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Pour aller plus loin

Stalking et cyberharcèlement post-rupture par un pervers narcissique

31 Juil 2026 Mis à jour le 4 Juin 2026 22 min
Stalking et cyberharcèlement post-rupture par un pervers narcissique
L’essentiel

Partir ne suffit pas toujours à clore la relation avec un pervers narcissique. Surveillance numérique, faux profils, empoisonnement de la réputation, apparitions fortuites, hoovering : le stalking post-rupture est la continuation de l'emprise par d'autres moyens. Analyse clinique de ce phénomène méconnu, distinct du harcèlement judiciaire, et de ses séquelles spécifiques, à commencer par l'impossibilité de clore un chapitre que le pervers narcissique refuse de fermer.

Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Trente-cinq ans de pratique clinique.

Vous êtes partie. Vous pensiez que c’était fini. Le no contact était en place, les serrures changées, les mots de passe refaits. Et pourtant, quelque chose ne s’est pas arrêté. Un message anonyme sur un réseau social. Une rencontre « fortuite » dans un lieu où vous ne venez jamais. Un ami commun qui, sans y être invité, vous donne de ses nouvelles. Une rumeur qui revient vers vous par trois chemins différents. Un compte qui vous suit depuis un pseudonyme que vous ne reconnaissez pas. Ce n’est pas de la paranoïa. C’est du stalking post-rupture, la continuation de l’emprise par d’autres moyens, quand la relation est finie mais que l’obsession du pervers narcissique, elle, ne l’est pas.

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Le stalking post-rupture est l’un des phénomènes les plus méconnus et les plus sous-estimés de l’après-relation avec un pervers narcissique. Il est souvent confondu avec le harcèlement judiciaire qui accompagne les séparations conflictuelles avec enfants, ces batailles autour de la garde, des pensions, des droits de visite, lequel est documenté et nommé. Mais le stalking dont il est question ici est différent : il ne passe pas par le droit, il ne passe pas par les enfants, il passe par la surveillance, l’intrusion et l’empoisonnement patient de la vie que la victime tente de reconstruire.

Il concerne aussi bien les relations avec enfants que les relations sans enfants. Il peut durer des mois, des années, parfois plus d’une décennie après la rupture. Et il produit chez la victime une séquelle spécifique : l’impossibilité de clore un chapitre qui, du côté du pervers narcissique, refuse de se fermer.

Pourquoi le pervers narcissique ne lâche pas

La rupture comme blessure narcissique

Pour comprendre le stalking post-rupture, il faut comprendre ce que représente psychiquement la rupture pour le pervers narcissique. Ce n’est pas la perte d’un partenaire aimé, il n’y a pas eu d’amour au sens ordinaire. C’est la perte d’une source. D’un approvisionnement narcissique, d’un miroir, d’une proie sur laquelle exercer l’emprise. Et surtout : c’est une blessure faite à son image de toute-puissance.

Si c’est la victime qui est partie, l’humiliation est double. Elle a osé. Elle a vu. Elle a échappé à ce qui devait être un contrôle absolu. Cette expérience est insupportable dans l’économie psychique du pervers narcissique, elle contredit sa position de surplomb, elle introduit dans son monde l’idée qu’il n’a pas été tout-puissant. Cette idée doit être effacée, annulée, démentie.

Le stalking est la réponse à cette blessure. Il vise moins à récupérer la victime, bien que le hoovering fasse partie de son répertoire, qu’à maintenir une forme de contrôle sur elle, même à distance, même sans relation. Le message essentiel est : tu ne m’as pas échappé. Je suis encore là. Je sais ce que tu fais. Cette affirmation, même silencieuse, restaure partiellement l’illusion de toute-puissance.

L’obsession qui remplace la relation

Chez certains pervers narcissiques, le stalking devient une activité quasi addictive dans l’après-rupture. Surveiller les réseaux sociaux de la victime, tenter de deviner ses déplacements, collecter des informations sur sa nouvelle vie : ces actions occupent l’esprit, structurent le temps, donnent un objet à l’obsession. Elles remplacent partiellement la relation perdue, non par le lien, mais par l’intensité de la préoccupation.

