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LA PERSONNALITÉ PASSIVE AGRESSIVE : un autre trait du PN ?

18 Déc 2025 Mis à jour le 2 Août 2026 14 min
LA PERSONNALITÉ PASSIVE AGRESSIVE  : un autre trait du PN ?
L’essentiel

La personnalité passive agressive est-elle un trait du pervers narcissique ? La passivité agressive est une manière indirecte d'exprimer l'hostilité: au lieu d'affronter, la personne sabote, retarde, boude ou feint l'incompréhension, ce qui laisse l'autre désemparé et doutant de lui-même. Elle n'est pas propre au pervers narcissique, mais celui-ci l'emploie volontiers car elle déstabilise sans laisser de preuve. Repérer ce registre indirect aide à nommer une agression qui se cache derrière l'apparente bonne volonté.

Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Trente-cinq ans de pratique clinique.

La personnalité passive agressive exprime son hostilité sans jamais la déclarer : elle dit oui et fait non, accepte et sabote, sourit et boude. Ce n’est pas de l’indécision. C’est une agressivité qui avance masquée, par retards, oublis et malentendus savamment entretenus, laissant l’entourage désorienté et souvent convaincu d’être lui-même le problème. Comprendre ce fonctionnement, ses causes, sa part de conscience, et ce qui le distingue de la perversion narcissique, permet d’y répondre sans s’y épuiser.

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Qu’est-ce qu’une personnalité passive agressive ?

La personnalité passive agressive affiche une apparence coopérative, voire soumise, qui masque une réelle animosité. Cette hostilité ne s’exprime jamais de front : elle emprunte des voies détournées, la procrastination, l’oubli, le malentendu, le sabotage discret de ce qui a pourtant été accepté. La personne pourra ainsi acquiescer poliment à une invitation qu’elle aurait préféré décliner, puis s’arranger pour qu’un empêchement de dernière minute fasse échouer le projet.

On parle d’hostilité cachée ou d’agressivité passive pour désigner ce mode relationnel. Décrit de longue date par la psychiatrie, il figurait comme trouble de la personnalité à part entière dans les premières éditions du DSM avant d’être reclassé parmi les traits, il ne constitue pas une pathologie au sens strict, mais un fonctionnement défensif qui peut faire souffrir durablement, le sujet comme son entourage. Dans sa forme instrumentalisée, il rejoint certaines techniques de manipulation des personnalités toxiques.

Le cœur du fonctionnement tient en une formule : l’inadéquation entre les paroles et les actes. Ce que la bouche accorde, la conduite le reprend. Et comme rien n’a jamais été refusé ouvertement, l’entourage ne peut rien reprocher, c’est précisément ce qui rend ce comportement si déroutant.

Quelle est la cause de ce trouble ?

Plusieurs facteurs favorisent le développement d’un fonctionnement passif agressif, et ils se cumulent fréquemment.

Le modèle familial. Lorsque le foyer d’origine réprimait ou ignorait les émotions, colère interdite, désaccord assimilé à l’insolence, l’enfant apprend que l’opposition directe est dangereuse. Il ne renonce pas à s’opposer : il apprend à s’opposer sans en avoir l’air. Ce schéma d’invalidation émotionnelle rappelle celui que vivent les enfants de pervers narcissiques, très tôt entraînés à taire ce qu’ils ressentent.

La peur de l’abandon ou du rejet. Chez les personnes marquées par une dépendance affective, dire non expose à un risque vécu comme vital : déplaire, donc être quitté. Elles disent alors  » oui  » en pensant  » non « , et l’hostilité refoulée ressort par la porte de service, retards, oublis, mauvaise volonté diffuse envers les projets qu’elles ont verbalement acceptés.

D’autres organisations de la personnalité. On retrouve des conduites passives agressives chez les personnalités borderline, narcissiques et antisociales, où elles s’articulent à d’autres traits.

Certains états psychiques. La dépression, l’anxiété ou un état de stress post-traumatique peuvent accentuer une hostilité passive, l’énergie manquant pour le conflit ouvert quand le ressentiment, lui, demeure.

Il faut le souligner : la psychothérapie obtient de bons résultats sur ce fonctionnement, même ancien. À la différence des structures perverses, le sujet passif agressif peut prendre conscience de ses schémas et les transformer.

