()
Accueil › Blog › L'identifier
L'identifier

Il s’excuse, il semble avoir compris : les excuses du pervers narcissique

25 Oct 2022 Mis à jour le 12 Sep 2026 22 min
Il s’excuse, il semble avoir compris : les excuses du pervers narcissique
L’essentiel

Les excuses du pervers narcissique ne sont jamais des remords : ce sont des manœuvres. Il s'excuse pour apaiser, pour retenir la personne qui s'éloigne et pour resserrer son emprise, sans rien nommer, rien reconnaître ni rien réparer. Une excuse authentique se vérifie par un changement durable des actes ; la sienne précède la répétition. Ne discutez pas sa sincérité : observez les faits dans la durée et laissez les actes seuls répondre.

Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Trente-cinq ans de pratique clinique.

Les excuses du pervers narcissique ne sont jamais l’expression d’un remords : elles sont une manœuvre, un outil de manipulation calibré pour effacer la blessure qu’il vient d’infliger et reprendre la main. Une excuse authentique nomme l’acte, reconnaît son effet sur l’autre, répare et se vérifie par un changement durable ; la sienne ne nomme rien, ne reconnaît rien, ne répare rien et précède la répétition. Elle sert à apaiser la personne qu’il a blessée, à la retenir au moment où elle s’éloigne et à resserrer l’emprise, tout en construisant devant témoins le personnage d’un homme raisonnable. Il ne faut ni en discuter la sincérité ni y répondre : seuls les actes, observés dans la durée, permettent de juger. Il n’est pas rare de voir un pervers narcissique commettre d’innombrables actes insidieux, puis revenir vers la personne qu’il a blessée en la couvrant d’excuses orchestrées avec une précision chirurgicale. Les regrets semblent sincères, la voix tremble au bon moment, les mots sont exactement ceux qu’elle espérait entendre. Peut-être a-t-il enfin compris qu’il était allé trop loin ? Peut-être est-ce le début du changement ? C’est précisément ce que cette scène est fabriquée pour faire croire. En trente-cinq ans de pratique clinique, j’ai entendu cette scène racontée des centaines de fois, avec les mêmes mots, le même espoir et la même déception quelques semaines plus tard. Chez le pervers narcissique, rien n’est jamais anodin, et l’excuse moins que tout le reste. Voyons à quel jeu il joue, ce que ses excuses signifient réellement et comment cesser d’y répondre. Je dis  » il  » par commodité : les femmes perverses narcissiques existent, et tout ce qui suit vaut pour elles.

Les excuses du pervers narcissique : une technique de manipulation

Rien n’est jamais anodin

Le pervers narcissique excelle à camoufler ses intentions. C’est même sa plus grande force : toute action, toute parole est calculée par avance. Il ne laisse aucune place au hasard ni à l’improvisation. Il manie l’art oratoire avec un brio d’acteur professionnel, et c’est ainsi qu’il captive, puis manipule avec aisance et discrétion. Ses techniques de manipulation sont nombreuses : mensonge, culpabilisation, critiques dissimulées, sous-entendus, gaslighting, cette manœuvre qui consiste à faire douter l’autre de ce qu’il a perçu. L’une d’elles sert pourtant de matrice à toutes les autres : le chaud et le froid. Les excuses en sont l’application la plus aboutie.

Le chaud et le froid : la matrice des fausses excuses

Cette technique consiste à jouer en alternance sur deux tableaux. Le chaud d’abord : le pervers narcissique se montre tendre, attentionné, plein de promesses. Puis le froid : les critiques et les agressions, dissimulées ou non, se succèdent. La personne ciblée reste sans voix, dans le doute et la confusion la plus complète, face à la volatilité d’un homme qui semble être deux personnes à la fois. Ce va-et-vient illustre le principe destructeur qui gouverne toute la relation perverse : donner l’illusion d’offrir, pour mieux reprendre. Les excuses du pervers narcissique sont une application directe de ce principe. Elles constituent le versant chaud du cycle, administré immédiatement après le froid et calibré pour l’effacer :

 » Je te trouve très belle ce soir… mais tu pourrais rentrer un peu ton ventre, non ?  » Puis, devant les larmes :  » Tu sais bien que je n’ai pas voulu dire ça, tu me pardonnes ? Je voulais te faire rire, promis, j’ai compris, ça n’arrivera plus. « 

La blessure est infligée, puis aussitôt recouverte. La personne blessée se retrouve à consoler sa propre plaie avec le pansement que lui tend celui qui l’a ouverte. Quant à la promesse qui accompagne l’excuse,  » ça n’arrivera plus « , elle n’engage à rien : elle est faite pour le soulagement qu’elle procure dans l’instant.