Cette obsession n’est pas de l’amour, même quand elle en prend les habits. C’est une fixation persécutrice déguisée en passion. Le pervers narcissique peut écrire dans un message tardif :  » Je n’arrive pas à t’oublier « , et cette phrase est objectivement vraie. Mais ce qu’il n’arrive pas à oublier, ce n’est pas la personne qu’il a aimée. C’est la blessure qu’elle lui a infligée en partant. Ce qu’il cherche, ce n’est pas elle. C’est la réparation, par tous les moyens, de son narcissisme atteint.

Les formes spécifiques du stalking narcissique

La surveillance numérique

C’est la forme la plus contemporaine et la plus universelle. Les réseaux sociaux de la victime, même privés, sont épluchés, directement quand le profil est accessible, via des comptes anonymes ou par l’intermédiaire de personnes interposées quand il ne l’est pas. Chaque photo, chaque publication, chaque interaction est analysée : avec qui est-elle ? Où ? Semble-t-elle heureuse ? Triste ? Seule ? Accompagnée ?

Cette surveillance peut s’étendre bien au-delà des réseaux sociaux. Consultation répétée du LinkedIn de la victime pour suivre sa vie professionnelle. Recherches nominatives sur Google pour surveiller son empreinte publique. Vérification de sa présence sur les applications de rencontre via des comptes créés à cet effet. Interrogation de l’historique de ses activités par des amis qui maintiennent le contact avec elle.

La victime, elle, en sait souvent très peu. Elle peut avoir la sensation d’être surveillée sans pouvoir la prouver. Cette impression vague, récurrente, contribue à entretenir un état d’hypervigilance qui l’empêche de se sentir vraiment sortie de la relation. Elle est libre dans les faits. Elle ne l’est pas dans son ressenti.

Les comptes anonymes et faux profils

Une forme particulièrement insidieuse du stalking est la création de comptes anonymes sur les réseaux sociaux, conçus pour suivre la victime, commenter ses publications, interagir avec ses proches, parfois envoyer des messages directs. Ces comptes peuvent adopter des identités plausibles, une femme, un ami d’un ami, un collègue fantôme, qui permettent au pervers narcissique d’approcher sans se révéler.

Ces faux profils servent plusieurs fonctions. Ils permettent de collecter des informations sans que la victime n’identifie la source. Ils peuvent être utilisés pour entrer en contact avec le nouveau partenaire et semer le doute sur la victime. Ils permettent parfois d’envoyer des messages « à peine menaçants » qui ne peuvent pas être juridiquement qualifiés mais qui entretiennent un climat d’inquiétude.

La victime qui identifie un tel compte, par intuition, par recoupements, par négligence du manipulateur, traverse une expérience déstabilisante. Elle comprend qu’elle n’était pas paranoïaque. Qu’il y avait bien quelque chose. Que ce quelque chose dure peut-être depuis longtemps. Cette révélation s’accompagne rarement de soulagement : elle ouvre sur une question vertigineuse. Que sait-il d’autre ? Que fait-il de ces informations ? Où cela s’arrête-t-il ?

L’empoisonnement de la réputation

Le stalking passe aussi par la construction patiente d’une version défavorable de la victime auprès de l’entourage commun. Cette campagne de dénigrement peut se poursuivre pendant des années après la rupture, alimentée par des ajouts réguliers, anecdotes fabriquées, interprétations malveillantes d’événements anciens, informations présentées hors contexte.

Le pervers narcissique n’a pas besoin de mentir frontalement pour empoisonner. Il peut suggérer. Insinuer. Poser une question en apparence neutre,  » Est-ce qu’elle va mieux ? J’entendais dire qu’elle traversait une période difficile « , qui installe dans l’esprit de l’interlocuteur l’idée d’une fragilité ou d’une instabilité. Sur des années, ces petites touches composent un portrait qui colore durablement la façon dont la victime est perçue dans son propre cercle social.

Cette forme de stalking est particulièrement dévastatrice parce qu’elle atteint la victime par des canaux qu’elle ne peut pas bloquer. On ne met pas ses amis en no contact. On ne coupe pas les ponts avec sa propre famille parce qu’on les soupçonne de relayer, à leur insu, une version fabriquée. L’emprise continue à circuler, dans un monde social que la victime croyait sûr.