L’agressivité passive est-elle consciente ?

En partie seulement, et c’est ce qui en fait la complexité clinique. Le refoulement de l’émotion est largement automatique : la personne ne décide pas de ne pas ressentir sa colère, elle a appris depuis l’enfance à ne pas la reconnaître. Mais l’acte de sabotage, lui, suppose un minimum d’organisation : s’arranger pour être en retard,  » oublier  » précisément ce qui comptait pour l’autre, faire échouer un projet accepté. L’agression passive comporte une intention de nuire au projet, même lorsque la personne se raconte autre chose.

La part de calcul varie donc d’un sujet à l’autre, et chez un même sujet d’une situation à l’autre. Certains passifs agressifs découvrent en thérapie, avec une sincère stupéfaction, la fonction hostile de leurs  » étourderies « . D’autres savent parfaitement ce qu’ils font et pourquoi. Dans tous les cas, ce fonctionnement est coûteux pour celui qui le porte : conflits à répétition, réputation d’être peu fiable, relations qui s’usent, une souffrance réelle, quoique rarement reliée par le sujet à sa propre conduite.

Les pervers narcissiques sont-ils passifs agressifs ?

Le climat de confusion qu’installe le comportement passif agressif rappelle immédiatement l’emprise perverse : même brouillard, même doute sur soi, même impossibilité de nommer ce qui se passe. On pense au gaslighting, à l’alternance du chaud et du froid, au silence utilisé comme arme, et de fait, le pervers narcissique manie volontiers l’hostilité indirecte, qui déstabilise sans laisser de traces.

Mais savoir imiter un comportement n’est pas présenter le trouble. La différence tient à la fonction. Chez le passif agressif, l’hostilité détournée est une stratégie d’évitement : il cherche à se protéger du conflit et du rejet. Chez le pervers narcissique, la manipulation n’évite rien, elle vise. C’est un mode de fonctionnement permanent dont l’objet est le contrôle et la disqualification de l’autre. Pour le dire simplement : le passif agressif sabote vos projets pour ne pas avoir à vous dire non ; le pervers narcissique sabote votre personne pour se sentir exister. Cette distinction commande toute la suite, la manière de réagir n’est pas la même.

Exemples de comportements passifs agressifs

La procrastination hostile

La tâche acceptée n’est jamais refusée, elle est indéfiniment reportée. Chaque relance obtient un  » oui, oui, je m’en occupe «  qui n’engage à rien. Le report n’est pas de la paresse : il porte un message, que la parole se refuse à formuler, je ne voulais pas, et tu vas le sentir.

L’oubli sélectif

La mémoire du passif agressif est étonnamment fonctionnelle pour ce qui l’intéresse, et défaillante pour ce qui compte pour vous : l’anniversaire, le rendez-vous important, la course promise. L’oubli offre un alibi parfait, qui oserait faire le procès d’une étourderie ?

Le compliment empoisonné et l’humour à double fond

 » C’est bien, tu t’améliores « ,  » je plaisantais, tu ne sais plus rire ?  » : la pique se glisse dans l’éloge ou dans l’humour, de sorte que la riposte devient impossible. S’en offusquer, c’est passer pour susceptible. On retrouve là un cousinage direct avec les phrases favorites des manipulateurs.

La bouderie et le silence

Plutôt que de dire son désaccord, le passif agressif se retire : mutisme, monosyllabes, froideur ostensible dont il niera la réalité,  » mais non, tout va bien « . Ce silence n’est pas une absence de communication : c’est une communication hostile, qui punit sans s’exposer.

Le sabotage discret

Le projet accepté échoue par une accumulation de petits ratés : le document égaré, l’information transmise trop tard, la réservation  » qui n’a pas marché « . Pris isolément, chaque incident est plausible. C’est leur régularité qui fait signe, le hasard n’a pas de direction ; le sabotage en a une.

La position de victime

Confronté, le passif agressif inverse les rôles : il est débordé, incompris, on lui en demande trop, on l’agresse. L’entourage, qui venait exprimer un grief légitime, repart en s’excusant. Cette inversion évoque le triangle de Karpman, où la place de victime est la plus puissante des trois.

