Enfant de pervers narcissique : qui suis-je, devenu adulte ?

Retrouvez ce que vous aimiez avant » : le conseil ne fonctionne pas quand on a grandi avec un parent pervers narcissique, il n'y a rien à retrouver. Né d'une question d'auditrice, cet article décrit les douze traces que l'emprise d'enfance laisse chez l'adulte : identité secrète, interdit de demander de l'aide, sécurité insécurisante, terreur du non, peur d'être « comme lui », et la voie qui n'est pas la restauration, mais la découverte.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Trente-cinq ans de pratique clinique.
L’enfant de pervers narcissique devenu adulte se heurte à un conseil que tout le monde lui donne et qui ne fonctionne pas : » retrouvez ce que vous aimiez avant « . Avant quoi ? Quand on a grandi dans un système pervers, il n’y a pas d’avant, pas de version antérieure et intacte de soi à laquelle revenir, parce que la construction de soi s’est faite, dès le départ, sous contrainte et dans le camouflage. Cet article naît d’une question d’auditrice, d’une justesse rare, et il tient en une phrase : l’identité, dans ce cas, ne se retrouve pas. Elle se découvre, parfois pour la première fois.
Vous vous demandez si ce que vous avez vécu enfant porte un nom ?
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Faire le test maintenantLe conseil qui ne marche pas : » retrouvez ce que vous aimiez avant «
Une auditrice de mes podcasts m’a écrit, je la remercie ici, et je transforme tout ce qui pourrait la désigner. Élevée par un père fonctionnant très largement sur le mode pervers et une mère qui y basculait parfois, elle a grandi en cachant absolument tout de sa personnalité, quand celle-ci a seulement pu se développer. Puis, jeune adulte, une première relation d’emprise ; puis la perversion au travail ; puis, après une brève accalmie, une nouvelle relation avec un pervers narcissique. Chaque fois, elle s’en est sortie. Et chaque fois, la même remarque lui revenait des livres et des podcasts, y compris des miens : pour vous reconstruire, retrouvez ce que vous aimiez avant la relation. Sa question était simple, et elle m’a arrêté : » Et si l’on est né dans une famille perverse ? Les points de repère sont très flous. Comment retrouver ce qu’on aime, qui l’on est, quand on a toujours connu ce système ? » Elle a raison, et je le dis nettement : ce conseil-là est écrit pour les victimes d’une emprise survenue à l’âge adulte, celles qui ont eu vingt-cinq ans de vie avant lui, des goûts, des amis, un » soi » d’avant à réactiver. Pour ceux qui ont grandi dans le système, la formule est fausse. Elle est même culpabilisante : elle suppose un trésor enfoui qu’on n’aurait qu’à déterrer, et celui qui ne trouve rien en conclut qu’il n’y a rien.
Pourquoi il n’y a pas d' » avant » : le camouflage comme construction
Chez l’adulte pris dans une emprise, le pervers narcissique déforme une personnalité déjà constituée. Chez l’enfant, il n’y a rien à déformer encore : la personnalité se construit à travers l’emprise, et pour lui survivre. La conséquence est structurelle. L’enfant qui apprend, très tôt, que tout ce qu’il montre de lui sera détruit, moqué ou retourné contre lui, ne développe pas un soi puis un masque : il développe un soi sous forme de masque. Ce que la clinique nomme le faux self, cette façade construite pour répondre aux attentes de l’autre, n’est pas ici une couche par-dessus quelque chose : c’est parfois toute l’architecture. J’ai décrit ailleurs le parent toxique sous l’angle de ce qu’il fait à l’enfant. Voici l’autre versant, celui qu’on décrit rarement : ce que cela devient, trente ans plus tard, chez un adulte qui va bien en apparence, qui réussit parfois, et qui ne sait pas qui il est. Mon auditrice en a dressé la liste avec une précision clinique. Je la reprends, en la classant selon les trois champs qu’elle a elle-même dégagés : se soigner et se défendre, travailler, aimer.
