Comme nous l’avons montré dans la première partie de cet ouvrage, les femmes manipulent beaucoup, à l’intérieur du couple, quel que soit le modèle sur lequel celui-ci est construit. Certaines épouses ou compagnes se plaisent à affirmer leur forte personnalité, à dominer leur conjoint et la famille tout entière. Mais elles ne vont pas jusqu’à détruire leur compagnon. Même lorsqu’elles dominent beaucoup et écrasent sa personnalité, l’homme ne ressent pas la souffrance engendrée par les agissements du pervers narcissique.
Vous vous posez des questions sur votre situation ?
Faites le test pour identifier si vous êtes victime d’un pervers narcissique
Faire le test maintenantLe personnage
Vu de l’extérieur, que du bonheur ?
Par exemple, l’homme garde généralement un terrain d’échappatoire sur lequel sa compagne n’aura aucune emprise, telle une activité extérieure, sportive ou non, son travail (il est très rare qu’une femme induise son conjoint à le quitter), ou il fait tout simplement la sourde oreille, il ignore. Quant à la violence physique, il existe beaucoup moins d’hommes battus que de femmes…
Toutefois, la question de savoir exactement pourquoi le pervers narcissique est plus souvent un homme est intéressante, car la perversion « hors sexe » existe aussi chez la femme, bien qu’elle soit beaucoup plus rare…
La force physique normalement supérieure de l’homme et son statut social ne suffisent pas à l’expliquer. Il semble que la source de ce type de personnalité réside dans le complexe d’Œdipe. Le petit garçon, « épris » de sa mère, souhaite prendre la place du père. Pour que l’enfant dépasse ce stade, le père doit « inter-dire » à l’enfant, soit « dire en s’interposant » entre la mère et l’enfant. L’homme doit « dire la loi », en se positionnant comme un tiers, interdire sa femme, la mère de l’enfant (et, par conséquent, « autoriser » toutes les autres femmes). Si cette interdiction n’est pas prononcée, une grande confusion s’installe chez l’enfant, source d’angoisse intense. Or le mécanisme de défense qui se met en place est celui du déni… que l’on retrouve chez le pervers narcissique sous la forme du déni de l’autre, qui « n’existe » pas. Mais la construction d’une telle personnalité, peu connue à ce jour, dépend probablement aussi d’autres facteurs.
Le prince charmant
Quoi qu’il en soit, l’homme pervers narcissique est, vu de l’extérieur, tout à fait respectable et recommandable : le gendre idéal, le mari rêvé… Plutôt bien intégré socialement, le pervers narcissique n’apparaît pas forcément, au premier abord, comme un égocentré et encore moins comme un pervers. Il peut parfois paraître arrogant, mais pas toujours. Son comportement social, au-delà de l’approche d’une éventuelle proie, est absolument normal. Il est même plutôt brillant. Il sait faire patte de velours, pour séduire la femme sur laquelle il a jeté son dévolu d’abord, et les personnes de son entourage ensuite… Il vient à l’idée un avertissement utile à celles qui se font approcher par lui : Attention, homme parfait !
Jacques et Nathalie se sont connus à leur travail. Jacques occupe un poste de cadre commercial dans une grande entreprise. Nathalie était la secrétaire trilingue du directeur du département.
« Nous nous sommes rencontrés dans les couloirs, dit Nathalie. Le regard de Jacques m’a tout de suite « accroché », dès les premières fois où je l’ai croisé. Il disait bonjour et me souriait, mais il y avait bien plus que de la gaieté ou de l’empathie dans ses yeux. J’avais l’impression d’être scrutée, dévoilée, envahie… sans que cela soit désagréable, au contraire. C’était un regard perçant mais enveloppant, comme une caresse appuyée. Un jour, quelques semaines après son arrivée dans notre bureau, il s’est arrêté près de moi et m’a parlé. Sa voix a un timbre extraordinaire, doux et fort, un peu rauque. En vérité, j’attendais cet instant avec impatience. Je me demandais pourquoi il me souriait avec tant d’insistance, sans jamais se résoudre à m’adresser la parole. Moi, je n’osais pas faire le premier pas. Je le rencontrais de plus en plus souvent, « par hasard », à la cafétéria ou au détour d’un couloir. Il m’arrivait d’essayer de provoquer ces rencontres, car j’avais très envie de lier connaissance avec lui. J’avais questionné discrètement ses collègues, que je connais depuis que je travaille ici, et l’on m’avait dit beaucoup de bien de lui : très dynamique, efficace, plein d’initiative, diplômé à faire pâlir d’envie tout l’étage, et qui plus est, sympathique et serviable… bref, j’étais séduite avant l’heure et, lorsqu’il s’est adressé à moi avec sa voix de velours, j’ai immédiatement été très sensible à son approche. Il n’est pas vraiment beau, pas dans le sens où on l’entend… son visage est anguleux, son menton volontaire, ses traits un peu marqués, mais il a un charme fou – et des dents parfaites, si blanches ! »
La séduction du pervers narcissique
Le pervers narcissique sait se faire aimer, lorsqu’il le veut. Il est capable, dans sa « procédure » de séduction, de paraître exactement ce qu’il n’est pas. En cela, il diffère totalement des caractères égocentriques courants, qui, non seulement n’éprouvent pas le besoin de faire plaisir à autrui et ne sont capables d’aucune empathie, mais de surcroît ne savent pas dissimuler leur sale caractère. On dit du PN que c’est un séducteur. Mais sa séduction se manifeste par une galanterie et une attention de tous les instants, un véritable love bombing qui fait fondre le cœur de celle qui en fait l’objet.