Les apparitions « fortuites »

Certains pervers narcissiques pratiquent ce que l’on pourrait appeler le stalking de présence : organiser leur emploi du temps pour « croiser » la victime dans des lieux qu’elle fréquente. Le café du matin. La salle de sport. Le chemin de sortie du travail. Le parc où elle emmène ses enfants ou son chien. Le restaurant où elle dîne avec son nouveau compagnon.

Ces apparitions sont soigneusement présentées comme des hasards.  » Tiens, je ne savais pas que tu venais ici. «  Elles peuvent être ponctuelles ou répétées, espacées ou rapprochées. Dans certains cas, elles sont accompagnées de conversations brèves, apparemment anodines, où le pervers narcissique laisse entendre qu’il sait des choses qu’il ne devrait pas savoir, un détail sur la vie quotidienne de la victime, une référence à un événement récent.

L’effet recherché est double. D’une part, déstabiliser la victime en lui faisant comprendre qu’elle ne lui échappe pas vraiment. D’autre part, maintenir dans son propre monde psychique l’illusion que la relation n’est pas vraiment terminée, que le lien persiste, sous une forme souterraine.

Le hoovering comme stalking

Le hoovering, cette tentative de réaspirer la victime dans la relation par des messages, des appels, des cadeaux inattendus, est une forme de stalking en soi. Même quand il semble affectueux, même quand il prend les traits de la contrition ou du regret, il participe de la même logique : maintenir un lien, susciter une réaction, empêcher la clôture.

Le hoovering suit souvent un calendrier précis, qui n’a rien de hasardeux. Il intervient fréquemment aux moments où la victime semble aller mieux, comme si le pervers narcissique percevait, à travers ses canaux de surveillance, que la cicatrisation avance et cherchait à la réouvrir. Il intervient aussi aux dates symboliques : anniversaires de rencontre, fêtes, moments où l’émotion peut être mobilisée contre la raison.

Les contextes où le stalking se déploie le plus

Les ruptures initiées par la victime

Le stalking post-rupture est statistiquement plus fréquent et plus intense quand c’est la victime qui a pris l’initiative de partir. Cette asymétrie n’est pas anodine. Elle renvoie à la blessure narcissique dont nous avons parlé : c’est l’humiliation d’avoir été quitté qui alimente la persécution. Les pervers narcissiques qui partent eux-mêmes, parce qu’ils ont trouvé une nouvelle source, parce que la victime ne leur fournit plus assez, développent rarement ce niveau d’acharnement.

Ce fait clinique a une conséquence importante : les victimes qui partent les premières, et dont on pourrait penser qu’elles sont les plus protégées par leur lucidité retrouvée, sont en réalité celles qui paient le prix le plus élevé dans l’après. Leur libération suscite, en face, une détermination à rétablir le contrôle par d’autres moyens.

Les relations sans enfants

Quand la relation a produit des enfants, le stalking tend à passer par le harcèlement judiciaire et l’instrumentalisation de la co-parentalité, un terrain largement documenté. Quand il n’y a pas d’enfants, le pervers narcissique perd ce levier mais pas l’obsession. Le stalking prend alors des formes plus souterraines, plus difficiles à nommer et à prouver : surveillance numérique, empoisonnement social, apparitions calculées.

Paradoxalement, ces victimes sans enfants sont souvent plus isolées dans leur expérience. Le harcèlement qu’elles subissent n’est pas visible. Il ne donne pas matière à des procédures. Il passe souvent inaperçu de leur entourage, qui ne comprend pas pourquoi elles semblent encore « hantées » par une relation pourtant terminée depuis longtemps.

Les ruptures avec témoins de la violence

Quand la victime dispose de preuves de la violence psychologique, messages, témoignages, diagnostics médicaux, et qu’il existe un risque qu’elle en fasse quelque chose, le stalking peut prendre une dimension préventive. Il s’agit alors pour le pervers narcissique de désamorcer la menace que représente une parole future : en discréditant la victime par avance, en la poussant à douter de son propre récit, en créant un climat où elle préférera se taire plutôt que s’exposer à davantage.

Dans ces configurations, le stalking s’accompagne parfois de formes voisines : menaces voilées, pressions sur l’entourage, tentatives de compromettre professionnellement la victime. Ce registre est documenté dans la littérature clinique sur les violences psychologiques et doit être pris au sérieux.