À quoi reconnaît-on une excuse authentique ?

Pour mesurer ce qui manque aux excuses du pervers narcissique, il faut rappeler ce que contient une excuse véritable. Elle comporte quatre éléments. La nomination précise de l’acte commis ( » je t’ai humiliée devant nos amis « ), la reconnaissance de son effet sur l’autre, une forme de réparation et, surtout, un changement de comportement qui se vérifie dans la durée. Quatre éléments, quatre absences systématiques chez le pervers narcissique. Il ne nomme jamais rien de précis, car nommer serait laisser une preuve. Il ne reconnaît pas l’effet de ses actes, car l’autre n’existe pas pour lui comme sujet. Il ne répare rien. Et il recommence. Ce n’est pas l’aveu d’une faute, c’est l’effacement d’une trace.

Vous ne savez plus si vous pouvez le croire ?

Le test du site vous aide à repérer les signes d’une relation d’emprise avec un pervers narcissique. Résultat immédiat et gratuit.

Faire le test

Le répertoire des fausses excuses

Avec trente-cinq ans d’écoute clinique, on finit par connaître ce répertoire par cœur. En voici les figures les plus courantes. Les reconnaître, c’est déjà commencer à s’en déprendre, parce qu’une manœuvre identifiée perd une grande part de son pouvoir. L’excuse conditionnelle :  » Je m’excuse si tu l’as mal pris. «  La faute n’est pas dans l’acte, elle est dans votre perception. Il ne s’excuse pas de ce qu’il a fait, il s’excuse de ce que vous avez ressenti : subtile inversion qui fait de votre sensibilité le vrai problème. L’excuse-accusation :  » Je m’excuse, mais tu m’as poussé à bout. «  Le pardon demandé sert de véhicule à un procès. Vous voilà co-auteur de ce qu’il vous a infligé, et bientôt seule coupable. C’est la forme la plus directe de la manipulation par la culpabilité : la faute change de camp au moment même où elle est censée être reconnue. L’excuse extorquée :  » Voilà, je m’excuse. T’es contente ? «  Jetée comme on jette une pièce, elle transforme une demande légitime de reconnaissance en caprice que l’on daigne satisfaire. Celle qui la reçoit se sent vaguement honteuse d’avoir insisté. L’excuse-spectacle :  » Je suis un monstre, je ne mérite pas quelqu’un comme toi, je me déteste. «  L’auto-accusation théâtrale renverse les rôles en quelques secondes : c’est la personne blessée qui console, rassure, minimise. Il repart absous, et nourri de la compassion qu’il vient de lui soutirer. L’excuse-amnistie :  » On efface tout, on repart à zéro. «  Aucun acte n’est nommé, aucune responsabilité assumée : le passé est simplement déclaré nul. Ce qui n’a pas été reconnu ne pourra jamais être réparé, et pourra toujours être répété. L’excuse préventive, enfin :  » Pardonne-moi d’avance pour ce que je vais te dire… «  Ici, l’excuse précède l’agression et prétend l’autoriser. Le coup est acheté avant d’être porté, variante particulièrement retorse, puisqu’elle transforme le pardon en permis.

Pourquoi le pervers narcissique s’excuse-t-il ?

Garder la main

Les excuses du pervers narcissique sont donc tout sauf honnêtes. Elles ont pourtant un objectif parfaitement défini : manipuler à nouveau la personne en position de victime et asseoir son emprise. En soufflant ainsi le chaud et le froid, il reste maître de la situation. On ne sait plus quoi penser ; on a envie de croire le chaud, on ne comprend pas le froid. Lui dose ses paroles et en règle l’intensité selon ses besoins, comme on règle une flamme. Il teste aussi, excuse après excuse, les limites de celle qu’il vise. Chaque pardon obtenu l’informe : voilà ce qu’elle est désormais prête à absorber. Elle, de son côté, perd pied entre deux mondes opposés, celui de la torture mentale et celui de l’espoir que tout peut s’arranger. C’est exactement là qu’il veut la tenir : sur la frontière.