Le passif-agressif et le mensonge

Le mensonge du passif agressif a une texture particulière : c’est rarement le grand mensonge construit, plutôt le mensonge d’évitement, nier la bouderie ( » tout va bien « ), maquiller le sabotage en accident ( » je n’ai pas eu le temps « ), promettre sans intention de tenir ( » je le ferai demain « ). Il ment moins pour tromper que pour ne pas s’exposer : dire la vérité, je ne veux pas, je suis en colère, l’obligerait au conflit direct qu’il fuit par-dessus tout.

Ce mensonge défensif se distingue du mensonge pathologique du pervers narcissique, qui est offensif : mentir pour construire une réalité de remplacement, disqualifier la perception de l’autre, régner sur la confusion. Là encore, la conduite se ressemble et la fonction diffère. Mais pour l’entourage, le résultat immédiat est comparable : on ne peut plus se fier à la parole donnée, et l’on finit par douter de ce qu’on a soi-même vu et entendu.

Un mot sur la promesse, qui occupe chez le passif agressif une place singulière. Promettre est pour lui la manière la plus économique de clore un échange inconfortable : la promesse achète la paix immédiate, et son exécution est renvoyée à un futur qui n’engage à rien. À la longue, l’entourage apprend à ne plus entendre les engagements, et c’est là un des dégâts les plus profonds de ce fonctionnement : il vide la parole de sa valeur d’engagement, dans le couple comme au travail. Ce qui reste alors, c’est une comptabilité muette des déceptions, que la personne tiendra jusqu’au jour où elle cessera de demander.

Au travail et dans le couple : deux terrains d’élection

Au travail, l’agressivité passive prospère parce que la hiérarchie interdit le conflit ouvert. Elle prend la forme de la mauvaise volonté indétectable : consignes appliquées à la lettre pour mieux en trahir l’esprit, informations retenues, délais étirés, réunions où tout est approuvé et couloirs où tout est défait. Un collaborateur passif agressif peut paralyser une équipe entière sans avoir jamais rien refusé. Lorsque ces conduites émanent d’un supérieur et se doublent de dévalorisation, on change de registre, celui du manipulateur au travail.

Dans le couple, l’hostilité passive attaque ce qui fait la vie commune : les décisions partagées. Tout est accepté, peu est honoré ; les demandes répétées transforment peu à peu le partenaire en persécuteur, c’est lui qui  » harcèle « , qui  » fait des scènes « , qui  » n’est jamais content « . Beaucoup de personnes arrivent en consultation épuisées d’avoir porté seules toutes les initiatives d’une relation où l’autre, officiellement, ne s’est jamais opposé à rien. Une patiente me résumait ainsi quinze ans de vie commune :  » Docteur, il n’a jamais dit non à rien. Les vacances, les travaux, les dimanches chez mes parents : toujours d’accord. Et rien n’a jamais eu lieu comme convenu. J’ai fini par ne plus rien proposer, et il m’a reproché de ne plus rien proposer. «  Tout le piège est dans cette dernière phrase : l’hostilité passive épuise le désir de l’autre, puis lui impute cet épuisement. Quand cette usure s’accompagne de dévalorisation et d’isolement, il est temps d’interroger la nature du lien : certains signes permettent de reconnaître une relation toxique.

Comment réagir face à une personnalité passive agressive ?

Nommer les faits, sans procès d’intention. L’hostilité passive se nourrit du flou ; la précision factuelle l’assèche.  » Tu as dit oui mardi, nous sommes vendredi et rien n’est fait : que décides-tu ?  » est plus opérant que  » tu le fais exprès « , accusation d’intention que la personne pourra toujours retourner contre vous.

Rendre le non possible. Puisque ce fonctionnement repose sur l’impossibilité de refuser, offrir explicitement l’espace du refus peut, dans certaines configurations, désamorcer le sabotage : un non assumé se gère mieux qu’un oui saboté. Cela suppose, en retour, d’accepter réellement le refus, faute de quoi la leçon inverse est donnée.

Fixer des limites sur les actes. Ce ne sont pas les intentions qu’on peut encadrer, ce sont les conséquences : ce qui n’est pas fait à telle date sera fait autrement, ou par quelqu’un d’autre, ou aura tel effet. Des limites tenues sans hostilité protègent l’entourage, et confrontent la personne à ce que son évitement produit.

