Le renversement

 

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L’identification projective du pervers narcissique, c’est ce petit jeu qu’il joue pour inverser les rôles, soit s’attribuer le rôle de la victime en renversant les tords sur son partenaire, qu’il accuse d’être son bourreau. Pour effrayant qu’il soit, ce mode de fonctionnement est identifié en psychologie comme un mode de défense psychique émanant d’une personnalité pathologique.

L’identification projective en psychanalyse

 L’identification projective du pervers narcissique est à l’œuvre chaque fois qu’il opère des retournements de vérité. C’est un procédé psychanalytique dans lequel on parle d’identification, puisque c’est la personne propre qui est projetée sur l’autre et de projection puisqu’il s’agit du rejet à l’extérieur de ce que l’individu refuse en lui, la projection du mauvais.
Pourquoi faire cela ? Parce que contenir sa souffrance en soi est insupportable, alors je m’en échappe en la jetant au visage d’autrui. Comme l’explique la psychanalyste Chantal Wagner : « Organisé sous un mode narcissique déficitaire, le Moi pervers lutte contre une menace d’effondrement via les procédés du déni et de l’expulsion projective de ses rejetons psychiques les plus toxiques. »

Ce qui se cache derrière tout cela, c’est qu’il est impossible au manipulateur narcissique de voir en lui la moindre faiblesse qui porterait atteinte à son narcissisme : cela lui fait vivre un enfer. Dès lors, la relation fusionnelle où il va pouvoir exporter chez l’autre toutes ses pulsions indésirables lui est indispensable. S’il souhaite ne « faire qu’un » avec sa victime, c’est pour une bonne raison : il sera la meilleure partie du tout, et l’autre sera la mauvaise, la fautive.

L’autre devient la poubelle psychique du pervers.

L’identification projective fait partie de ce que l’on nomme les mécanismes de défense du pervers. Elle puise sa source dans son manque d’altérité et dans un certain sentiment de persécution. C’est un mécanisme psychique courant que l’on retrouve dans certains types d’organisations marqués par la paranoïa : les sectes ou les familles toxiques, où l’on crée un « enfant symptôme » que l’on charge de devenir fou à la place des autres.

Le renversement de la souffrance dans la manipulation perverse

 Tous les maux dont les pervers narcissiques abreuvent en permanence leurs victimes ne sont donc que les fruits d’identifications projectives. En rejetant sur l’autre leur agressivité, ils font souffrir au lieu de souffrir et se dédouanent au passage de leurs responsabilités. Ils peuvent alors se faire passer pour de blanches colombes et se draper dans leur dignité outragée. Ils crient qu’on les exploite, qu’ils servent de bouc-émissaires, se plaignent d’être manipulés, incompris, maltraités… Dans la réalité du quotidien, les propos suivants s’observent couramment :

« J’en ai assez d’être l’objet de tes sauts d’humeur » ;

« C’est toujours moi le responsable de tout dans cette maison » ;

« C’est moi qui fais toujours tout mal » ;

« Tu ne fais jamais l’effort de me comprendre » ;

« Tu ne fais que de me mentir, je le sais bien ».

Identification projective du pervers narcissique

 Pour mieux comprendre le phénomène, on peut voir le pervers narcissique comme un grand projectionniste qui a besoin de vivre dans l’apparence de son propre reflet. Sa victime est donc choisie au départ comme objet d’élection narcissique qui ne compte à ses yeux qu’en tant que tel.
Elle sera pour lui le prolongement de sa propre image et servira à donner vie à celle-ci. Or, il a besoin pour cela de victimes qu’il envie pour leur vitalité « saine »,  celles avec qui inverser les rôles lui promet un gain de narcissisme intéressant. Tout se passe comme si, à travers le reflet

faussé de l’identification projective, écraser son partenaire prend valeur pour lui d’un rachat de virginité.

L’identification projective est certainement pour cela indispensable au manipulateur du point de vue de son « alimentation « narcissique », lui permettant de se sentir, l’espace de l’instant où elle intervient, l’égal de cette victime qu’il envie et hait à la fois.

On parle de façonnage pervers de la victime, au sens où le pervers manipulateur a besoin de lui nier toutes ses spécificités propres pour la façonner sur son propre psychisme et faire d’elle son objet. L’étape suivante sera son contrôle, afin de pouvoir l’exploiter entièrement à son seul bénéfice narcissique.

Projection et manipulation mentale

L’identification projective chez le pervers narcissique a pour conséquence une communication clivée axée autour du système : « C’est pas moi, c’est l’autre ». Ce renversement de valeurs est déstabilisant et vise à instaurer la culpabilité chez les victimes. La confusion mentale est à son comble quand le manipulateur va manipuler la parole à son profit, multiplier les mensonges, les injonctions paradoxales et les invraisemblances. En expulsant sa dépression et les conflits internes qu’il tente d’esquiver, le pervers narcissique instaure une communication qui rend les autres fous.

Cette manipulation est d’autant plus dangereuse qu’elle n’est pas massive au départ, mais prend forme par petites touches dans la relation pour devenir progressivement une habitude.
Ce qui s’opère, c’est le transfert du mode de pensée du pervers à sa victime. Il tente de lui faire perdre pied progressivement en faussant ses repères par des renversements de valeurs continuels.

Les victimes qui succombent sont peu à peu privées de leurs facultés psychiques : discernement, capacités de réaction, sens critique…. Tout ce qui faisait la force de leur personnalité s’émousse. Petit à petit, elles s’effacent au profit du pervers pour échapper aux conflits intérieurs qu’il fait naître en elles. Difficile, en effet, d’accepter décemment le système de valeurs qu’il leur propose, sans déroger à leurs propres valeurs. La confusion qui en résulte aboutit à une véritable violence psychologique qui peut mener à des comportements pathologiques et à de gros troubles psychiques comme la dépression ou le suicide.

L’identification projective est donc chez le pervers narcissique, une technique de manipulation destinée à posséder entièrement sa victime en faisant d’elle ce qu’elle n’est pas : son propre reflet. Pour effrayante qu’elle soit, elle a le mérite de mettre en lumière le vrai mode relationnel destructeur du manipulateur narcissique. Pour employer une métaphore physique, il est comparable à une force non consciente, mais orientée pour absorber la conscience d’autrui, comme un vaste trou noir qui absorberait les étoiles avoisinantes. La seule solution est de partir le plus loin possible et de couper toute attache.

A lire aussi : le mensonge dans la perversion narcissique : https://www.pervers-narcissique.com/le-pervers-narcissique/les-techniques-de-manipulation/le-mensonge

et la culpabilisation.

 

 

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