Se soigner et se défendre : les traces qui empêchent de demander de l’aide
1. L’identité secrète
Enfant, on a caché ses lectures, sa musique, ses couleurs, ses vêtements, parce qu’on savait que le parent détruirait le poster au mur, ou attaquerait directement, systématiquement, ce qu’on venait d’aimer devant lui. Adulte, la trace est intacte, et elle surprend ceux qui la portent : montrer à quelqu’un ce qu’on aime est insécurisant, décorer son propre appartement est difficile, oser un choix vestimentaire original demande un courage disproportionné. Et le plus douloureux : on ne sait pas comment on entre en relation sur ces sujets-là. Comment on partage un goût, comment on commence une conversation sur ce qu’on aime : on ne l’a jamais fait sans danger. D’où un résultat paradoxal, que mon auditrice décrit avec justesse : les seules personnes qui parviennent à désamorcer cette protection sont souvent celles qui passent en force, c’est-à-dire, précisément, celles dont on se protégeait.
2. Ne jamais demander d’aide
Tout ce qui pouvait ternir l’image du parent était contrôlé. Consulter un médecin ou un psychologue accompagné d’un autre adulte que le parent ? Interdit. Et au moindre soupçon, l’interrogatoire, qui faisait tout avouer à l’enfant et plaçait ces adultes-là dans des situations impossibles. Mettre l’adolescent à la porte avec un cadre strict, » tu ne reviens sous aucun prétexte « , puis appeler le conseiller d’éducation, très inquiet, parce que l’enfant ne rentre plus. L’adulte issu de là a appris une chose définitive : on ne demande pas d’aide. Il n’a même pas de grille de lecture de ce que » prendre soin de soi » veut dire concrètement, et il ressent une culpabilité immense à le faire, il » creuse le trou de la Sécu « , il » s’écoute trop « , il ne sait pas comment décrire ses difficultés à un professionnel, et s’il doit porter plainte, il a peur d’être accusé, lui. Ce n’est pas de la négligence : c’est un interdit intériorisé, l’un des plus tenaces que je connaisse. Il voisine souvent avec la parentification, cet enfant qui prend soin de son parent : celui qui a appris à soigner les autres n’a jamais appris qu’on pouvait le soigner, lui.
3. L’interdit du secret, et le trop-plein de confidences
Paradoxe apparent : garder quelque chose pour soi était tout aussi impossible. Les » interrogatoires » du parent, pour s’assurer que rien ne filtrait à l’extérieur, ont appris à l’enfant qu’un secret est une faute qui se paie. Adulte, la trace est double : les questions sont ressenties comme des agressions, et, par réflexe et par peur des questions, on livre spontanément beaucoup trop d’informations à autrui, sans avoir vérifié que le cadre est sûr. On se surexpose pour ne pas être interrogé. C’est l’inverse exact de l’identité secrète, et c’est le même système : ce qu’on cache et ce qu’on déballe ont été décidés par le parent, jamais par soi.
4. Un rapport flottant à la réalité
Tellement habitué à ce que l’autre vive dans une réalité parallèle, on a appris à se dire » c’est sa réalité, je fais avec « , sans autre forme de procès, et à vivre soi-même dans une réalité à part, jamais confrontée. Le gaslighting subi dans l’enfance a une conséquence que celui de l’âge adulte n’a pas : il ne fait pas douter d’une réalité qu’on connaissait, il empêche la notion même de réalité partagée de s’installer. Mon auditrice l’a résumé mieux que je ne saurais le faire : le grand pervers, dit-elle, prétend un jour que le vert est bleu, le lendemain que le vert est rouge, et finit par dire qu’il faut être stupide pour ne pas voir que le vert est vert. Grandir là-dedans, c’est voir parfaitement les couleurs et ne jamais oser les nommer.
5. La sécurité insécurisante
Ce point est central, et il éclaire toutes les rechutes. Se sentir en danger dès que les gens fonctionnent sainement, quand ils veulent partager, échanger, offrir un cadeau, célébrer, dans le respect. Ce n’est pas un caprice, c’est une loi du lien : quand l’intermittence a été la norme, la constance paraît anormale, donc menaçante, et le calme sonne comme le silence qui précède l’orage. C’est le socle même du lien traumatique, et la raison pour laquelle tant d’enfants de pervers narcissiques trouvent l’amour sain » fade » ou » suspect « , et l’emprise » familière « . Ils ne cherchent pas la souffrance. Ils cherchent ce qui ressemble à la maison.
