11 MÉCANISMES DE DÉFENSE DU PN : MANIPULER POUR EXISTER

Les mécanismes de défense du PN obéissent aux mêmes impératifs que pour n’importe qui d’autre. Ils constituent une forme d’adaptation psychologique visant à réduire l’inconfort émotionnel issu de certaines situations. Toutefois, le trouble de la personnalité narcissique dont souffre la majorité des manipulateurs sentimentaux les pousse à adopter certains schémas de pensée typiques qui répondent à leurs problématiques spécifiques. Étudions les 11 automatismes inconscients qui maintiennent le prédateur pervers dans une relative cohérence psychique.

Qu’est-ce qu’un mécanisme de défense en psychologie ?

Avant de nous attacher aux mécanismes de défense du PN les plus habituels et aux problématiques qui y sont liées, revenons sur l’origine du concept.

Les mouvements de l’appareil psychique et leur régulation

Au début du XXe siècle, Sigmund Freud élabore sa conceptualisation de l’appareil psychique en mettant en évidence des mouvements de pensée entre le conscient et l’inconscient. Il décrit 3 instances de la psyché humaine :

– Le “Ça”, c’est-à-dire la dimension pulsionnelle agressive et sexuelle régie par le principe de plaisir et caractérisée par l’absence de raison ou de règles morales.

– Le “Surmoi”, qui intériorise les lois et interdits du groupe d’appartenance.

– Le “Moi”, soit l’agent défensif qui exerce une fonction régulatrice des phénomènes psychiques. Il se fonde sur l’expérience propre du sujet et est régi par le principe de réalité. Il maintient l’équilibre entre les pulsions du Ça et les exigences du Surmoi.

Ainsi, selon la psychanalyse, un mécanisme de défense agit sur la partie inconsciente du Moi pour le protéger des intrusions liées aux pulsions et aux affects émanant du Ça. Ceci permet de présenter un Surmoi plus acceptable en société. Ces fonctionnements adaptatifs peuvent s’installer à différents stades du développement de la personnalité. Ils s’élaborent par les relations interpersonnelles, les expériences individuelles, mais aussi les influences culturelles.

Une protection par la pensée… contre quoi ?

Qui dit “défense” dit “menace”. Alors quel est le danger qui vise un individu ayant recours aux mécanismes défensifs ?

Le débordement d’angoisse ou d’anxiété

Lorsque l’équilibre émotionnel est menacé par un trop-plein de pensées angoissantes, le cerveau met en œuvre des systèmes de traitement de ces afflux nerveux visant avant tout à réduire le stress, sans se soucier de potentielles conséquences néfastes sur un plus long terme.

La douleur émotionnelle

Des émotions trop intenses peuvent nous plonger dans une grande détresse. Pour minimiser leur impact, une distanciation psychologique avec la réalité peut être nécessaire, quitte à la déformer ou même à l’éluder.

Les conflits internes

Lorsque la cohésion psychique est mise à mal, des conflits internes prennent place, entremêlés de sentiments contradictoires, comme cela peut être le cas avec l’invalidation émotionnelle, par exemple. Notre système défensif vise alors à stabiliser nos affects en limitant les contradictions éprouvées pour prévenir du risque de dissonance cognitive.

Les atteintes à l’image

Qu’il s’agisse de l’image sociale ou de l’estime de soi, les mécanismes de défense veillent à entretenir une certaine valorisation de notre identité. Cela permet de diminuer la souffrance émotionnelle.

La fonction protectrice de nos schémas de pensée, même si elle s’écarte de la réalité, a donc sa raison d’être. Toutefois, dès lors que les mécanismes de défense s’entérinent et dérivent vers un usage mal adapté, ils peuvent être à l’origine de nombreux problèmes empêchant une continuation saine du développement psychologique d’un individu.

