L’isolement

sequestration-psychologique

La séquestration psychologique ou l’isolement de la victime, est une étape essentielle dans un processus de mise sous emprise. Elle revêt un caractère stratégique et reste l’indice qu’un pallier de plus se franchit dans la manipulation. Car c’est en la coupant de toutes ses bases, qu’un manipulateur narcissique s’arroge les pleins pouvoirs dans la vie de sa victime.

Isolement et manipulation en psychologie

 En organisant la séquestration psychologique de sa victime, le pervers narcissique en fait sa chose. « Elle est à moi, rien qu’à moi » pourrait-il dire, comme un jeune enfant pourrait le faire à propos de l’un de ses joujoux ! D’où le parallèle psychanalytique avec le syndrome de toute-puissance où, livré à lui-même, l’enfant s’octroie les pleins pouvoirs sur le monde.
À son instar, l’adulte pervers narcissique se croira tout permis avec sa victime et lui dictera sa loi. Ici, l’enfant et l’adulte fantasment une réalité où les objets leur appartiennent et où tous les droits sur eux leur sont permis. La victime est donc un objet qui n’aura pas dépassé le concept de jouet chez le pervers narcissique, qui ne la reconnaît pas comme personne.

Séquestration psychologique et emprise

 La séquestration psychologique de la victime intervient lors d’une phase précise du mode opératoire pervers. Elle se joue au moment de l’envahissement de la vie de la victime, qui intervient après la phase de séduction, lorsque la dépendance affective est installée, et avant la phase finale de destruction. Il s’agit donc d’un moment clé, d’un moment charnière, où l’emprise psychologique va fortement s’intensifier. Elle est nécessaire à son agresseur à plus d’un titre :

  • elle le rassure que personne ne lui ravira la proie avant la phase finale de destruction, un peu à l’image des grands fauves dans la jungle qui se cachent pour festoyer ;
  • pour jouir de l’impunité et du secret d’une vie conjugale pour perpétrer ses agissements : insultes, sévices psychologiques, maltraitances…
  • et pour que personne ne découvre sa nature violente et ne jette à bat le masque qu’il porte en société.

Pour être efficace, la séquestration psychologique s’organise en 2 volets. Il s’agit d’annexer la victime sur le terrain de sa vie physique (confinement, éloignement) et sur le terrain de son individualité en la clivant des autres. Pour cela, le pervers agira simultanément sur son environnement (en provoquant un déménagement, en l’invitant à quitter son travail ou à arrêter des études) et sur son entourage en commençant à se débarrasser discrètement de ceux qui l’encombrent.

Lorsqu’il isole physiquement sa victime, ce n’est donc pas sans exercer parallèlement sur elle un redoublement de violences psychologiques afin d’accentuer sa domination  au sein du couple. La séquestration psychologique s’article pour cela aux autres techniques de manipulation que nous avons déjà exposées sur ce site : dénigrement, identification projective et verrouillage psychologique. La perte d’estime de soi, de valeurs personnelles et de discernement qui résultant de ce harcèlement et des violences répétées vont pétrifier la victime, la priver de toute réaction salutaire, de manière à ce que le piège se referme sur elle incognito.

Comment s’organise l’isolement

Un pervers narcissique ne peut soustraire une victime à toute vie sociale et à l’attachement des siens du jour au lendemain. Comme dans toute manipulation, la séquestration psychologique est planifiée sur le long terme et aura extérieurement, toutes les apparences de la normalité.

Sur le plan spatial et temporel

Le pervers narcissique ne va pas chercher à isoler sa proie avant d’avoir pris soin de la séduire. De là, il lui sera facile de l’entraîner dans une vie de couple où il pourra s’octroyer les pleins pouvoirs. C’est donc au moment de l’installation d’une vie commune que s’orchestre habilement l’isolement d’une victime. Il s’agira de la couper de son environnement familier, mais aussi de la priver de toute ressource personnelle qui favorisait auparavant son indépendance ou son épanouissement. Cela passe souvent par l’abandon de certaines habitudes, de certains loisirs, et par la privation de toute autonomie financière. Il va s’agir souvent de l’inviter à se tourner vers son foyer pour s’occuper de son conjoint et de sa future progéniture. Et les victimes n’y trouvent rien à redire, car cela leur est présenté comme le besoin de les protéger, dans le souci de leur bonheur à elles…

Sur le plan de l’entourage

Rapidement, le pervers narcissique qui isole sa victime va redessiner les contours du cercle social du couple. Il s’agira pour lui de ne garder que ceux qui lui seront utiles et d’éliminer les autres. Quels sont les premiers ? Tous ceux qu’il peut séduire, notamment la famille. Pour ceux-là, il emploie peu ou prou les mêmes moyens qu’il a employés avec la victime : il cerne leurs failles afin de devenir pour eux l’élu, celui qui comblera leurs manques profonds. Pour cela, il ne sera pas avare de cadeaux et d’attentions, ce qui lui permet souvent de conquérir sans problème le cœur de chacun. Le résultat de ce charmant tableau est désastreux pour la victime qui ne pourra parler de la maltraitance psychologique et des violences subies aux siens. Personne, en effet, n’arrivera à la croire, et ira même souvent jusqu’à penser, que le problème est de son côté.

Les amis ou proches collègues par contre, poseront des problèmes au manipulateur. Plus difficiles à cerner que la famille, et peut-être plus perspicaces dans bien des cas, ils sont souvent dans son viseur. Mais il sait très bien jouer sur l’intimidation et manipuler sa victime pour les éloigner, notamment par le chantage affectif et en s’érigeant en sacro-sainte victime :
« Je ne veux plus aller dîner chez tes amis. Tu as vu comment ils me traitent ? Ils n’arrêtent pas de me juger alors qu’ils ne me connaissent pas. J’ai bien vu qu’ils ne m’aimaient alors que je ne leur ai rien fait ! »
Si cela n’est pas suffisant, il exerce d’autres pression psychologiques, telles que  menacer «  c’est eux ou moi », ou orchestrer des complots et des brouilles, à coups de mensonges éhontés qui exploiteront finement les faiblesses et les susceptibilités de chacun.

Au final, la victime se retrouve seule, Elle vit dans la réclusion au domicile conjugal, où elle s’isole elle-même. Privée des autres, elle s’enferme dans un silence coupable. Toutefois, cette mise-à-pied lui permet d’éviter les jugements désapprobateurs de ses proches sur sa difficulté à gérer cette relation infernale. Elle met aussi un mouchoir sur un dilemme impossible : lui ou eux.

Lire aussi : le pervers anrcissique, un animal social : https://www.pervers-narcissique.com/pervers-narcissique-un-animal-social/

et guide de survie face au PN : https://www.pervers-narcissique.com/guide-de-survie-en-terrain-pervers-narcissique/

Pascal Couderc

Psychanalyste, psychologue clinicien Montpellier et Paris et en téléconsultation pour les francophones partout en France et dans le monde.

Pascal Couderc en visio consultation

 

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