Travailler : les traces qui empêchent de se construire une carrière
6. Ne pas choisir ce qu’on aime vraiment
Choisir sa profession loin de ce qui nous passionne, pour conserver l’identité secrète et ne pas se faire attaquer sur ce qui compte. C’est l’identité secrète appliquée au destin professionnel : on met en vitrine un métier qui ne dit rien de soi, et l’on garde pour soi ce qu’on aime, à l’abri, donc jamais cultivé.
7. La difficulté à apprendre
Le parent pervers narcissique se vantait de sa propre intelligence et humiliait l’enfant au lieu de lui transmettre des méthodes, c’est l’un des traits les plus constants de ce que j’ai décrit dans grandir auprès d’un parent manipulateur. L’adulte en garde une relation empoisonnée à l’apprentissage : chaque échec est lu comme la confirmation de ce que l’adulte a dit, » tu es nul « , jamais comme une étape. Cela s’aggrave dans les milieux compétitifs, même sains, où l’on suppose que chacun a la solidité d’encaisser la compétition. Et plus encore dans les milieux malsains : commencer une thèse et se faire dénigrer par des personnes manipulatrices vient alors confirmer, en boucle, le verdict d’origine.
8. Ne pas savoir répondre aux joutes
Ne pas savoir débusquer les petites mesquineries ordinaires du monde du travail, ne pas savoir remettre quelqu’un à sa place, ou en être paralysé, et finir par ne trouver d’autre issue que de quitter, de soi-même, des projets qui nous tenaient à cœur. J’ai décrit ailleurs le manipulateur au travail ; mais ici la vulnérabilité est en amont : là où d’autres ont appris, dans la cour de récréation puis en famille, la joute légère et la riposte proportionnée, l’enfant de pervers narcissique n’a connu que deux régimes, le silence ou l’anéantissement. Il n’a jamais appris le registre intermédiaire.
9. Se sentir manipulateur en se présentant
Un certain degré de » mise en scène » de soi est nécessaire en société : rédiger un CV, un profil professionnel, se présenter en entretien, c’est nécessairement un peu construit. Pour l’enfant de pervers narcissique, cet exercice ordinaire est un supplice : il y reconnaît la manipulation qu’il a juré de ne jamais pratiquer, et il y sent, en prime, le vieux réflexe du secret, n’importe qui pourra voir ce que j’ai fait et s’en saisir. La question qui se cache derrière est la plus profonde de toutes ; elle ouvre le troisième champ.
Aimer : les traces qui empêchent la relation
10. » Ai-je l’identité d’un pervers ? «
Savoir parfaitement ce qu’un pervers ferait dans une situation, en ressentir la pulsion, et devoir trouver une autre façon de faire sans aucun repère, puis se détester pour ça, parce qu’on a grandi en essayant de ne pas être pervers. Cette peur va loin : ne pas adopter d’animal de compagnie, de crainte d’avoir sous sa responsabilité un être vulnérable et de risquer, à tort, de le maltraiter. Je veux répondre à cela avec précision, parce que c’est là que la clinique console vraiment. Ce que vous décrivez a un nom : c’est un objet interne, pour parler comme Fairbairn, l’enfant qui n’a pu ni fuir ni renoncer à son parent a incorporé une part de lui, avec son mode d’emploi. Vous savez ce qu’un pervers ferait comme on connaît par cœur une langue qu’on a été forcé d’entendre pendant vingt ans. Mais connaître une langue n’est pas la parler. Et voici le critère décisif : le pervers narcissique ne se pose jamais la question que vous vous posez. La pulsion ressentie et refusée, la peur de faire mal, la vigilance envers l’être vulnérable, c’est exactement l’inverse de la perversion, qui ne s’inquiète de rien. J’ai écrit un article entier pour ceux qui se demandent » et si c’était moi ? « : ce sont toujours les victimes qui se le demandent. Jamais les bourreaux.
11. La terreur de dire non
Mon auditrice l’a formulé elle-même, et je ne saurais mieux dire : dire non est l’un des fondements de l’identité, le fameux » âge du non « , vers deux ou trois ans, où l’enfant découvre qu’il est quelqu’un en s’opposant. L’enfant de pervers narcissique a été privé de ce droit : chaque non était puni, retourné, ou payé si cher qu’il a cessé d’exister. Adulte, poser une limite n’est pas difficile, c’est terrifiant, au sens propre : le corps réagit comme si le parent allait surgir. Et l’on comprend alors pourquoi la dépendance affective de tant d’adultes issus de ces familles n’est pas un trait de caractère : c’est un » non » qui n’a jamais eu le droit de naître.