Exemples courants de mécanismes de défense

On doit à la fille de Freud, Anna, une première liste de 10 mécanismes de défense qui, depuis, ne cesse de s’étoffer. Avec un fonctionnement le plus souvent automatique et inconscient dont le socle est le refoulement, le rôle aidant de ces schémas est indéniable. Toutefois, il arrive que l’enfermement dans certains systèmes de pensée devienne problématique. Ceci est vrai surtout lorsqu’ils témoignent d’une immaturité psychique, comme c’est le cas des personnes porteuses d’une faille narcissique héritée de l’enfance.

Exemples de mécanismes matures :

  • L’humour. L’inconfort est manifesté par des traits d’humour plus acceptables en société.
  • L’anticipation. Selon le DSM-IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), elle consiste à affronter les situations en “éprouvant les réactions émotionnelles par avance ou en anticipant les conséquences d’un possible événement futur et en envisageant les réponses ou solutions alternatives réalistes”.
  • La répression. L’attention sur la source de mal-être est différée, reléguée temporairement au second plan.
  • La sublimation. La pulsion est extériorisée en une force motivationnelle. Pour un artiste, elle peut par exemple prendre la forme d’une œuvre.
  • L’altruisme. “Par le dévouement aux besoins des autres […], le sujet reçoit des gratifications soit directement par la réponse des autres, soit indirectement par procuration” (DSM-IV).

Exemples de mécanismes considérés immatures :

  • La régression
  • La dénégation
  • La formation réactionnelle
  • Le déplacement
  • La projection
  • L’isolation

La plupart de ces procédés potentiellement pathogènes ont trait aux pervers narcissiques sans pour autant leur être exclusifs. C’est pourquoi nous en détaillons la plupart dans la partie qui suit.

11 Mécanismes de défense typiques des PN

Sachant que les pervers narcissiques sont des malades qui s’ignorent, il est tout à fait reconnu qu’ils usent de tout un panel de stratégies pour éviter d’affronter la dure réalité de leur incurabilité. Ils se construisent ainsi tout un monde avec l’appui de leurs mécanismes de défense qui biaisent la terrible vérité à leur sujet.

1.    Le clivage

Le clivage divise les contradictions entre différentes émotions, idées ou perceptions en les compartimentant. Cette séparation mentale permet la coexistence d’éléments antinomiques et parfois extrêmes, tout en diminuant l’inconfort émotionnel associé à cette dualité. En général, les représentations de soi et des autres omettent les nuances pour alterner entre des pôles opposés, dans une vision manichéenne qui ne supporte pas l’ambiguïté. Ainsi, on peut retrouver le fait d’”être exclusivement aimant, puissant, respectable, protecteur et bienveillant ou exclusivement mauvais, détestable, en colère, destructeur, rejetant et sans valeur” (DSM-IV).

2.    La projection

C’est l’un des mécanismes de défense de PN les plus fréquents. La projection permet d’attribuer à autrui ses propres pensées, affects, motivations ou traits indésirables. Ce procédé inconscient protège le sujet de l’anxiété ou de la culpabilité associées à ces aspects de lui-même. Lorsqu’un manipulateur est en proie au sentiment de haine, il peut par exemple se convaincre que c’est l’autre qui éprouve de l’animosité à son égard, quitte à en développer une certaine paranoïa.

3.    Le déni

Selon le DSM-IV, le déni refuse “de reconnaître certains aspects douloureux de la réalité externe ou de l’expérience subjective qui seraient évidents pour les autres”.  Ceci est très prononcé chez les MPN, qui nient les autres dans leur différence et les règles de société, allant jusqu’à considérer autrui comme un objet et à se placer au-dessus des lois.

4.    La dénégation

La dénégation ou la négation diffère légèrement du déni en ce sens qu’elle représente un processus plus actif dans son aspect défensif. Il s’agit ici de reconnaître enfin une réalité jusque-là refoulée, tout en rejetant son appartenance au sujet. Pour un PN, ce mécanisme de défense l’aide à manipuler sa proie, notamment en lui faisant endosser la responsabilité d’actes néfastes ou de leurs conséquences. Cela lui permet par exemple d’opérer un renversement des rôles selon la distribution du triangle de Karpman avec la plus grande conviction.

