Lune de Miel avec un Pervers Narcissique | de la Douceur à l’Engluement

Le Reconnaitre

Temps de lecture : 6 minutes

La lune de miel avec un pervers narcissique, comme au début de la majorité des histoires d’amour, ressemble à un rêve éveillé. On ne parle pas forcément de mariage, mais bien de cette période d’exaltation du jeune couple qui s’imagine éternel. Célébrer l’union, se découvrir, fusionner, c’est une parenthèse de bonheur unique qui marque à vie. Cette consécration de l’amour naissant, hors du temps et des frontières, ouvre la voie à l’enchantement. La phase de séduction et d’idéalisation de la relation laisse un souvenir impérissable. Mais pour le manipulateur sentimental, la lune ira jusqu’à éclipser le soleil…

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Lune de Miel avec un Pervers Narcissique : de la douceur à l’engluement

La phase de séduction : point d’ancrage du lien de dépendance amoureuse

Période extrêmement intense, où l’attention à l’autre prône, la lune de miel entre deux nouveaux amants qui apprennent à se connaître est douce et enivrante. On parle de phase de séduction, temps agréable de la construction d’un lien puissant et déterminant. Il est si vibrant et si beau, que rien ne pourrait venir le ternir. Sauf s’il n’aboutit pas à un amour mutuel et sincère.

La dangereuse fascination de la rencontre avec un PN

Un regard dans la rue, un mot échangé au cinéma, un « bonjour » au travail… la lune de miel, surtout avec un pervers narcissique, démarre souvent par une rencontre fortuite et fascinante. L’autre apparaît de façon inattendue, comme une évidence. C’est la personne parfaite par excellence, celle qui a captivé votre attention, retenu votre cœur et monopolise votre esprit. Il est beau, s’habille bien, s’exprime avec un langage qui fait écho en vous, semble intelligent, instruit. C’est par-dessus tout quelqu’un qui se montre attentionné et dont le coup de foudre paraît réciproque. C’est Monsieur Parfait.

Les instants d’émerveillement s’enchaînent, une complicité exceptionnelle s’installe. Tout est très fort et, sous l’effet d’un bombardement d’amour, les émotions sont décuplées. Très vite, de grands projets sont évoqués, soutenant la promesse d’une vie extraordinaire. La rapidité est inouïe : s’installer ensemble, avoir des enfants, le mariage, les vieux jours heureux. En un mot : le conte de fées moderne ! 

La victime, qui n’a aucune idée de ce qui l’attend réellement, est choyée, encensée, soutenue et écoutée. Jamais elle n’a connu une telle connexion sentimentale. C’est une rencontre inédite et parfaite avec un véritable prince charmant. 

Cette phase d’émerveillement est intensifiée par le fort pouvoir de séduction du pervers narcissique qui parvient même à s’attirer les bonnes grâces de l’entourage de sa proie. Le pervers polymorphe est incroyablement doué pour entretenir cette fusion magique tant que cela lui est nécessaire. Il tend sa sublime toile et crée autour de l’objet de sa convoitise un cocon confortable de protection et de bonheur. Au fil de temps, cette bulle rassurante et bienfaisante se changera en lieu de séquestration dans l’emprise, la manipulation et la dépendance.

Le jeu de séduction à visée malfaisante d’une lune de miel orchestrée

Le PN se démarque par son jeu de séducteur très élaboré. Il se montre attirant par son apparence, son charisme et son attention. Le pervers polymorphe manie l’art oratoire avec brio et sait mettre en avant ses attributs de pouvoir (financier, matériel, physique, etc.). De prime abord, il a tout pour lui. C’est l’homme idéal, celui dont rêvent toutes les femmes, une âme-sœur.


Seulement, le personnage présenté relève de la pure fiction, car le dessein du manipulateur pervers n’est pas de rencontrer l’amour, mais de le vampiriser.
En effet, derrière l’apparente abondance de marques d’affection, la phase de séduction qu’est la lune de miel est uniquement consacrée à l’identification des failles de la proie. Le PN l’envahit, physiquement et psychiquement, afin de percer à jour ses moindres secrets, désirs et attentes. Durant cette opération stratégique d’approche sentimentale, l’expert en manipulation affective met ainsi tout en œuvre pour répondre aux besoins, même inconscients, de la victime : être écoutée, être aimée, ou encore être rassurée.

Les pervers narcissiques ont pour habitude de submerger leurs victimes d’attentions, de démonstrations d’amour, de fausse empathie. Ils les comblent et gonflent leur ego (souvent défaillant) comme aucun autre prétendant n’aurait pu le faire. Ils se donnent ainsi le rôle de sauveur, alors que leur nature profonde est celle du persécuteur.
Le PN use de ses talents de comédiens pour faire miroiter à sa victime un amour fou et réciproque. Il semble plein de sentiments, sincères et intenses, mais ce ne sont que des faux-semblants qu’il construit de toute pièce.