« Il m’a invitée à dîner. Je me souviens du premier restaurant, un italien à la mode. C’était la meilleure table. Il connaissait le patron : il m’a expliqué qu’il avait ses habitudes à cet endroit, et le maître d’hôtel, qu’il a appelé par son prénom, m’a gratifiée d’une révérence. Il m’a dit qu’il ne savait pas que le « patron » avait une aussi jolie petite femme… Ce fut une excellente soirée. Jacques m’a tout de suite mise à l’aise avec son charme extraordinaire. Il a parlé de lui et posé beaucoup de questions sur moi. Pas des questions inquisitoires ou embarrassantes, plutôt des questions amicales. Des vraies questions, j’avais l’impression qu’il s’intéressait vraiment à moi, pas seulement pour faire la conversation, comme c’est souvent le cas au premier rendez-vous. Il m’a écoutée vraiment. »
C’est une attitude typique de cette phase de séduction que constitue la lune de miel avec un pervers narcissique. Celle-ci peut précéder l’engagement ou, comme dans ce cas particulier, l’accompagner. En effet, Jacques va demeurer « parfait » durant les premiers temps de sa relation avec Nathalie. Le « parfait » qu’on lui attribue relève de sa capacité à adopter exactement le comportement que sa victime attend. Comme nous avons commencé à le montrer, le pervers narcissique est l’archétype de l’homme attentionné, qui est aux petits soins pour sa compagne et paraît totalement investi dans cette relation nouvelle. Tout le monde rêve d’un tel amant, d’un tel conjoint. Rien de bien anormal jusque-là… car il existe de nombreux couples dont l’un ou les deux éléments sont très investis dans la relation. Cela n’en fait pas des pervers narcissiques.
Le changement progressif
C’est la suite de l’histoire qui prend un caractère « anormal ». Jacques va, peu à peu, changer d’attitude. Dans un premier temps, il cessera de se montrer aussi « parfait », et cette perfection, qui l’a fait adorer par Nathalie, deviendra intermittente. Moments « d’absence », sautes d’humeur, petites remarques négatives ou embarrassantes… c’est la fameuse technique du chaud et du froid. Les techniques de manipulation vont progressivement s’installer.
« Nous nous sommes revus plusieurs fois et, vous le devinez, nous sommes tombés amoureux. Enfin, je suis tombée amoureuse de lui. Pour lui, je n’en sais plus rien. Au début, je croyais que c’était réciproque, et ça s’est assez bien passé durant trois ans, jusqu’à ce que nous décidions de vivre ensemble. Trois ans pendant lesquels je l’ai trouvé idéal. Je me disais qu’il y avait donc des hommes avec qui l’amour dure, du moins je l’espérais… Bien sûr, nous nous sommes disputés parfois, comme tout le monde. Il devenait assez irritable, quand il rentrait du travail. Je le comprenais parfaitement : il est dans un milieu très concurrentiel. Il m’en a parlé souvent : de ses succès et de ses déboires au bureau, où il n’était pas toujours en odeur de sainteté… Mais je le croyais surtout victime d’incompréhension ou de jalousie. Puis, nous avons fait le grand pas : vivre ensemble. Le départ n’a pas été simple, car Jacques n’aime pas la médiocrité. Il voulait qu’on loue un appartement de standing. C’est ce que nous avons fait. Moi, cela m’était un peu égal. »
Il est à noter que Jacques est attentif à la façade sociale du couple. Il souhaite montrer à l’extérieur, à la société dans laquelle il évolue, une image parfaite. On trouve souvent ce trait de caractère chez les pervers narcissiques, soucieux de véhiculer une parfaite image d’eux-mêmes et de ce qui les entoure. Cette quête de perfection extérieure contraste avec ce qui va se passer à l’intérieur du foyer.
