La dévalorisation

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La dévalorisation dans le couple est un signal d’alarme, à la fois pour la personne en proie à l’infériorisation et à la fois pour la relation. Dans le cas du rapport entre le pervers narcissique et la personne-objet de son emprise, l’autodépréciation de la victime de manipulation va de pair avec le dénigrement qu’elle subit la part de son bourreau. Déceler les mécanismes qui poussent à se dévaloriser, c’est un premier pas vers l’affranchissement salutaire. Étudions ce phénomène du rabaissement de soi pour mieux le comprendre.

D’où vient la dévalorisation de soi ?

L’autodévalorisation est en réalité un problème de confiance en soi. Elle se traduit par des phrases et des pensées rabaissantes qui portent atteinte à sa propre personne ou à ses compétences. Le sujet se qualifie par des adjectifs durs emprunts de jugement de valeur, entre le “trop” et le “pas assez”. “Je suis nulle”, “Je n’y arriverai pas seule”, “Je suis trop vieille / grosse / stupide / maladroite” sont des phrases récurrentes dans la bouche des personnes souffrant d’hyponarcissisme. L’origine de ce mal-être est, le plus souvent, très ancienne.

Bourreau et victime ont un point commun : la blessure affective

À la base, le manipulateur pervers et sa victime partagent un même fardeau, hérité du passé : la faille narcissique. Celle-ci prend sa source dans le sentiment de manque d’amour qui abîme la perception que l’on a de soi-même et instaure une insécurité éprouvée. Le sujet en déficience narcissique cherche alors constamment des moyens de réassurance sur sa valeur et donc, des preuves qu’il est digne d’être aimé. Cette mauvaise estime de soi prédispose à la dépendance affective (dont se nourrit le PN) ou bien, dans les cas les plus graves, au recours chronique à la manipulation perverse.

Deux façons de gérer la faille narcissique : la réparer ou l’agrandir

Dans le cas du prédateur affectif, la brèche sentimentale est si grande qu’il peut seulement la supporter par l’impression de puissance procurée par la destruction de l’autre. C’est pour cela qu’on parle de “vampiriser sa proie”. Celle-ci est considérée comme un objet aidant son utilisateur à parvenir à satisfaction : la réhabilitation momentanée de son narcissisme défaillant. Pour la victime manipulée, si elle se trouve sous l’emprise de la personnalité machiavélique, c’est bien souvent parce que son narcissisme a, lui aussi été atteint  à un stade précoce de son développement. En général, ces jalons se posent durant la petite enfance, par une figure parentale dépréciatrice, toxique ou dans l’autoflagellation, et évoluent selon les diverses expériences psychiques, corporelles et relationnelles vécues. Mais les techniques de soumission utilisées par les pervers manipulateurs sont des agressions répétées envers l’identité-même de sa proie, ayant pour effet d’endommager davantage et sans relâche l’image déjà dégradée qu’elle a d’elle-même. Ainsi, privée de repères et assaillie par le doute permanent sur les fondements de sa propre valeur identitaire, elle finit par participer, elle aussi, à sa dévalorisation. La blessure narcissique ne fait que s’agrandir, ce qui rapproche le PN de son but : l’anéantissement de sa victime.

Finalement, la différence entre les deux profils défaillants narcissiques pris dans un cercle vicieux réside dans l’action de nuire soit à autrui (pour le PN), soit à soi-même (pour la victime).

Que cache la dépréciation de soi ?

En vérité, il existe plusieurs manières d’interpréter les manifestations verbales (ou non verbales) dévalorisantes d’un manque d’estime de soi. Souvent taxés à tort de masochisme ou de faiblesse de caractère, les sujets enclins à la dépréciation d’eux-mêmes sont mal perçus par l’entourage, ce qui ne fait qu’amplifier le phénomène d’autodénigrement.

L’appel à la réassurance

Derrière la complainte et les phrases assassines que l’hyponarcissique s’inflige, il y a surtout une demande de réconfort. Le plus souvent, il faut voir au-delà du postulat “Je ne suis pas assez bien”, un désir profond d’être contredit. La victime du pervers narcissique espère créer chez son bourreau un instinct parental protecteur qui viendrait apaiser cette “crise”, sous-tendant un état dépressif. Seulement, ce réflexe altruiste n’existe pas chez le manipulateur affectif totalement dépourvu d’empathie. Il y verra, au contraire, l’occasion rêvée de rabaisser une fois de plus sa proie dans un moment de fragilité émotionnelle. Ainsi, se dévaloriser face à son tortionnaire psychologique, c’est se mettre encore plus en danger.