12. L’appréhension des célébrations
Être terrorisé, adulte, à l’idée d’organiser soi-même une fête, et ne même pas savoir comment on fait. Là où les autres ont des souvenirs de fêtes d’anniversaire, l’enfant de pervers narcissique a des souvenirs de fêtes sabotées, de scènes le jour même, de joie punie. Célébrer, c’est se rendre visible dans sa joie, c’est-à-dire, dans l’ancien système, offrir une cible. On n’a pas peur de la fête. On a peur d’être vu heureux, et la honte, vieille compagne de ces histoires, veille à la porte.
Le pompon : les critiques bienveillantes
Mon auditrice appelle cela » le pompon « , et elle a raison de le mettre à part : c’est la blessure que l’entourage aimant inflige sans le savoir. » Tu dois apprendre à t’affirmer. » » Arrête de te dévaloriser. » » Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu peignais ? » » Pourquoi tu gâches tes talents ? » » Pourquoi ce métier alors que tu es si passionné par tel domaine ? » Chacune de ces phrases est juste, et chacune tombe exactement sur la trace qu’elle croit soigner : reprocher à quelqu’un de cacher ce qu’il aime, c’est lui reprocher la stratégie qui l’a maintenu en vie ; lui demander de s’affirmer, c’est exiger le » non » qu’on lui a arraché. Ce que ces proches ignorent, et cet article est aussi écrit pour eux, c’est que l’injonction, même bienveillante, reproduit la forme du système d’origine : quelqu’un qui sait mieux que vous qui vous êtes et ce que vous devriez faire de vous. Si vous aimez un enfant de pervers narcissique devenu adulte : ne lui dites pas qui il devrait être. Faites-lui de la place, et attendez. Quant à celui qui reçoit ces phrases : la culpabilité de » décevoir » des proches bienveillants est encore une trace du système, et l’on peut s’en défaire.
Découvrir plutôt que retrouver : par où commencer
Voici la réponse que j’ai faite à mon auditrice, et que je vous fais. Il ne s’agit pas d’exhumer une identité enfouie, mais de vous autoriser à en construire une, à partir de maintenant, par expérimentation. Cela passe par de tout petits pas concrets : essayer des choses sans savoir d’avance si l’on va aimer ; observer ce qui procure du plaisir ou du dégoût ; réapprendre à reconnaître ses propres sensations, longtemps niées ou disqualifiées. C’est là que le corps devient un allié : le goût, la fatigue, l’envie, l’ennui sont des données que le parent n’a pas pu confisquer entièrement, et qui redisent, si on les écoute, quelque chose de vrai. Les brèves périodes de répit qu’on a connues ne sont pas vaines : elles ont montré que cet espace existe, et qu’il peut s’élargir. Et je précise ce que » découvrir » ne veut pas dire : ni se forcer à aimer, ni se choisir une personnalité comme on adopte un style, ni » rattraper » quoi que ce soit, il n’y a pas de retard, il y a un commencement. Le travail sur l’enfant intérieur aide beaucoup ici, à une condition : ne pas chercher un enfant heureux à retrouver, mais un enfant qui n’a pas eu la place d’exister, et la lui donner, maintenant.
Trois autres chantiers accompagnent celui-là. Le récit d’abord. Mon auditrice l’a senti d’elle-même : après le travail sur les traces vives, il manque » la reconstruction du récit « , le besoin de mettre du sens. C’est le cœur du travail analytique : relire son histoire, non pour s’y enfermer, mais pour que la première partie de sa vie cesse d’être une énigme et devienne un chapitre. C’est souvent là que se dénoue la peur d’être » comme lui « . La distance ensuite : quelle relation garder aujourd’hui avec ce parent, quel contact, quelle limite. La question se pose tôt ou tard, et elle mérite un article à part. Le corps enfin : les troubles alimentaires, très fréquents dans ces histoires (j’ai décrit le rapport entre alimentation et emprise), et les traces post-narcissiques se traitent, et bien. Ils sont souvent la porte par laquelle un adulte qui » ne demande jamais d’aide » se met, enfin, à en demander.
