COACH ANTI PN : Arnaque ou solution efficace ?

Coach anti PN : Arnaque ou solution efficace ?

Plus de 30% des Français lisent au moins 1 livre de développement personnel par an et ils sont de plus en plus nombreux à se payer du coaching pour amener une amélioration sur certains aspects de leur vie. Toutefois, selon la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), 80% des coaches bien-être présentent des irrégularités. C’est pourquoi nous avons décidé de nous pencher sur le cas du coach anti PN. Questionnons ensemble la pertinence, l’efficacité, mais aussi la légitimité, voire la dangerosité de ces conseillers de vie qui espèrent qu’on leur confie notre santé mentale.

Qu’est-ce qu’un coach anti PN ?

Un coach anti PN est avant tout un coach en développement personnel. Ce titre non règlementé est également déclinable et personnalisable à l’envi. “Coach de vie”, “coach bonheur”, “coach bien-être”, “coach en épanouissement personnel” ou en “empouvoirement” (ou empowerment pour ceux qui aiment le côté accrocheur des sonorités anglo-saxonnes) sortent à peu près tous du même moule : l’absence de régulation du métier. Précisons que nous excluons de ce propos les coaches sportifs, dont le cadre est tout autre.

Ainsi, avec des programmes d’apprentissage rapides et relativement accessibles financièrement, l’activité de coaching a rendu possible un nombre incalculable de reconversions professionnelles pour tous ceux qui rêvaient de prodiguer leurs conseils tout en étant rémunéré à ce titre.

Quelle est la formation d’un coach ?

Le coaching en “dev perso” a le vent en poupe et comme toutes les mannes financières, il attire les opportunistes qui en font avant tout un produit marketing. Ainsi, il allie d’une part le grand public en besoin d’orientation professionnelle et d’autre part le business en ligne qui a fait de l’e-learning un eldorado de la formation. Vous trouverez donc pléthore d’offres d’organismes privés promettant un magnifique “certificat de validation des compétences” ou toute autre appellation d’allure sérieuse après 6 mois d’accès à leurs cours en ligne, pour la modique somme d’environ 3000 euros (pour les moins onéreux). Or, ce document n’a aucune valeur entérinée par l’État. Même lorsque les centres formateurs se targuent d’être “certifié Qualiopi”, “éligible au financement CPF (compte personnel de formation)”, ou “reconnu RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles)”, sachez que ce n’est pas le diplôme de coach qui est authentifié. C’est seulement la structure formatrice qui a effectué des démarches administratives en ce sens. Certes, cela gage d’un certain niveau de fiabilité quant au sérieux de l’école, mais cela s’arrête là. Rien ne garantit que les nouveaux conseillers détenteurs d’un tel certificat sont effectivement aptes à prendre en charge tous types de clients et sûrement pas ceux en situation de détresse psychologique comme les victimes de pervers narcissiques, mais nous y reviendrons.

Tous les coaches sont-ils des charlatans ?

Non, tous les coaches ne sont pas forcément des escrocs ou des imposteurs. Ce n’est pas parce que leur certificat ou les conditions d’admission à leur formation n’apportent pas de réel crédit à leur compétence qu’ils ne seront d’aucune utilité à leurs clients. Il existe certains domaines dans lesquels l’activité de coaching peut être extrêmement efficace comme dans le conseil en image, en organisation, en communication, en administration, en finances, etc. Dès lors que leurs champs d’intervention sont de l’ordre du tangible et que des techniques se prêtent bien à une atteinte de résultats mesurables ou observables, alors il est facile d’admettre les bienfaits du coaching.

Les vrais problèmes de légitimité surviennent dès lors que l’action du coaching n’est plus tellement balisée. C’est en général dans ce flou théorique que l’éthique est censée prendre le relai. Le code de déontologie des psychologues a, par exemple, un poids conséquent dans la façon de mener leur pratique. Mais qu’en est-il de ces coaches livrés à eux-mêmes, sans supervision et sans autorité supérieure à laquelle répondre en cas de souci ? Ils ne peuvent que s’en remettre à leurs valeurs propres. Quel est leur sens moral ? Qu’est-ce qui leur permet d’avoir du recul sur leur métier et leur manière de l’exercer ? Continuent-ils de se former ? Suivent-ils l’actualité scientifique pour se tenir à jour de leurs connaissances en psychologie ? C’est ce positionnement qui explique que certains coaches pseudo-psy pourront tout à fait surfer sur le flou juridique tout en apportant un réel bienfait à leurs clients. À l’inverse, d’autres se contenteront de véhiculer en toute impunité des techniques relevant davantage du marketing et des injonctions au bonheur et à l’action particulièrement culpabilisantes. Quel est le risque pour les personnes qu’ils prennent en charge ? Une augmentation de leur mal-être psychique pouvant les faire sombrer dans une grave dépression, sans compter la fragilisation de leurs finances, vu les prix exorbitants pratiqués par certains de ces coaches de vie.

Coach en psychologie positive, psychopraticien, psychologue, psychothérapeute, psychanalyste, psychiatre : quelles différences ?