« Les premiers mois de vie commune étaient merveilleux. Nous avons beaucoup voyagé (il adore les voyages, et moi j’aime le suivre). Nous avons beaucoup reçu. Nous sortions souvent et nous avons été très entourés. C’est un excellent cuisinier. Il nous préparait des petits plats de roi. Il vient d’un milieu cultivé, sa famille appartient à la haute bourgeoisie, et une partie de son éducation s’est faite aux États-Unis. Jacques est fin connaisseur de vins et il m’a appris beaucoup de choses à ce sujet. Par bien des côtés, cet homme est attachant. »
La révélation du vrai visage
Nathalie découvre, au fil des mois, que son compagnon n’est pas aussi parfait qu’elle le croyait. Peu à peu, l’amant idéal qu’il s’était montré révèle une autre face de sa personnalité. Ce n’est pas qu’il soit « moins bien » que ce qu’elle avait supposé ; elle découvre qu’il est fondamentalement différent de ce qu’il avait montré. Le décalage lui paraît immense. Elle ne comprend pas comment quelqu’un de si prévenant, attentionné et aimant peut se montrer tout à coup si froid et si cassant. Elle va chercher des excuses à ce comportement changeant, et ne sera pas capable, dans un premier temps, de le voir tel qu’il est.
« Il a commencé à se montrer déplaisant, peu à peu. J’avais l’impression, au début, qu’il était préoccupé, soucieux, et que quelque chose n’allait pas dans sa vie. C’est pourquoi je lui ai demandé s’il voulait en parler, ce qu’il a toujours refusé : pour lui, tout allait parfaitement. Lorsqu’il me parlait durement, ou qu’il me lançait un reproche, je cherchais à savoir ce qui n’allait pas. Il m’a alors fallu des mois de ce régime pour comprendre : ce qu’il me reprochait n’avait rien à voir avec l’objet du reproche. J’ai très longtemps essayé de m’améliorer, de faire les choses autrement, de lui faire plaisir… En vain. Il a toujours trouvé quelque chose à me reprocher. Et il l’a fait de plus en plus souvent. Au point que j’ai cru devenir folle. »
Ce phénomène s’appelle le gaslighting. C’est le début des microtraumatismes cumulatifs : des petites remarques, des critiques subtiles, des reproches constants qui, pris isolément, semblent anodins, mais qui s’accumulent jusqu’à détruire l’estime de soi de la victime. Ces attaques quotidiennes créent un traumatisme profond.
« Jacques a l’art de lancer des remarques acides très courtes, dans n’importe quelle situation, y compris devant du monde. Comme je mets un point d’honneur à demeurer discrète, il m’est difficile de répondre à ces remarques en public. Par exemple, au cours d’un repas, il peut dire : « Ce rouge ne te va pas du tout, tu n’as vraiment pas l’air à l’aise dedans. » Ou alors : « Quelle idée d’avoir choisi cette couleur, ça ne te va pas du tout. Tu n’as pas beaucoup de goût, décidément. » Maintenant, je remarque ces réflexions sournoises. Chacune d’entre elles est anodine et, si je réagis mal en présence de tiers, les gens me prennent pour une hystérique. Mais c’est vraiment pesant et difficile de supporter ces phrases quand elles reviennent tout le temps, sans arrêt, encore et encore… À la fin de la journée, le vase déborde. Je me sens pleine de haine. Avant, c’était pire : au lieu de détester Jacques quand il se conduisait de cette façon, je me sentais coupable, moi. Je me disais qu’il avait raison, que j’étais vraiment nulle. D’ailleurs, je peux l’avouer : je crois qu’il est pour quelque chose dans le fait que j’aie perdu mon poste… Je n’ai pas de preuves, ce n’est qu’une suspicion, mais elle grandit de plus en plus. Si c’était le cas, ce serait vraiment monstrueux : il aurait manigancé pour me faire perdre mon emploi ! »
📚 Approfondissez vos connaissances
Pour aller plus loin dans la compréhension du pervers narcissique et vous accompagner dans votre reconstruction, découvrez mes ressources complètes :
8 livres complets
Plus de 2000 pages d’analyses approfondies
La suite de notre série : L’assujettissement pervers – Épisode 13
🤝 Besoin d’un accompagnement personnalisé ?
Un thérapeute spécialisé peut vous aider à sortir de l’emprise et vous soutenir dans votre reconstruction.
Consultation personnalisée : Prenez rendez-vous pour une évaluation de votre situation et un accompagnement adapté.