» Docteur, je ne sais pas ce que j’aime «
Un patient, que j’appellerai Thomas, quarante ans, fils d’une mère perverse narcissique, m’a dit lors d’une de nos premières séances : » Docteur, on me demande ce que j’aime. Je ne sais pas. Je sais ce que je suis censé aimer, je sais ce qu’elle détestait, je sais ce qui ne fait pas de vagues. Mais si vous me demandez ce que j’aime, moi… je ne trouve rien. C’est comme chercher un mot dans une langue qu’on ne m’a jamais apprise. » Nous n’avons pas cherché ce mot. Nous avons commencé par ce que son corps disait sans lui demander la permission : il s’était surpris, un dimanche, à rester une heure devant un chantier naval, à regarder. Il n’y avait » rien » là-dedans, disait-il, aucun projet, aucun sens. Il y avait un plaisir. Nous sommes partis de là. Deux ans plus tard, Thomas ne s’est pas » retrouvé » : il n’y avait personne à retrouver. Il s’est rencontré. Ce n’est pas la même chose, et c’est mieux.
À retenir. Pour l’enfant de pervers narcissique devenu adulte, il n’y a pas d' » avant » à retrouver : la personnalité s’est construite à travers l’emprise, en camouflage. Les traces sont précises, identité secrète, interdit de demander de l’aide, trop-plein de confidences, réalité flottante, sécurité insécurisante, métier choisi loin de soi, apprentissage empoisonné, terreur du non, peur d’être » comme lui « , et elles ont un nom, donc un traitement. La voie n’est pas la restauration mais la découverte : de petits pas d’expérimentation, l’écoute du corps, la reconstruction du récit. Ce sont toujours les victimes qui se demandent si elles sont perverses, jamais les bourreaux.
Questions fréquentes
Peut-on se construire une identité à quarante ou cinquante ans ?
Oui, et c’est même l’âge où beaucoup commencent, parce que c’est souvent le moment où le système d’origine perd sa prise et où l’on comprend enfin ce qui s’est passé. Il n’y a pas de retard à rattraper : on ne se rencontre pas à heure fixe. La seule différence avec vingt ans est un avantage : on a moins de patience pour ce qui sonne faux, et c’est une boussole.
Suis-je condamné à reproduire l’emprise dans mes relations ?
Non, mais la répétition est un risque réel tant que la » sécurité insécurisante » n’a pas été travaillée : on choisit ce qui ressemble à la maison. Le travail consiste précisément à rendre supportable ce qui est sain, la constance, la douceur, l’échange, jusqu’à ce que cela cesse d’être vécu comme une menace. Reconnaître le mécanisme est déjà la moitié du chemin ; l’autre moitié se fait dans un lien stable, thérapeutique d’abord.
Ma famille dit que j’exagère : comment savoir si mon parent était vraiment pervers narcissique ?
Par les traces plutôt que par le diagnostic : si vous vous reconnaissez dans la majorité des mécanismes décrits ici, la question de l’étiquette compte moins que celle des effets, et ces effets ne s’inventent pas. Le déni familial est d’ailleurs lui-même une pièce du tableau : le système protège l’image du parent, hier en vous interdisant de consulter, aujourd’hui en vous disant que vous exagérez. Vous n’avez pas besoin de leur accord pour vous soigner.
Comment aider un adulte qui a grandi avec un parent pervers narcissique ?
Surtout pas par les injonctions bienveillantes, » affirme-toi « , » montre tes talents « , qui reproduisent, sans le vouloir, la forme du système : quelqu’un qui décide de qui il doit être. Ce qui aide : la constance, le respect des » non » même maladroits, l’accueil sans commentaire de ce qu’il ose montrer, et le temps. Vous n’êtes pas là pour le révéler à lui-même. Vous êtes là pour rendre le monde assez sûr pour qu’il s’y risque.
Vous ne savez pas qui vous êtes hors du système d’origine ?
Se découvrir quand il n’y a pas d’avant demande un lien stable, un cadre, et du temps. Un accompagnement psychanalytique peut vous y aider, depuis chez vous, en visioconférence.
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