Ce que le stalking produit sur la victime

L’impossibilité de la clôture

La séquelle psychique la plus profonde du stalking post-rupture est l’impossibilité d’achever le deuil de la relation. Pour que le deuil s’accomplisse, il faut un arrêt, un moment à partir duquel la relation appartient au passé. Le stalking empêche précisément cet arrêt. La relation continue à produire des effets dans le présent, même sous forme fragmentaire, même à l’insu de la victime. Le passé n’a pas le droit de devenir passé.

Cette incapacité à clore est souvent vécue par la victime comme une faiblesse personnelle. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à tourner la page ? Pourquoi est-ce que j’y repense encore ? Est-ce que je l’aime encore malgré tout ? Ces questions, qui supposent que le problème vient d’elle, ignorent la réalité : la page ne peut pas être tournée parce que quelqu’un, en face, la rouvre à intervalles réguliers.

L’hypervigilance chronique

Le stalking installe une hypervigilance qui persiste longtemps après les faits. La victime surveille : son téléphone, ses réseaux sociaux, les rues qu’elle emprunte, les personnes qui la regardent un peu trop longtemps. Elle vérifie. Elle anticipe. Elle se demande, devant chaque événement inhabituel, si c’est lui.

Cette hypervigilance est épuisante. Elle mobilise une ressource psychique considérable au service d’une vigilance qui ne peut jamais se relâcher. Elle colore tout : le sommeil, la capacité à se concentrer, l’ouverture aux nouvelles relations, la joie de vivre simplement. Elle est aussi invisible de l’extérieur. La victime qui fonctionne, qui travaille, qui semble reconstruire sa vie peut être, à l’intérieur, dans un état de mobilisation permanente dont personne ne soupçonne l’ampleur.

La difficulté à faire confiance

Une autre séquelle est l’érosion durable de la confiance, non pas seulement envers le pervers narcissique, mais envers le monde social en général. Qui parmi les amis communs relaie des informations vers lui ? Qui peut être croisé par hasard et qui l’est par calcul ? Ce compte qui vient de la suivre sur Instagram, est-il authentique ? Cette coïncidence est-elle vraiment une coïncidence ?

Ces questions, répétées sur des mois ou des années, usent progressivement la capacité à faire confiance, y compris aux personnes qui n’ont rien à voir avec la relation passée. Les nouvelles rencontres sont filtrées à travers le prisme du soupçon. Les nouvelles relations amoureuses sont abordées avec une méfiance qui sabote parfois, en amont, toute possibilité d’attachement.

Ce n’est pas de la pathologie. C’est la trace d’une expérience réelle, qui a démontré que la confiance pouvait être instrumentalisée sur des années sans être détectée. Restaurer la confiance après cela demande du temps et souvent un travail thérapeutique spécifique.

La honte de ne pas pouvoir clore

Il y a enfin une forme particulière de honte : celle de ne pas arriver à « passer à autre chose » comme la culture ambiante l’exige. Notre époque valorise la résilience, le renouveau, la capacité à se relever et à avancer. La victime de stalking qui, des années après la rupture, se sent encore hantée par son ex-partenaire peut éprouver la honte de ne pas répondre à ces injonctions.

Cette honte est une injustice de plus. Elle fait porter à la victime la responsabilité de son propre enfermement, alors que celui-ci est activement entretenu de l’extérieur. La nommer, reconnaître que la lenteur du processus n’est pas un défaut personnel mais la conséquence d’une persécution continue, fait partie du travail de reconstruction.

Se protéger : les démarches concrètes

Documenter ce qui se passe

Face à un stalking qui peut sembler insaisissable, la première protection est documentaire. Tenir un journal précis des événements, date, heure, contexte, ce qui s’est passé, ce qui a été dit ou écrit. Conserver des captures d’écran de toute communication suspecte, même apparemment anodine. Archiver les messages, les interactions, les apparitions.

Cette documentation a plusieurs fonctions. Elle permet, si une procédure devient nécessaire, de disposer d’éléments concrets au lieu d’impressions vagues. Elle offre aussi à la victime un rempart contre le doute qui s’installe avec le temps : suis-je en train d’exagérer ? d’inventer ? d’interpréter ?. Les faits consignés résistent au gaslighting intériorisé.