5.    L’idéalisation

L’idéalisation constitue une défense psychique contre les atteintes à l’estime de soi. On s’idéalise soi-même ou bien, on idéalise un objet tel que la mère érigée au statut de sainte, par exemple. Pour ce faire, le sujet attribue des qualités positives excessives à quelqu’un ou quelque chose pour pallier un éventuel sentiment d’insuffisance. Cela peut conduire à des attentes irréalistes et donc, exposer à des déceptions.

6.    La dépréciation

Dans le registre de l’estime de soi, la dépréciation fonctionne à l’inverse de l’idéalisation, mais poursuit un même but : se revaloriser. Cela consiste à produire des représentations injustement et exagérément négatives de certaines personnes. Ainsi, en présentant l’autre comme inférieur, le processus de dévaluation d’autrui restaure le sentiment de sa propre supériorité. De ce fait, c’est pour regonfler son ego fragile que le PN dénigre constamment sa victime.

7.    L’omnipotence

Plus poussée que l’idéalisation, l’omnipotence confère un sentiment de toute-puissance au sujet. Ce mécanisme de défense prétend lui octroyer un contrôle absolu sur les événements et l’entourage. L’illusion de pouvoir et de maîtrise calme l’angoisse liée aux limitations et aux vulnérabilités. Elle se manifeste par exemple à travers le refus de reconnaître ses erreurs ou de solliciter de l’aide.

8.    La rationalisation

Le DSM-IV décrit la rationalisation comme une réponse aux conflits et aux stress “dissimulant les motivations réelles de ses propres pensées, actions, sentiments, derrière des explications rassurantes ou complaisantes mais erronées”. Cela passe par une justification ayant recours à la logique ou à la morale pour occulter les véritables desseins, maintenus quant à eux inconscients. Exemple : un PN qui argumenterait que c’est pour profiter de ses chers enfants qu’il demande la garde alternée quand, en vérité, il veut se servir d’eux pour nuire à son ex-femme.

9.    Le passage à l’acte

Dans le passage à l’acte (ou acting-out), le sujet agit pour ne pas ou ne plus ressentir et pour ne pas savoir. Il évacue les tensions dues aux conflits intrapsychiques par une mise en action impulsive, voire agressive ou autodestructrice, pouvant mener à des comportements violents.

10. L’agression passive

L’agression passive consiste à adopter une attitude de victime faussement soumise. Particulièrement chez le manipulateur sentimental, elle témoigne d’une sorte d’identification projective visant à induire chez son opposant un comportement de contrôle sadique. Elle se manifeste, d’après le DSM-IV, “en exprimant une agression envers les autres de façon indirecte et non combative. Une façade d’adhésion masque la résistance, le ressentiment et l’hostilité”.

11. La régression

Comme son nom l’indique, la régression comme mécanisme défensif consiste à recourir à une attitude immature, voire infantile, pour soulager le stress lié aux problématiques d’adultes. Cela peut induire des comportements de dépendance (aux substances, par exemple) ou de recherche de réconfort (surtout s’il y a une porteuse du syndrome de l’infirmière dans les parages), mais aussi des accès de rage ou une réfutation des responsabilités.

Nous venons de voir que les mécanismes de défense du PN lui permettent de continuer d’évoluer en société sans arriver jusqu’à l’effondrement psychique, malgré sa pathologie incurable et ses possibles comorbidités. Nous n’avons pas pu tout traiter ni entrer dans le détail de chaque sous-catégorie de ces schémas de pensée, mais le but était ici d’aider les victimes à comprendre qu’elles ne sont en rien responsables des agissements de leur bourreau. Pour ne plus subir ces mauvais traitements, il faut sortir de la relation toxique, en étant de préférence accompagné d’un bon système de soutien psychologique.

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