6+5 Schémas de victimes de PN

Les schémas de victimes de PN amènent la notion de modes de fonctionnement récurrents. Elle est liée au sentiment de toujours répéter les mêmes erreurs, de ne pas apprendre les leçons que la vie nous présente. Nous avons parlé précédemment des apports de la thérapie des schémas sous l’angle de la perversion narcissique. Nous reprendrons 6 de ces mécanismes qui concernent à la fois le manipulateur et sa proie. Cette fois-ci, nous nous concentrerons aussi sur les 5 systèmes de pensée et d’action des victimes de PN qui leur sont exclusifs. En effet, nous restons convaincus que savoir c’est pouvoir. Une fois ces schémas mis en lumière et identifiés, il sera possible de travailler en psychothérapie pour les éliminer.

La schémathérapie en quelques mots

Les schémas de victimes de PN étudiés ici sont issus de la théorie développée par Jeffrey Young de 1993 à 2003. Ce psychologue considère que certains de nos modes de fonctionnement négatifs et délétères répondent à des schémas cognitifs et comportementaux profonds, certainement acquis à un stade précoce de notre développement. La théorie des schémas s’inspire de la psychanalyse et de la théorie de l’attachement pour proposer une prise en charge plus complète de ces troubles par rapport à une démarche strictement cognitivo-comportementale. Ainsi, il est tout à fait possible de modifier les systèmes de pensée et d’action répétitifs qui nous donnent l’impression de tourner en rond, à condition d’en prendre conscience. 

Voici les 18 schémas identifiés par Young, regroupés en 5 catégories :

  1. Catégorie de séparation et rejet :
  • schéma d’abandon / instabilité
  • méfiance / abus
  • schéma de carence affective
  • imperfection / honte
  • exclusion / rejet
  1. Catégorie d’altération de l’autonomie et de la performance :
  • schéma de dépendance / incompétence
  • peur de la vulnérabilité
  • fusion / Soi non développé
  • schéma d’échec
  1. Catégorie de défaut de limites :
  • grandeur / omnipotence
  • schéma de contrôle de soi / autodiscipline insuffisants
  1. Catégorie de centration sur autrui :
  • schéma d’assujettissement
  • abnégation
  • recherche d’approbation ou de reconnaissance
  1. Catégorie de vigilance et inhibition :
  • négativisme / pessimisme
  • inhibition émotionnelle
  • exigences élevées / critique excessive
  • schéma de punition

Bien entendu, un même individu peut présenter plusieurs schémas, et, comme nous l’avons vu dans l’article précédent, les PN et leurs victimes peuvent avoir des modes de fonctionnement communs.

Les schémas communs au PN et à sa victime

Pour rappel, voici les 6 schémas partagés entre un bourreau et sa proie dans une relation d’emprise. Cette fois-ci, nous les expliquons du point de vue de la victime.

Schéma commun n°1. Abandon / Instabilité

Le premier schéma cognitivo-comportemental qui réunit les PN et leurs proies découle d’une enfance marquée par l’indisponibilité de la figure d’attachement. Que celle-ci ait été complètement ou partiellement absente, soit physiquement soit émotionnellement, l’enfant a intégré qu’il ne peut pas compter sur ceux censés le sécuriser. En résulte le plus souvent une crainte d’être abandonné pour une autre personne qui serait plus intéressante.

Schéma commun n°2. Carence affective

Le modèle parental à l’origine de la carence affective d’un individu est généralement froid et distant. Les émotions ne trouvent pas d’encouragement à être exprimées, soit parce qu’elles sont réprimées, voire réprimandées, soit parce qu’elles sont disqualifiées. Rappelons en effet que parfois, on peut être un parent toxique malgré soi. Il peut suffire de quelques phrases aussi banales que problématiques comme la fameuse : “Arrête de pleurer, ce n’est pas grave” pour favoriser le risque de développer une carence affective. Celle-ci mènera à un sentiment de vide intérieur que l’on n’aura de cesse de tenter de combler par une source extérieure, comme un partenaire, par exemple.

Schéma commun n°3. Échec

Là où le PN ne saurait supporter la défaite pour des questions narcissiques, la victime d’abus émotionnels a une peur viscérale de ne pas réussir à vivre sans son bourreau. Elle nourrit cette pensée qu’elle échouera à coup sûr par manque de confiance en ses propres compétences. Lorsque les performances des enfants sont sévèrement jugées ou que l’un d’eux n’affiche pas des résultats aussi bons que ses pairs, le schéma d’échec peut venir s’immiscer et perturber la vie d’adulte.

Schéma commun n°4. Recherche d’approbation ou de reconnaissance

Si la carence affective concerne le besoin de réconfort à un niveau assez intime, la recherche d’approbation revêt un caractère plus étendu, plus social. On parle ici de reconnaissance de notre travail, de nos talents, de nos décisions. Cette attitude sous-tend un manque de confiance en son propre jugement tout à fait caractéristique des victimes de PN. Une estime de soi insuffisante explique les deux phénomènes et résulte le plus souvent du gaslighting opéré par le manipulateur machiavélique. Couplé à l’isolement social, le MPN parvient ainsi à se positionner comme unique ressource pour répondre à la fois à la carence affective et au besoin d’approbation par autrui. Des parents soucieux de leur image en société et préoccupés par les “ont-dit” ont pu inculquer cette tendance à rechercher la validation de soi par une source externe.