Récupérer une proie qui s’éloigne

Le pervers narcissique se sert également des excuses pour calmer le jeu lorsqu’il sent que la personne se détache. Il envisage la relation comme une partie d’échecs qu’il entend garder à l’équilibre, alors même qu’il pousse l’autre, à plein régime, vers un puits sans fond. Quand elle amorce un pas vers la sortie, les excuses surgissent, accompagnées de larmes, parfois de cadeaux, et surtout de promesses. Cette manœuvre de récupération porte un nom dans le glossaire du site : le hoovering, l’aspiration de la proie qui s’éloigne. Les promesses qui accompagnent l’excuse relèvent du même registre. C’est le future faking, ces fausses promesses d’avenir qui achètent le présent avec un futur qui ne viendra pas. Il lui donne l’illusion qu’il est capable de s’améliorer et de la comprendre, et ravive l’espoir d’une vie à deux enfin apaisée. Ce n’est pas un hasard si ces scènes convoquent le souvenir de la lune de miel des débuts. Cette stimulation initiale, les sentiments féeriques d’un amour parfait et incompris que la clinique nomme love bombing, est ici réactivée à dessein ; j’ai décrit ailleurs ce que cache la lune de miel avec un pervers narcissique. L’excuse est une lune de miel en format réduit : même parfum, même promesse, même fonction. Elle ne rouvre pas la relation. Elle referme le piège.

Ce qu’il ne peut pas éprouver : la culpabilité

Il faut ici poser un point de clinique essentiel. La culpabilité véritable suppose de reconnaître l’autre comme un sujet que l’on a blessé. Or c’est précisément ce dont la structure perverse est incapable : comme l’a montré Paul-Claude Racamier, le pervers narcissique se fait valoir en faisant déchoir l’autre, réduit à l’état d’objet utilitaire. On ne s’excuse pas auprès d’un objet, on le remet en état de servir. Cette absence d’empathie n’est pas un défaut de volonté : elle est constitutive de son fonctionnement. Ce que le pervers narcissique maîtrise, c’est la grammaire sociale de l’excuse : les mots, le ton, la posture, les larmes s’il le faut. La forme est parfaite, l’éprouvé est vide. C’est la signature du faux self, cette façade construite pour donner le change là où rien n’est ressenti. Il ne demande pas pardon : il reprend sa place. Savoir s’il est conscient de ce qu’il fait est une autre question, qui fait l’objet d’un article à part. Retenons ici que la conscience de l’acte et l’éprouvé de la faute sont deux choses distinctes, et que la seconde lui fait défaut.

 » C’est moi qui ai fini par m’excuser « 

Une patiente, que j’appellerai Madame R., me racontait une de ces scènes, des mois après la séparation. Son compagnon l’avait publiquement rabaissée lors d’un dîner ; le soir même, il était venu s’excuser, la voix brisée, évoquant son enfance et sa peur de la perdre. Elle me dit :  » Le plus étrange, c’est qu’à la fin de ses excuses, c’est moi qui m’excusais. Je le consolais de m’avoir blessée.  » Tout est là. L’excuse perverse est un tour de passe-passe : elle entre dans la pièce chargée d’une faute, elle en ressort en l’ayant déposée dans les bras de la personne blessée. Ne restait à Madame R. que la culpabilité, la sienne dorénavant. Cette inversion, où l’on finit par demander pardon de ce que l’on a subi, est l’un des signes les plus sûrs que l’on a affaire à une manœuvre et non à un regret.

Une stratégie de répétition sans fin

Cette technique de l’excuse s’inscrit dans un schéma de répétition. Le pervers narcissique l’applique dès qu’il en perçoit le besoin chez la personne ciblée, ou la nécessité pour la suite des événements : garder le contrôle est son premier intérêt. Tension, agression, excuses, accalmie, puis tension à nouveau : c’est le cycle de la violence, et l’excuse en est la phase de rémission. Le cycle tourne, et à chaque tour il se referme un peu plus. Les excuses du pervers narcissique agissent comme un antidote temporaire à sa propre toxicité, un antidote qu’il administre selon ses dosages et ses seules sensations. Cet antidote est d’autant plus dangereux qu’il rend dépendante : dépendante de l’accalmie, et de l’espoir auquel on se raccroche de voir un jour son persécuteur changer. C’est le mécanisme le plus contre-intuitif de l’emprise : l’alternance imprévisible du froid et du chaud attache bien plus sûrement que la tendresse constante. La clinique nomme ce phénomène renforcement intermittent. On ne reste pas malgré les excuses en carton. On reste, en partie, à cause d’elles. Un signe clinique mérite d’être noté : avec les années, l’excuse rétrécit. Au début de la relation, il fallait une mise en scène complète, larmes, fleurs, grandes déclarations. Plus l’emprise s’installe, moins l’effort est nécessaire : un silence de trois jours suivi d’un simple  » bonjour  » finit par valoir excuse, et par soulever la même gratitude éperdue. Quand on en est là, ce n’est plus une relation. C’est un rationnement.