Le no contact numérique radical

Couper tout canal numérique accessible au pervers narcissique est une mesure indispensable mais souvent insuffisante. Blocage sur tous les réseaux sociaux. Filtrage des numéros. Changement de mot de passe sur tous les comptes. Vérification des appareils partagés, ordinateurs, tablettes, pour y repérer d’éventuels mouchards ou sessions restées ouvertes.

Ces mesures élémentaires doivent être complétées par une attention à ce qui reste accessible à travers les cercles sociaux communs. Fermer certains accès peut impliquer de demander à des amis de ne pas relayer d’informations, de rendre certains contenus invisibles à une partie du réseau, voire de restructurer sa présence en ligne.

Porter plainte quand c’est possible

En France, le harcèlement, y compris le cyberharcèlement, est reconnu par la loi et peut faire l’objet de plaintes. Les apparitions répétées, les messages insistants malgré un refus clair, la surveillance, l’usurpation d’identité sur les réseaux sociaux : autant de qualifications possibles. Les forces de l’ordre et les avocats spécialisés en violences conjugales peuvent accompagner la démarche.

Porter plainte n’est pas toujours facile, la matière est diffuse, les preuves techniques, l’accueil parfois inégal. Mais c’est parfois la seule façon d’établir un cadre légal qui redonne un peu de consistance à la situation. Ce n’est pas nécessairement la seule bonne voie : certaines victimes choisissent d’autres stratégies. Mais c’est une option qui mérite d’être connue et considérée.

Un accompagnement thérapeutique spécifique

Le stalking post-rupture produit des séquelles psychiques qui ne se résolvent pas seules. L’hypervigilance, la difficulté à clore, la perte de confiance : tout cela demande un travail thérapeutique spécifique, idéalement avec un clinicien qui connaît la problématique de l’emprise et de ses suites.

Ce travail vise plusieurs objectifs. Reconnaître la réalité de ce qui se passe, pour cesser de le minimiser ou de se croire responsable. Identifier les séquelles et les nommer, pour éviter de les confondre avec des défauts de caractère. Développer des stratégies concrètes de protection. Et surtout : reconstruire progressivement la capacité à habiter son propre espace, psychique comme physique, sans la sensation permanente d’une présence intrusive.

La sortie du stalking

Le stalking finit par s’éteindre. Ce n’est pas une consolation abstraite : c’est une réalité clinique. Quand le pervers narcissique trouve une nouvelle source d’approvisionnement narcissique, quand sa vie prend un autre tour, quand la rentabilité symbolique du stalking diminue, l’obsession se déplace. La victime cesse d’être le centre de sa préoccupation.

Ce moment n’est pas toujours net. Il se fait progressivement, avec parfois des retours ponctuels, un hoovering surgit d’un silence de deux ans, un message inattendu après une période calme. Mais la tendance générale est à la décroissance. L’intensité baisse. Les intervalles s’allongent.

Pour la victime, cette extinction ne signifie pas nécessairement la fin des séquelles. Les habitudes de vigilance, les réflexes de méfiance, la difficulté à faire confiance : tout cela peut persister au-delà de la fin du stalking lui-même. Le travail de reconstruction a son temps propre, qui n’est pas synchrone avec celui du pervers narcissique.

Ce qu’il faut tenir, pendant cette période : la réalité de ce qui s’est passé n’est pas une construction de votre esprit. Votre vigilance n’était pas de la paranoïa. Votre épuisement n’était pas une faiblesse. Ce que vous avez vécu avait un nom, des formes, des effets documentés. Et cela, personne ne peut vous le retirer, pas même le silence qui finit par s’installer, et dans lequel vous pourrez enfin, lentement, recommencer à respirer.

Le stalking par personnes interposées

Les « amis communs » instrumentalisés

Une des formes les plus insidieuses de stalking passe par des tiers qui ne se perçoivent pas eux-mêmes comme des relais. Un ami commun qui, innocemment, demande à la victime comment elle va « parce qu’il l’a vue un peu fatiguée l’autre jour dans la rue ». Une connaissance qui mentionne, apparemment au hasard, que le pervers narcissique « va beaucoup mieux maintenant », message soigneusement calibré pour susciter soit de la culpabilité, soit de la curiosité, soit de l’inquiétude.

Ces tiers ne sont pas des complices. Ils sont des instruments à leur insu. Le pervers narcissique les utilise en leur confiant, sur un ton de confidence, des informations destinées à circuler, sachant qu’elles reviendront vers la victime par des chemins qu’il n’aura pas à emprunter lui-même. Cette manipulation indirecte est redoutable parce qu’elle ne peut pas être bloquée : la victime ne peut pas mettre tout son entourage en no contact.

