La culpabilisation

 

culpabilisation

La culpabilisation fait certainement partie des techniques de manipulation les plus redoutées du pervers narcissique, car elle crée un conflit douloureux au cœur même du psychisme de la victime. Elle s’installe sous forme d’une véritable pollution émotionnelle qui « ronge » de l’intérieur et consume jusqu’à la dépression.

Rendre l’autre coupable

La culpabilité est définie par la Psychanalyse comme un état affectif provoqué par un acte que la personne juge intolérable ou comme un sentiment diffus d’indignité. Autrement dit : « Je me sens coupable, car j’ai mal agi » ou « Je me sens coupable d’être une mauvaise personne, indépendamment de ce que j’ai pu faire ». Elle puise ses racines dans l’enfance, lorsque l’on demande à l’individu d’endosser de lourds déterminismes, responsabilités ou autres charges émotionnelles héritées des autres (famille, parents, groupe social…). La culpabilité peut empoisonner la vie psychique d’un individu bien avant que son chemin ne croise celui d’une personnalité narcissique.

La culpabilisation est une utilisation de la culpabilité par les manipulateurs, faisant d’elle une arme psychologique redoutable pour maintenir une victime sous leur emprise. Elle s’appuie sur les failles narcissiques de leur proie, soient sur les blessures psychiques du passé qui lui font toujours ressentir de la culpabilité.
La culpabilisation consiste à faire rejaillir cette culpabilité à chaque occasion et à chaque instant que cela est possible. Elle détruit peu à peu l’estime de soi de la victime et l’amène à créditer l’image négative d’elle-même créée de toute pièce par son bourreau.

Culpabilisation et perversion narcissique

La culpabilisation est une forme de manipulation mentale toujours à l’œuvre dans les relations toxiques. Ce mécanisme pervers est utile aux manipulateurs pour entretenir leur image grandiose d’eux-mêmes, en déviant systématiquement toutes leurs imperfections sur la personne du partenaire. Se sentir coupable est, en effet, totalement insupportable à leurs yeux, car cela vient contrarier l’idée triomphante qu’ils alimentent quant à leur perfection. Et cette idée est nécessaire à leur fonctionnement psychique.
Dès lors, la culpabilisation de l’autre répond pour eux à la stratégie du bouc émissaire, ce qui fait dire à toute personne manipulée que son partenaire pervers ne lui reproche que ce qu’il fait, ou ce qu’il est précisément lui-même !
Les personnes manipulées se retrouvent ainsi rapidement accablées de tous les maux de la terre, la culpabilisation virant au harcèlement moral. Rien n’est jamais assez beau, assez parfait, assez brillant pour l’homme ou la femme perverse narcissique. Cette responsabilité d’imperfection, c’est l’autre qui doit la porter pour que lui ou elle puisse se sentir fort. Le besoin de détruire est au cœur même de cette logique perverse, car l’être manipulateur fera toujours endosser à l’autre, non seulement ses faiblesses, mais aussi la responsabilité de la violence que cela génère en lui :

«  Je ne voulais pas te frapper, mais tu vois bien, c’est toi qui m’y pousse à chaque fois… »

« Tu dis que je ne t’écoute pas, que je ne t’accorde pas d’attention, mais c’est de ta faute, c’est parce que ce que tu dis n’est pas intéressant ».

« Tu me reproches de ne jamais te dire des mots d’amour, mais c’est de ta faute, car tu ne fais rien pour ça ! ».

« Si je ne veux pas d’enfant avec toi, c’est de ta faute, c’est parce que tu ne ferais pas une bonne mère. Tu ne t’occupes déjà pas très bien de moi alors, qu’est-ce que cela donnerait avec des enfants ! ».

La culpabilisation dans la perversion narcissique est donc du grand art, car introduite au départ par la séduction et le chantage affectif, elle semble innocente. Elle relève pourtant d’une technique de manipulation agressive ayant comme finalité l’emprise.

 

sortir-de-la-culpabilité

L’installation de la culpabilité et l’emprise

La culpabilisation relève d’une véritable stratégie qui rentre dans la manière dont les pervers narcissiques orchestrent une emprise psychologique. Inconsciemment, le but est de littéralement vampiriser leurs victimes, psychologiquement parlant, afin de les déstabiliser complétement.

On peut parler d’un jeu pervers, avec au départ une phase d’observation qui consiste pour le pervers manipulateur à se tenir aux aguets des moindres erreurs, faiblesses ou fatigues chez sa proie. Le but étant de la faire culpabiliser systématiquement, et le plus possible, pour que le malaise s’installe chez elle de façon diffuse et de plus en plus prononcée. Cela fonctionne quand, sans cesse prises en faute, les victimes en viennent à se questionner, à douter, à croire que sur certains points, l’autre a peut-être raison. En fait, le pervers narcissique devient omniprésent dans leur esprit et minées par la culpabilité, elles cèdent ensuite à la dévalorisation.

Pourtant, lorsqu’elles cèdent à ces sirènes, elles ont beaucoup à perdre, car la dépression va venir s’installer sur le terrain de la culpabilité.  Ayant dû enterrer leur amour propre et abdiquer toute estime d’elles-mêmes, elles se retrouvent au final vidées, anéanties, privées des ressources intérieures que confère une bonne estime de soi.

Sortir de la culpabilité

La culpabilité est l’un des sentiments les plus difficiles à vivre et dont tout le monde éprouve le besoin de se débarrasser sitôt qu’il l’éprouve. L’individu est divisé entre ce qu’il ressent et le fait de refuser ce ressenti, ce qui explique que la situation devient rapidement intenable sur le plan psychologique.
Les propos des victimes d’une culpabilisation tiennent souvent du repentir, en se reprochant encore, après coup, d’avoir fait ce qu’elles ne pouvaient s’empêcher de faire : « c’est de ma faute », « je m’en veux de m’être laissée faire »…

Il n’est pas conseillé de garder en soi de la culpabilité, car ce sentiment « travaille » en profondeur et peut mener à s’autodétruire. Il doit au contraire être exhumé pour comprendre ce qui se joue à travers cet affect et les comportements qu’il génère dans notre entourage. Ceci pour clarifier et rééquilibrer nos relations avec les autres, en leur donnant le sens que l’on souhaite, et non celui imposé par des schémas psychologiques pesants et délégués par autrui par le passé. Ce travail sur soi s’effectue en thérapie, lorsque l’on se sent envahi par ce sentiment toxique, notamment lors d’une relation amoureuse avec un être manipulateur.

 

 

 

 

 

 

error: Contenu protégé !!
commodo consequat. sem, felis tristique luctus odio quis, elit.