Le choix d’exister malgré tout

De manière plus subtile, il arrive que l’autodévalorisation cache un soubresaut d’affirmation de soi. Aussi désespéré que cela puisse paraître, c’est assumer le choix d’être “nul” plutôt que de n’être “rien”. En somme, il s’agit là d’une protection contre l’indifférence, parfois vécue comme encore plus douloureuse que la violence elle-même.
C’est aussi, chez les victimes de PN, une façon de s’approprier leur dénigrement. Elles le font elles-mêmes, pour ne pas avoir à l’endurer de la part de leur bourreau. Cette étape, dans un processus qui s’apparente à une escalade vers l’autodisparition du moi (ou le narcissisme négatif, selon le psychiatre et psychanalyste français André Green), semble évidemment inquiétante. Pourtant, elle peut révéler en réalité un signe défensif positif indiquant une volonté de se révolter contre la tyrannie subie.

Le désengagement dans la dévalorisation

L’autodépréciation envoie des signaux incontestablement négatifs et vise le plus souvent à provoquer une réaction d’opposition. Mais il arrive que l’effet recherché relève purement et simplement d’une déresponsabilisation. Pourquoi se démener, puisque tout ce que l’on entreprend est voué à l’échec ? Ce positionnement révèle finalement une demande masquée de prise en charge, comme si avouer sa propre incapacité autorisait le sujet à se désengager de ses responsabilités, le maintenant dans la victimisation. Si cela peut sembler confortable de prime abord, c’est un mécanisme défensif inquiétant chez les personnes sous le joug d’un PN. En effet, ce détachement sous-tend une sorte de renoncement à soi-même et, par extension, une perte de sens de la vie, signe que la dépression est probablement en train de s’aggraver et qu’il est urgent de se faire aider.

Comment sortir du cercle vicieux de l’auto-dévalorisation ?

Nous avons vu que la dévalorisation de soi face à un pervers narcissique ne faisait qu’alimenter son projet global de vider la victime de sa joie de vivre. Mais même si ce sentiment négatif qu’une personne peut avoir à sa propre encontre est exprimé à un tiers bienveillant, ce ne sera pas une solution.

La revalorisation de soi vient de l’intérieur

Bien sûr, quiconque pourvu d’un minimum d’empathie essayera de redorer le blason du plaintif, mais son soulagement ne sera que temporaire. En effet, l’estime de soi est une quête personnelle et intérieure qui apportera des résultats durables d’autant plus qu’elle se fera avec l’accompagnement d’un thérapeute professionnel.

Pour la victime de pervers narcissique, la reconquête de la confiance en soi ne pourra s’opérer qu’une fois le joug du manipulateur définitivement aboli. Ce sera un élément de reconstruction crucial qui garantira de futures relations de couple plus saines et épanouissantes. C’est pourquoi il est important de s’y consacrer pleinement.

Rééduquer ses pensées vers le positif

Casser les schémas négatifs de pensée pour générer un cercle vertueux vers la valorisation de soi passe par des étapes simples. Elles mettent pourtant un certain temps à être intégrées, surtout chez les personnes présentant un syndrome de stress post-traumatique (PTSD) après leur rupture avec un PN.

Il s’agit de réapprendre à être honnête et cohérent avec soi-même et avec les autres. Pour cela, il faut :

  • exprimer ses idées et ses envies de façon intelligible, sans crainte de leur interprétation ;
  • bannir les non-dits, surtout s’ils relèvent de la peur du conflit ;
  • reconnaitre les autres pour ce qu’ils sont (leur valeur, leurs opinions) et non pour ce que l’on projette sur eux ;
  • respecter la place de chacun dans la relation, sans en faire un enjeu de pouvoir ou de domination.

Si la dévalorisation est un élément clé de l’entreprise destructrice du PN sur sa victime, elle n’en reste pas moins une affaire purement personnelle. Elle part d’une souffrance affective et se résout par une reprise de confiance en soi. Pour mener à bien cette transformation salvatrice, il faut se défaire des influences extérieures néfastes et s’entourer de personnes bienveillantes. Pour cela, rien de mieux qu’un professionnel spécialiste des pervers narcissiques qui saura prendre la victime en charge et la remettre sur la voie d’une vie meilleure.

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