Pourquoi ses excuses fonctionnent-elles si bien ?

Si les excuses du pervers narcissique étaient grossières, elles échoueraient. Or elles réussissent, des années durant, auprès de personnes intelligentes et lucides dans tous les autres domaines de leur vie. C’est qu’elles ne s’adressent pas à la raison de la personne ciblée : elles s’adressent à ses points d’appui les plus profonds. Elles rencontrent d’abord un mécanisme que le psychanalyste Ronald Fairbairn a décrit chez l’enfant maltraité, et que la personne sous emprise rejoue à l’identique. Il est moins insupportable de se croire fautive que d’admettre que l’être dont on dépend est destructeur. Chaque excuse offre à cette défense exactement ce dont elle a besoin, la preuve renouvelée que la relation est réparable et que le problème est ponctuel, donc peut-être partagé. Croire ses excuses n’est pas de la naïveté. C’est un moyen de survivre au lien. Elles réactivent ensuite l’espoir, cet espoir formé pendant la lune de miel et jamais tout à fait éteint. L’homme merveilleux des débuts existe, elle l’a connu, il vient d’ailleurs de réapparaître le temps d’une soirée d’excuses. Renoncer à y croire, ce serait renoncer à lui, et déclarer perdues les années déjà investies dans cette relation. Le pervers narcissique le sait, et facture ses excuses au prix exact de cet espoir. Elles trouvent enfin un relais involontaire : l’entourage. Ceux qui n’assistent qu’aux excuses, et le pervers narcissique veille à ce qu’ils y assistent, ne voient qu’un homme qui reconnaît ses torts. La personne qui reste sur sa réserve passe alors pour rancunière :  » Il s’est excusé, qu’est-ce qu’il te faut de plus ? «  L’excuse a produit son effet le plus pervers : retourner les témoins.

Faut-il pardonner le pervers narcissique ?

Rappelons-le : la perversion narcissique est une structure de personnalité, non un accident de parcours. Elle ne se modifie ni sous l’effet des remontrances, ni sous celui des promesses ; la question de savoir s’il peut changer trouve dans la clinique une réponse constante, et fait l’objet d’un article à part. Lorsque le pervers narcissique s’excuse et semble avoir compris les torts causés, il n’en est donc rien : tout n’est que mise en scène d’une stratégie réfléchie. Pardonner, dans ces conditions, n’est pas un acte de grandeur : c’est rouvrir l’accès. Lui accorder le pardon qu’il réclame, c’est lui tendre la clé du prochain tour de cycle. Une précision clinique s’impose pourtant. Renoncer, beaucoup plus tard et pour soi-même, à la colère qui épuise, ce travail intime qui appartient à la reconstruction, n’a rien à voir avec le pardon relationnel qu’il exige. Le premier se fait sans lui, souvent loin de lui. Le second se fait pour lui. Le pardon véritable suppose deux sujets ; il n’y en a qu’un dans cette relation.

Se protéger : juger sur les actes, jamais sur les mots

Face aux excuses d’un pervers narcissique, un seul critère tient : le temps. Une excuse sincère se vérifie dans la durée, par un changement de comportement observable, et non dans l’intensité de la scène qui l’accompagne. Trois questions suffisent à faire le tri. A-t-il nommé précisément ce qu’il a fait ? Quelque chose a-t-il changé, durablement, dans les faits ? L’excuse est-elle arrivée, comme par hasard, au moment où vous commenciez à prendre de la distance ? Évitez, autant que possible, d’entrer en discussion sur la qualité de ses excuses : l’argumentation est son terrain. Contester la sincérité de ses regrets, c’est lui offrir une scène de plus, où il excelle, et où le gaslighting viendra retourner chacun de vos souvenirs. Le pervers narcissique démasqué ne cède pas, il contre-attaque. Observez, notez pour vous-même les faits et les dates, et laissez les actes parler seuls. Le silence intérieur que vous opposez à ses mots est déjà une reprise de territoire : la libération de l’emprise commence par ces déprises minuscules. Gardez aussi en tête que ses excuses ne vous visent pas toujours vous seule. Présentées devant témoins, envoyées par écrit après une scène dont il ne reste aucune trace, elles construisent son personnage public d’homme raisonnable. En cas de séparation conflictuelle, elles deviennent des pièces à son dossier : lui a  » tout tenté « , c’est écrit noir sur blanc. Raison de plus pour conserver, de votre côté, la chronologie des faits plutôt que celle des mots.

