’autre tient lieu de se protéger de lui.

Garder l’empathie, lui donner des limites

S’il y a un conseil à retenir sur cette empathie, c’est de chercher le juste milieu entre soi et l’autre, pour ne pas en pâtir. Ce juste milieu se travaille, avec ou sans l’aide d’un professionnel. L’empathie doit rester une force ; elle cesse de l’être quand elle n’a plus de limite, c’est-à-dire quand elle ne s’applique plus à soi-même.

La loyauté sans faille : qualité devenue prison

La loyauté exemplaire de la victime a fait d’elle une proie idéale, où toutes les cases sont cochées. Sa volonté d’aider sans mesure, voilà une qualité qui s’est retournée contre elle. Dans cette relation sans fin ni limite, elle l’a vidée de toute force de s’aider elle-même.

La victime est naturellement tournée vers les autres, et cherche à se situer dans le désir de l’autre. Parfois à son propre détriment, elle porte en elle un espoir grandissant. Le manipulateur, lui, ne saura que se jouer de cette ferveur pour mieux la détruire.

L’engagement total dans la relation

La victime s’engage totalement. Elle croit à la parole donnée, aux promesses, aux projets communs. Elle investit son énergie, son temps, son amour sans compter. Cette capacité d’engagement, admirable dans une relation saine, devient catastrophique face à un manipulateur qui n’honore aucun des siens.

Le pervers narcissique compte sur cette loyauté. Il sait que sa victime ne partira pas au premier coup, ni au deuxième, ni au dixième. Il sait qu’elle trouvera des excuses, qu’elle donnera une nouvelle chance, qu’elle croira aux promesses de changement. Cette loyauté lui offre un terrain illimité, et c’est pourquoi la question  » peut-on faire changer un pervers narcissique ? «  revient si souvent en consultation : elle est le dernier refuge de la loyauté.

La participation involontaire à l’emprise

Depuis des siècles, l’homme est victime d’un paradoxe : il cherche le métal précieux qui le libérera, et pourtant il reste son prisonnier. (Paul Ohl)

La victime s’est tue, refermée sur elle-même pour retrouver l’état idyllique de la rencontre. Sans se douter un instant que c’est justement ce silence qui aggrave la situation.

Le cercle vicieux de la soumission

Dans le paroxysme de la relation, les valeurs de la victime, ses gestes et sa dévotion lui ont permis de renforcer son ascendant sur elle. Plus la main est lourde, plus la victime tente de se justifier, de se faire aimer. Elle s’en trouve d’autant plus asservie.

C’est une complicité involontaire dans laquelle elle s’est jetée à corps perdu. Une prison invisible dont les murs, bâtis avec son amour et sa lumière, ont servi à installer un bourreau dont elle n’avait pas conscience. Le mot de complicité doit être pris dans son sens le plus faible : elle a fourni les matériaux, sans jamais connaître le plan.

La valse infernale

Somme toute, c’est une valse d’attirance et de répulsion, entre dégoût de soi et nostalgie de la lune de miel. Une valse où symptômes, culpabilisation, manipulation et isolement de l’entourage règnent en maîtres. Cette réalité alternée, chaude puis glaciale, est ce que la clinique nomme le lien traumatique : l’intermittence attache plus sûrement que la constance.

Comprendre n’est pas justifier

Cette  » participation involontaire  » n’implique aucune responsabilité de la victime dans ce qu’elle subit. Le manipulateur est un prédateur expérimenté qui sait exactement comment exploiter les qualités humaines de sa proie. La victime n’est pas coupable d’être généreuse, empathique ou loyale. Elle est victime d’un manipulateur qui a détourné ces qualités contre elle, et comprendre le détournement est précisément ce qui permet d’y mettre fin.

Victime : de chez soi à chez l’Autre

Les manipulations du pervers narcissique sont si bien orchestrées que ni la victime ni son entourage, personnel ou professionnel, ne perçoivent le manège. Trois configurations reviennent le plus souvent.

Le conjoint

La recherche de l’amour est sans doute le moment où l’être humain s’ouvre et se livre le plus. C’est un moment de vulnérabilité choisie, dont les personnes ciblées sont d’autant plus à vif qu’elles s’ouvrent à celui qui s’apprête à les détruire. Dans le couple, l’emprise s’installe progressivement : la séduction laisse place aux premières critiques, puis aux humiliations, puis à la violence psychologique systématique. Le conjoint de pervers narcissique se retrouve prisonnier d’une relation dont il ne comprend plus les règles.