Ne pas s’épuiser à décoder. L’entourage d’un passif agressif consacre une énergie considérable à interpréter silences et sous-entendus. Il est légitime de s’en dégager : répondre à ce qui est dit, pas à ce qui est suggéré. Une communication qui n’existe que par allusions n’engage que celui qui la pratique.

Se faire aider. Si le comportement d’un proche vous plonge dans le doute et l’épuisement, et plus encore si vous y reconnaissez les signes d’une emprise, un soutien professionnel permet d’y voir clair : distinguer ce qui relève d’un trait défensif, accessible au changement, de ce qui relève d’un fonctionnement pervers, dont on ne se protège pas par la pédagogie.

À retenir

Le passif agressif exprime son hostilité par des voies détournées : il dit oui et fait non.

Ce fonctionnement défensif naît le plus souvent d’une histoire où l’opposition directe était interdite ou dangereuse.

Il se distingue du pervers narcissique par sa fonction : se protéger, et non détruire, et il se travaille bien en thérapie.

Face à lui : des faits, des limites tenues, et le droit de ne plus décoder.

En résumé

La personnalité passive agressive joue sur l’inadéquation entre les actes et les paroles, en quoi elle côtoie la manipulation. Mais là où le passif agressif se défend, le pervers narcissique attaque : la première conduite cherche à préserver le sujet, la seconde à défaire l’autre. Les dégâts pour l’entourage peuvent se ressembler ; la réponse, elle, diffère du tout au tout.

S’informer reste la meilleure protection : reconnaître ces schémas permet de ne plus s’y user, d’y répondre à sa juste place, et, pour qui s’y reconnaîtrait lui-même, d’entreprendre un travail qui donne de vrais résultats. En trente-cinq ans de pratique clinique, j’ai vu ce fonctionnement se transformer durablement chez ceux qui ont accepté de regarder ce que leur  » oui  » coûtait à leur entourage, et ce qu’il leur coûtait à eux-mêmes.

Questions fréquentes sur la personnalité passive agressive

Quelle est la différence entre passif agressif et pervers narcissique ?

La différence fondamentale réside dans l’intention. Le passif agressif use de conduites détournées pour se protéger : il n’ose pas dire non par peur du conflit ou du rejet. Le pervers narcissique manipule pour contrôler et disqualifier l’autre, dont la déstabilisation le nourrit. Autre écart décisif : le fonctionnement passif agressif s’améliore nettement en thérapie, car le sujet peut prendre conscience de ses schémas ; la perversion narcissique relève d’une structure bien plus profonde et résistante au changement.

Peut-on être passif agressif sans s’en rendre compte ?

Oui, et c’est fréquent. Ce comportement se construit comme un mécanisme de défense dans un environnement où l’expression directe des émotions était réprimée ou risquée ; avec le temps, ces stratégies d’évitement deviennent automatiques. Se reconnaître dans ces descriptions est déjà un premier mouvement de conscience. Un travail thérapeutique permet ensuite d’apprendre à exprimer désaccords et besoins de manière directe, ce qui soulage le sujet autant que son entourage.

Comment aider un proche passif agressif à changer ?

On ne change pas quelqu’un à sa place, mais on peut créer des conditions favorables : nommer le comportement factuellement et sans accusation ( » quand tu dis oui et que rien ne suit, je ne sais plus où j’en suis « ), poser des limites claires sur ce que l’on accepte, et encourager une consultation si la personne souffre de ses propres conduites. Si malgré cela la situation vous abîme, doute permanent, épuisement, sentiment d’être devenu le problème, prendre de la distance est une option légitime, et parfois nécessaire.

Besoin d’y voir plus clair ?

Si le comportement d’un proche vous plonge dans le doute, ou si vous pensez subir une relation d’emprise, un accompagnement spécialisé peut vous aider. Consultations en visioconférence.

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Pascal Couderc

Pascal Couderc

Psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Spécialisé depuis 2005 dans l’emprise, la perversion narcissique et les relations toxiques. Trente-cinq ans de pratique clinique en cours.

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