À retenir

Les excuses du pervers narcissique sont une manœuvre, jamais un remords : elles ne nomment rien, ne réparent rien et précèdent la répétition.

Elles servent à apaiser, à retenir la personne qui s’éloigne et à resserrer l’emprise, tout en retournant les témoins.

Un seul critère tient : les actes, observés dans la durée. Ne discutez pas sa sincérité, notez les faits, et faites-vous accompagner.

Le travail thérapeutique : se reconstruire

Comprendre l’ampleur de cette technique de manipulation est une étape décisive vers la sortie de l’emprise, face à un manipulateur qui ne laisse rien passer. Mais comprendre ne suffit pas toujours. À ce stade de la relation, l’estime de soi de la personne ciblée, sa confiance, son libre arbitre et parfois sa santé sont endommagés. Des mois, voire des années de manipulation, de dépendance affective et de violences psychologiques ont fait leur œuvre. Il est alors essentiel de se faire accompagner par un psychologue ou un psychanalyste connaissant précisément la perversion narcissique, dans un cadre individuel. La thérapie de couple, face à un pervers narcissique, tourne le plus souvent au théâtre de plus, avec le thérapeute pour public. Trouver une écoute attentive et un espace neutre de compréhension est nécessaire, et même vital, pour se reconstruire et sortir d’une situation devenue insoutenable.

Conclusion : des excuses qui n’ouvrent rien

Les excuses du pervers narcissique ne sont ni un remords, ni un tournant, ni une promesse. Elles sont un outil : le versant chaud d’un cycle dont il règle seul l’intensité, l’accalmie provisoire qui entretient la dépendance. Elles ne nomment rien, ne réparent rien, ne changent rien : elles rachètent simplement l’accès. En trente-cinq ans de pratique, je n’ai jamais vu les excuses d’un pervers narcissique annoncer un changement durable. J’ai vu, en revanche, beaucoup de patientes cesser d’attendre ces excuses-là, et c’est très exactement à ce moment que leur reconstruction a commencé. Le jour où ses mots ont cessé de peser plus lourd que ses actes, l’emprise a perdu son principal carburant. Ses excuses ne sont pas une porte de sortie. Ce sont les barreaux de la cage, fraîchement repeints. La porte existe, mais c’est vous qui l’ouvrirez, et elle ne se trouve pas de son côté.

Vous reconnaissez ce cycle d’excuses et de rechutes ?

Pascal Couderc, psychanalyste et psychologue clinicien, et son équipe de psychologues spécialisés dans l’emprise vous reçoivent en visioconsultation, où que vous soyez. Un regard clinique extérieur pour analyser votre situation et vous accompagner vers la reconstruction, en toute confidentialité.

Prendre rendez-vous pour une visioconsultation

FAQ : les excuses du pervers narcissique

Un pervers narcissique peut-il s’excuser sincèrement ?

Non, au sens où l’on entend une excuse sincère : la reconnaissance d’une faute envers quelqu’un que l’on a blessé. Cette reconnaissance suppose de percevoir l’autre comme un sujet, et c’est précisément ce que la structure perverse ne permet pas. Le pervers narcissique peut prononcer des excuses parfaites dans la forme, avec les mots, le ton et les larmes attendus, parce qu’il en maîtrise la grammaire sociale. Ce qui manque n’est pas la compétence, c’est l’éprouvé. Ses excuses répondent à un besoin qui est le sien : calmer une tension, récupérer une personne qui s’éloigne, préserver son image. Le critère fiable n’est jamais la qualité de la scène, c’est le changement des actes dans la durée, et ce changement ne vient pas.

Pourquoi s’excuse-t-il puis recommence-t-il ?