Schéma commun n°5. Négativisme / Pessimisme

Le PN conditionne sa proie à vivre dans une peur excessive de mal faire. Celui-ci peut par-là même perpétuer une attitude parentale à laquelle a été habituée sa victime. Ainsi, elle maintient l’idée que les conséquences de ses erreurs seraient désastreuses et entretient une vigilance accrue pour anticiper les déconvenues. Sa vision de l’avenir en est, par conséquent, profondément ternie et fait l’objet d’inquiétudes chroniques. 

Schéma commun n°6. Inhibition émotionnelle

Gommer les réactions spontanées est aussi un réflexe issu d’un apprentissage par le vampire émotionnel. Cette inhibition des affects a pour but d’éviter les situations de honte ou de désapprobation. Ainsi, la victime préfère enfouir ses émois et donner l’impression d’un contrôle de soi en toutes circonstances, appauvrissant de fait sa vie intérieure.

Voyons maintenant les problématiques répétitives des victimes de manipulation sentimentale qui ne concernent que leur cas de figure.

Les schémas spécifiques aux proies des manipulateurs

Schéma de victime de PN n°1. Imperfection / honte

L’un des schémas les plus typiques des victimes de PN repose sur le sentiment d’infériorité. Elles ont l’impression de n’être pas digne d’intérêt, d’être indésirables. Elles portent une certaine honte tournée soit sur des facteurs internes (défauts propres à leur personnalité) soit externes (apparence physique, comportements mal perçus par la société, etc.) Elles présentent une hypersensibilité à la critique, au rejet et aux reproches, ce qui leur cause d’être mal à l’aise dans leurs rapports sociaux. Un vécu d’humiliation ou de dévalorisation durant l’enfance peut-être à l’origine de ce complexe.

Schéma n°2. Dépendance / incompétence

Le schéma d’incompétence donne un sentiment d’inefficacité et d’impuissance. Face à cette croyance en sa propre inaptitude à gérer les tâches quotidiennes, on s’en remet donc à quiconque se présenterait en sauveur, pour finalement s’en rendre dépendant. Cette délégation découle d’une protection excessive durant l’enfance, ou au contraire d’une négligence des figures parentales qui auraient manqué de développer les compétences de l’enfant. C’est la porte ouverte à tous les abus de confiance.

Schéma n°3. Fusion / Soi non développé

C’est peut-être le mode de fonctionnement le plus délétère en matière d’emprise sentimentale. Le schéma de fusion et de Soi non développé décrit une implication émotionnelle démesurée envers la ou les personnes significatives. Ce besoin d’unification avec l’autre s’oppose à l’individuation. Le résultat de ce déni de soi s’observe par un défaut d’identité propre et une absence de valeurs personnelles. Là encore, une surprotection marquée par les figures parentales peut en être la source, de même qu’une dévalorisation des éléments marquant la différence de l’enfant.

Schéma n°4. Assujettissement

S’assujettir revient à se soumettre. Il s’agit de devenir le sujet de quelqu’un, ou plutôt son objet dans le cas de la perversion narcissique. En psychanalyse, on parle de réification dès lors qu’un individu est chosifié. Le schéma d’assujettissement décrit la tendance à négliger ses émotions et ses besoins pour se mettre au service d’autrui. La personne adopte alors une posture soumise face à une figure perçue comme dominante. On retrouve ce schéma chez les enfants qui ont été parentifiés par exemple, ou chez ceux qui ont eu des parents contrôlants ou culpabilisateurs.

Schéma n°5. Abnégation

Il y a une attitude sacrificielle dans l’abnégation. On renonce à son propre équilibre de vie pour répondre aux attentes d’autrui. Plus que le servir fidèlement, on va alors au-devant de tous ses besoins émotionnels, matériels, etc. C’est le fameux syndrome de l’infirmière qui pâtit d’une trop grande sensibilité envers les manques exprimés par les autres.

Les schémas de victimes de PN expliquent en grande partie sur quoi repose l’emprise émotionnelle et en quoi elle peut être si durable. En effet, bien que profondément ancrés, ces modes de fonctionnement ne constituent pas des diagnostics définitifs. La bonne nouvelle, c’est donc qu’ils ne sont pas immuables ! Ces modèles n’ont pas valeur de loi universelle, mais ils permettent de donner un aperçu du caractère quasi automatique de certaines dynamiques relationnelles. Avec l’aide d’un psychothérapeuthe qualifié, vous pouvez reprogrammer vos schémas de pensées et d’action pour être plus en accord avec votre individualité. Vous ne souffrirez donc plus de cette juxtaposition sur vous des influences extérieures, qu’elles soient intervenues dans l’enfance ou plus tard.

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