Reconnaître ce mécanisme est déjà une forme de protection. Certaines informations qui arrivent par « hasard » n’ont rien de fortuit. Certains messages apparemment bienveillants sont des sondes. Développer un regard critique sur ce qui circule, sans devenir méfiant envers tout le monde, fait partie du travail de l’après.

Le nouveau partenaire comme cible collatérale

Quand la victime reconstruit une nouvelle relation, le pervers narcissique peut déplacer une partie de son stalking vers le nouveau partenaire. Recherches sur son identité, tentatives de contact direct ou via des intermédiaires, envois de « révélations » sur le passé de la victime, pressions diverses destinées à semer le doute ou à provoquer une rupture.

Ce déplacement sert deux fonctions. Il permet au pervers narcissique d’atteindre la victime sans l’attaquer directement, la souffrance éventuelle du nouveau partenaire se répercutera sur elle. Et il nourrit son propre récit intérieur : si elle est avec quelqu’un d’autre, c’est la preuve qu’elle m’a trompé pendant que nous étions ensemble. Cette fiction, aussi improbable soit-elle dans les faits, permet au pervers narcissique de rester la victime de son propre récit.

Quand le temps fait partiellement son travail

Ce qui s’estompe vraiment

Avec le temps, certains éléments du stalking s’atténuent naturellement. L’intensité diminue quand le pervers narcissique trouve une nouvelle cible sur laquelle projeter son attention. Les apparitions se raréfient quand la vie de la victime change suffisamment pour qu’elle ne soit plus facile à suivre. Les messages s’espacent quand l’absence de réaction finit par décourager l’investissement.

Mais cette atténuation n’est pas linéaire. Il peut y avoir des rechutes, un anniversaire, une annonce publique de la victime (nouveau travail, déménagement, mariage), un événement dans la vie du pervers narcissique (rupture, échec professionnel) qui ravive l’obsession. Ces retours peuvent être particulièrement déstabilisants parce qu’ils surgissent dans un moment où la victime pensait avoir enfin refermé la porte.

Ce qui reste longtemps

Même quand le stalking objectif a cessé, ses effets subjectifs peuvent perdurer. La victime continue parfois, pendant des années, à scruter les visages dans les lieux publics. À se demander si un regard inconnu n’est pas significatif. À vérifier les comptes qui s’abonnent à ses réseaux sociaux. Cette vigilance, apprise par nécessité, ne se désapprend pas d’elle-même.

Le travail thérapeutique a ici un rôle précis : permettre à la victime de distinguer entre la vigilance qui a été nécessaire et celle qui ne l’est plus. Lui donner les moyens de déposer, progressivement, une part de cette charge. Non pas en niant ce qui s’est passé, mais en reconnaissant que le présent n’est pas toujours la continuation du passé, même quand la mémoire corporelle le suggère.

L’apprentissage qui reste

Il reste enfin quelque chose qui n’est pas une séquelle mais un acquis : la lucidité. Les victimes qui ont traversé le stalking post-rupture développent souvent une capacité particulière à repérer les signes d’obsession chez d’autres personnes, les dynamiques de contrôle qui s’installent, les façons dont la manipulation se prolonge après la rupture.

Cette lucidité a un coût. Elle a été payée par des années d’épuisement. Mais elle existe, et elle peut être mise au service de quelque chose : de soi, d’abord, pour ne plus entrer dans des configurations similaires. Des autres, parfois, quand des proches traversent des situations comparables. Ce n’est pas un bénéfice qui compense la violence subie. Mais ce n’est pas rien.

Vous vivez ou avez vécu cette situation ?

Si vous traversez un stalking post-rupture, ou si vous en sortez avec des séquelles difficiles à nommer, un accompagnement spécialisé peut vous aider à retrouver un espace intérieur habitable et à travailler la clôture que l’autre vous a refusée.

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Pascal Couderc

Pascal Couderc

Psychologue clinicien et psychanalyste, RPPS 10009754606. Spécialisé depuis 2005 dans l’emprise, la perversion narcissique et les relations toxiques. Trente-cinq ans de pratique clinique en cours.

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