Parce que l’excuse n’a jamais eu pour fonction d’arrêter quoi que ce soit. Elle est le versant chaud du cycle de la violence : tension, agression, excuses, accalmie, puis tension à nouveau. Rien n’ayant été nommé ni reconnu, rien ne peut être réparé, et ce qui n’est pas réparé se répète. La récidive n’est donc pas un échec de l’excuse, c’est sa suite logique. Chaque pardon obtenu lui apprend en outre ce que vous êtes prête à absorber, et repousse d’un cran la limite. Avec le temps, l’effort diminue : un simple retour à la normale finit par tenir lieu d’excuse. Ce rétrécissement est un signe clinique de l’emprise installée.

Comment reconnaître une fausse excuse ?

Une excuse authentique comporte quatre éléments : elle nomme précisément l’acte, reconnaît son effet sur vous, propose une réparation et se vérifie par un changement de comportement durable. La fausse excuse manque de l’un au moins, et le plus souvent des quatre. Ses formes reviennent toujours : l’excuse conditionnelle ( » si tu l’as mal pris « ), l’excuse-accusation ( » mais tu m’as poussé à bout « ), l’excuse extorquée ( » voilà, t’es contente ? « ), l’excuse-spectacle ( » je suis un monstre « ), l’excuse-amnistie ( » on efface tout « ) et l’excuse préventive ( » pardonne-moi d’avance « ). Un autre indice sûr : vous ressortez de la conversation en vous excusant vous-même, ou en le consolant. La faute a changé de camp, ce qu’aucune excuse véritable ne produit.

Faut-il accepter ses excuses ou lui donner une chance ?

Accepter ses excuses, au sens de rouvrir la relation sur la foi de ses mots, revient à lui rendre l’accès que vous aviez commencé à lui retirer. La perversion narcissique est une structure, non un accident de parcours ; elle ne se modifie ni sous les remontrances ni sous les promesses. La chance que vous lui donneriez est donc une chance pour le cycle de reprendre, rarement pour la relation de changer. Cela ne vous oblige pas à un affrontement : vous pouvez ne pas répondre à ses excuses, ni les accepter ni les contester, et laisser les faits trancher. Si quelque chose change durablement, vous le verrez sans qu’il ait besoin de vous le dire. Si rien ne change, vous aurez la réponse.

Éprouve-t-il des remords ou de la culpabilité ?

Il peut éprouver une contrariété, une inquiétude pour son image, la crainte de perdre une source de valorisation : ce sont des affects centrés sur lui-même. Le remords et la culpabilité, eux, supposent de ressentir la blessure infligée à l’autre, ce que l’absence d’empathie propre à la structure perverse ne permet pas. Ce qu’il montre est une imitation, souvent convaincante, de ces sentiments, produite par le faux self et calibrée pour obtenir un effet. C’est pourquoi ses regrets sont proportionnels à ce qu’il risque de perdre, jamais à ce qu’il vous a fait. La question de savoir s’il est conscient de ce qu’il fait est distincte : on peut avoir conscience d’un acte sans en éprouver la faute, et c’est le cas ici.

Que faire quand il s’excuse au moment où je m’éloigne ?

Reconnaître d’abord la manœuvre : c’est le hoovering, la récupération de la proie qui se détache, et son déclenchement au moment précis de votre éloignement en est la signature. Ne discutez pas la sincérité de ses excuses, c’est le terrain où il vous attend. Ne répondez pas dans l’émotion de l’instant : différez, et observez ce qui se passe quand l’apaisement qu’il cherchait ne vient pas. Notez les faits et les dates, pour vous-même, afin de ne pas laisser sa version réécrire la vôtre. Parlez-en à un tiers, un proche ou un professionnel de l’emprise, car c’est exactement à ce moment que la solitude vous rend le plus vulnérable. Rappelez-vous enfin que l’intensité de la scène mesure sa peur de perdre, non son regret.

Pour aller plus loin :

Pascal Couderc

Pascal Couderc

Psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Spécialisé depuis 2005 dans l’emprise, la perversion narcissique et les relations toxiques. Trente-cinq ans de pratique clinique en cours.

En savoir plus →

Besoin d’un accompagnement ?

Si vous traversez une situation difficile, un accompagnement spécialisé peut vous aider.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Cliquez ici pour noter l'article !

Note moyenne / 5. Nombre de votes :

Il n'y a pas encore de vote !

Quitter le site