Le personnage fictif du prince charmant n’a qu’une fonction : aveugler la victime. Elle croit être l’heureuse élue d’un homme qu’elle n’aurait jamais pensé mériter et se battra énergiquement pour protéger la relation, quitte à renier son entourage. Ce jeu de rôle unilatéral permet au pervers narcissique de poser un socle solide pour exercer ses techniques manipulatoires et son emprise destructrice. Il dépose sur sa victime un voile de séduction illusoire, afin de pouvoir répandre son poison sans suspicion.

Lune de miel

Quand la lune de miel est un piège : la mise en place de l’emprise affective

Nous avons vu que l’idylle féérique séductrice du début de relation est en réalité une étape de manipulation indispensable pour le pervers narcissique. La lune de miel constitue une phase de mise en place de l’emprise et pose les fondations d’une prison mentale.

Une position de force pour faire plier la volonté

Dès la première rencontre, les premières paroles, les premiers gestes, la proie est manipulée. Bercée par l’illusion de l’homme idéal, du chevalier servant, elle s’est ouverte, livrée et, en toute confiance, a baissé sa garde. L’acteur chevronné a certainement poussé le vice jusqu’à inspirer une certaine pitié. En effet, il a pu montrer lui aussi quelques failles lui octroyant un statut de victime et une consistance plus humaine. L’étau s’est donc resserré et la proie est prête à être cueillie. Le pervers narcissique à l’affût depuis le départ peut enfin s’engouffrer dans la brèche et envahir la psyché de celle qui est désormais son objet.

Amoureuse et vulnérable, la personne sous emprise et soumise au gaslighting et autres techniques de manipulation perverse ne peut plus envisager ses jours sans son bourreau sadique.
Le pervers manipulateur, quant à lui, assure sa survie psychique par le sentiment de toute-puissance que lui confère sa capacité à démolir sa partenaire. En égocentrique pathologique, la phase de séduction le place en position de force pour remplir son vide intérieur.

Grâce à cette lune de miel, la victime est subjuguée, aveuglée par l’amour qu’elle porte à son partenaire, et se laisse docilement instrumentaliser. Le PN peut à volonté se nourrir d’elle, de sa vie, de son énergie, et jouir de la lente agonie de son jouet, jusqu’à la destruction.

L’utilisation stratégique du miroir aux alouettes

L’illusion d’amour intense donnée à la formation du couple subsiste très longtemps chez la victime. C’est grâce à cet ancrage profond où elle a cru à une connexion hors du commun qu’elle trouve des excuses aux comportements les plus intolérables de son bourreau. Tant qu’elle ne comprend pas qu’il n’existe pas d’amour chez le pervers narcissique, pas de sentiment, pas d’empathie, elle s’accroche à l’image sublimée de la relation toxique instaurée pendant la phase de séduction.

Cette douce époque de la lune de miel a donc créé une certaine distorsion de la réalité, une dynamique relationnelle instable. Les sentiments et les émotions qui semblaient pourtant réels et intenses, ont été mis en scène par le prédateur sentimental. Dès le départ, la relation toxique s’est basée sur un décalage entre la perception de la victime et la manipulation du pervers narcissique. Le flou règne et avec lui, tous les doutes qui amènent la proie déboussolée à remettre en question son jugement et ses valeurs profondes.

Lorsque les phases de destruction et de maltraitance physique et psychique commencent, la victime se remémore inlassablement les instants magiques de cette lune de miel parfaite, à chaque agression. Ainsi, elle supporte toutes sortes d’abus, dans l’espoir d’un retour à cette idylle des débuts.

Et si le manipulateur pervers va trop loin dans ses emportements sadiques et que sa victime émet un doute ou relève une incohérence, c’est lui qui ravivera le souvenir de la lune de miel. Pour rendormir sa proie, il n’hésitera pas à lui donner un nouvel aperçu de son rôle de composition favori : cet homme charmant aux faux airs de gendre idéal qui ferait craquer n’importe quelle femme.

La lune de miel cristallise la relation amoureuse avec un PN dans un idéal sentimental chimérique qui servira de refuge, de prétexte et d’excuse à la victime. Pour le manipulateur, c’est un outil puissant d’hypnotisation auquel il aura recours à chaque fois qu’il aura besoin de renforcer sa domination. Mais comme tous les stratagèmes, la répétition en diminue l’impact. Lorsque la proie éveille petit à petit sa conscience à la toxicité de la relation, c’est que le prédateur pervers va être démasqué et va réagir. Pour aider ce processus de découverte de la vérité et de reprise de contrôle de sa vie, il vaut mieux être accompagné de thérapeutes professionnels. N’hésitez pas à consulter notre page sur la visio consultation, permettant de trouver de l’aide et des conseils auprès d’un psy en ligne.

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