L’enfant

L’enfance est le moment de la construction de soi, où l’enfant ne peut survivre sans l’autre. Face à un parent pervers narcissique, il est plongé dans un univers tyrannique auquel il ne peut échapper. L’isolement et l’absence de toute réalité de comparaison aggravent la distorsion. L’enfant de pervers narcissique grandit avec des repères faussés, une estime de soi abîmée, et souvent une prédisposition à reproduire, comme victime ou plus rarement comme bourreau, ce qu’il a connu.

Le collègue

Le monde du travail est l’une des sphères où les victimes sont nombreuses. Prises entre la hiérarchie et les ordres à exécuter, elles sont happées dans une spirale d’injonctions contradictoires, de tâches impossibles et de harcèlement moral. Le contexte professionnel ajoute une contrainte : la peur de perdre son emploi, sa réputation, sa carrière. La victime du pervers narcissique au travail se tait souvent plus longtemps que les autres.

Les conséquences sur la victime

L’emprise laisse des traces profondes, parfois invisibles de l’extérieur, dévastatrices pour la personne qui les porte.

Les séquelles psychologiques

Le syndrome de stress post-narcissique est fréquent : hypervigilance, reviviscences, cauchemars, anxiété chronique. Le corps et la psyché restent en état d’alerte longtemps après la fin de la relation. La dépression accompagne souvent ce traumatisme, et l’estime de soi, méthodiquement détruite, met du temps à se reconstruire.

La victime doute de tout : de sa perception, de ses souvenirs, de sa valeur, de sa capacité à faire confiance à nouveau. Beaucoup résument ce vécu d’une seule phrase :  » je ne suis plus moi-même « . Dans les configurations les plus lourdes, la pensée du suicide peut apparaître ; elle appelle une aide immédiate, et le 3114 répond à toute heure.

L’isolement social

Le manipulateur a souvent réussi à couper sa victime de son entourage. Famille éloignée, amis perdus de vue, collègues devenus méfiants : elle se retrouve seule au moment où elle aurait le plus besoin de soutien. Les proches, quand ils restent, ne savent pas toujours comment aider ; il existe trois choses à savoir pour l’entourage d’une victime. Reconstruire ce réseau fait partie du chemin.

Les difficultés relationnelles futures

Après avoir vécu cela, comment faire confiance à nouveau ? Comment distinguer l’attachement véritable de la manipulation ? Comment ne pas voir des manipulateurs partout, ou au contraire ne pas retomber dans le même piège ? Ces questions occupent les victimes longtemps après la séparation. Elles ont une réponse : le discernement se reconstruit, et il se reconstruit d’autant mieux qu’il a été travaillé.

Se reconstruire : reconnaître, se faire accompagner, retrouver ses qualités

La reconstruction est possible. Longue, exigeante, mais possible, et elle suit un ordre.

Reconnaître ce qu’on a vécu

La première étape est de nommer ce qu’on a vécu. Reconnaître qu’on a été victime d’un pervers narcissique n’est pas un aveu de faiblesse ; c’est le début de la libération. Comprendre les mécanismes de l’emprise permet de cesser de s’accuser, et la question  » suis-je vraiment une victime ?  » trouve alors sa réponse dans les faits plutôt que dans le regard du manipulateur. Les cinq étapes de la libération de l’emprise partent de là.

Se faire accompagner : la consultation pour la victime d’un pervers narcissique

Un accompagnement thérapeutique spécialisé est souvent nécessaire. Tous les professionnels ne sont pas formés à la spécificité de la perversion narcissique, et une consultation avec un thérapeute qui ne la connaît pas peut aggraver le doute ( » vous n’exagérez pas un peu ? « ). Une consultation spécialisée pour victime de pervers narcissique remplit trois fonctions : nommer l’emprise, évaluer le risque, puis sécuriser la sortie et la reconstruction. Elle se déroule en cabinet ou en visioconférence.

Retrouver ses qualités

Les qualités qui l’ont attiré, empathie, générosité, loyauté, restent des qualités précieuses. L’enjeu n’est pas la méfiance ni la fermeture. Il est d’apprendre à protéger ces qualités, à les offrir à ceux qui les méritent, à poser des limites sans renoncer à ce qui fait votre humanité. Savoir à qui parler, et avec qui se taire, en est le premier exercice.

À retenir

  • La victime d’un pervers narcissique est choisie pour ses qualités (empathie, loyauté, générosité) et pour une faille ancienne que le manipulateur exploite.
  • L’empathie et la loyauté, retournées contre elle, la maintiennent dans la relation ; comprendre ce détournement n’est pas s’en rendre responsable.
  • Dans le couple, la famille et le travail, l’emprise s’installe selon la même mécanique.
  • Les conséquences (stress post-narcissique, dépression, isolement, doute permanent) sont réelles et se traitent.
  • Nommer sa position de victime, sans s’y figer, est la première étape ; une consultation spécialisée permet d’évaluer le risque et de sécuriser la sortie.

Conclusion : la victime d’un pervers narcissique n’est pas une identité

Être la victime d’un pervers narcissique n’est pas une identité définitive. C’est une position dans une relation, imposée par une méthode, et l’on en sort. Les qualités qui ont fait de vous une cible, la capacité à aimer, l’empathie, la loyauté, sont aussi celles qui rendent la reconstruction possible.

Vous n’êtes pas responsable de ce qui vous est arrivé. Le manipulateur a exploité vos forces comme des faiblesses ; ces forces sont toujours là, sous les blessures. Ce que trente-cinq ans de pratique m’ont appris, c’est que la sortie de cette position commence le jour où on la nomme. Elle se poursuit ensuite, à un rythme propre à chacun, jusqu’à ce que le mot  » victime  » ne décrive plus qu’un passé.

Vous pensez être victime d’un pervers narcissique ?

Une consultation spécialisée permet de nommer ce que vous vivez, d’évaluer le risque et de préparer la sortie de l’emprise. Les consultations se déroulent en cabinet ou en visioconférence.

Prendre rendez-vous

FAQ : être victime d’un pervers narcissique

Pourquoi moi ? Qu’est-ce qui fait de moi une victime de pervers narcissique ?

Ce n’est pas votre faute. Le pervers narcissique cible des personnes qui présentent certaines qualités, empathie, bienveillance, loyauté, capacité de pardon, et certaines vulnérabilités : failles narcissiques, besoin de reconnaissance, carences affectives anciennes. Vous n’avez rien  » attiré  » ; il a repéré, étudié, puis exploité ce qu’il a trouvé. Le travail thérapeutique permet de renforcer les protections sans rien perdre des qualités.

Suis-je vraiment une victime ou suis-je le problème ?

Le pervers narcissique fait douter :  » tu es trop sensible « ,  » tu es folle « ,  » tu provoques mes réactions « . C’est du gaslighting. Si vous vous posez cette question, c’est déjà un indice : un pervers narcissique ne se la pose jamais. S’interroger sur sa propre responsabilité relève de l’empathie et de l’introspection, dont il est dépourvu. Le test du site et l’avis d’un thérapeute spécialisé permettent de sortir de ce doute par les faits.

Reste-t-on marqué à vie par une relation avec un pervers narcissique ?

Les séquelles sont réelles : traumatisme, méfiance, estime de soi abîmée. Elles se traitent, et la plupart des personnes accompagnées retrouvent une vie relationnelle dans laquelle l’emprise n’organise plus rien. Personne ne peut promettre un effacement complet ni un délai. Ce que la clinique observe, c’est que les traces cessent de commander la vie quand elles ont été travaillées, et que beaucoup en sortent avec une connaissance d’elles-mêmes plus fine qu’avant.

Quand consulter quand on est victime d’un pervers narcissique ?

Dès que le doute devient permanent : vous ne savez plus si vous exagérez, vous vous justifiez sans cesse, vous vous éloignez de vos proches, vous dormez mal. Il n’est pas nécessaire d’avoir la certitude d’avoir affaire à un pervers narcissique pour consulter ; établir ce qui se passe est précisément le rôle de la consultation. Un professionnel formé à l’emprise évalue le risque et aide à préparer la sortie, en cabinet ou en visioconférence.

Pascal Couderc

Pascal Couderc

Psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Spécialisé depuis 2005 dans l’emprise, la perversion narcissique et les relations toxiques. Trente-cinq ans de pratique clinique en cours.

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