Parmi toutes les professions qui s’appuient sur les concepts psychologiques pour apporter un mieux-être mental aux personnes en demande, il est difficile de faire le tri, mais voici de quoi clarifier les choses.

Les formations en psychologie reconnues par l’État

Seulement 3 titres sont reconnus à niveau national en France.

  1. Les psychologues, qui attestent d’une formation universitaire de 5 ans composée de 2 diplômes : la licence en psychologie et le master en psychologie. Sans cette mention systématique de la discipline, il est impossible d’obtenir le titre de psychologue en France.
  2. Les psychiatres, qui sont des médecins ayant effectué une spécialisation en psychiatrie afin de pouvoir s’occuper aussi des profils psychopathologiques. Ce sont les seuls professionnels de la santé mentale habilités à prescrire des médicaments tels que des antidépresseurs, anxiolytiques, etc.
  3. Les psychothérapeutes, qui sont des psychologues ou des psychiatres prenant en charge des patients dans le cadre de thérapies.

Toutefois, même si la protection légale des titres de psychologue, psychiatre et psychothérapeute garantit une expertise de haut niveau, comme dans tous les domaines, il existe des professionnels plus consciencieux que d’autres. C’est la qualité de l’alliance thérapeutique qui facilitera le travail introspectif.

Les formations en psychologie non reconnues par l’État

Parmi les conseillers qui exercent dans le domaine psychologique sans justifier d’un diplôme d’État, il y a malheureusement de grandes inégalités de formation. Cela rend la lecture de certaines plaques professionnelles bien difficile.

  1. Les psychanalystes. Ce sont le plus souvent (mais pas obligatoirement) des psychologues, psychothérapeutes et psychiatres qui ont complété leur cursus d’apprentissage par une analyse à titre personnel durant 5 ans minimum. Les personnalités les plus marquantes de l’approche analytique sont évidemment Freud, mais aussi Carl Jung, Mélanie Klein, Jacques Lacan, etc.
  2. Les psychopraticiens. Malgré la confusion entretenue avec les psychothérapeutes, les “psychoprat’” ne disposent d’aucun crédit officiel. Les formations sont de niveaux très variables et si certaines écoles sont réputées, d’autres pâtissent d’une faible qualité.
  3. Les coaches de vie, ou toute appellation faisant référence à l’épanouissement personnel. Ils présentent le même problème que les psychopraticiens, si ce n’est que leur formation se fait sur seulement quelques mois et que leur positionnement joue moins sur la méconnaissance de cette hiérarchie des titres. Leur approche se veut directe et orientée sur des résultats, plutôt que sur un travail introspectif. 

Maintenant que tous ces noms de professions sont bien différenciés, attardons-nous sur les techniques de coaching et leurs conséquences.

Avantages et inconvénients du coaching anti PN

Malgré des tarifs rédhibitoires souvent bien supérieurs à ceux des psy, les coaches anti PN ont su se faire une clientèle.

Des vendeurs de bien-être mental

Si vous vous amusez à étudier les offres de coaching anti PN sur Internet, vous trouverez quasiment à chaque fois les techniques marketing habituelles pour appâter les clients :

  • l’importance du persona : le coach aura une attitude d’influenceur sympa sur les réseaux sociaux. Il se présentera comme quelqu’un qui vous offre son expertise gracieusement à grands coups de vidéos explicatives, de consultations téléphoniques de 30 minutes offertes et de masterclass gratuites sur inscription par email. L’objectif ? La récolte de vos données personnelles pour vous relancer régulièrement et vous pousser à l’achat.
  • du storytelling : il se rapprochera de ses prospects sur un registre émotionnel en racontant son histoire de vie, très proche des problématiques de son audience. On aura alors l’impression que parce qu’il nous comprend si bien, seul lui peut nous aider.
  • des témoignages : les avis de ses coachés louant les changements extraordinaires dont ils ont bénéficié grâce à ses conseils constitueront la “preuve sociale” de sa compétence. Tout cela se fera sans aucune possibilité de vérification des sources.
  • des offres irrésistibles : elles vous proposeront d’acheter un pack 10 séances pour moitié prix si vous sortez votre carte bleue dans les 20 minutes qui suivent. Ceci est un exemple, mais toute autre déclinaison de cette technique qui consiste à vous empêcher de réfléchir afin de vous mener à l’achat compulsif est valable. Il s’agit du biais cognitif de la peur de manquer, bien connu des marketeurs.

Vous l’aurez compris, les coaches sont des vendeurs avant tout et c’est bien là le problème. Tout bon commercial vous dira qu’on ne vend pas un produit, mais un résultat. Or, une solution ne peut pas marcher pour tous. Nous sommes donc aux antipodes de la démarche thérapeutique orientée sur le sujet et ses affects du moment qui en font un cas unique.

Que valent les coaches spécialisés en perversion narcissique ?

Un coach anti PN vous promettra de vous guérir de l’emprise avec des principes généralistes qui se veulent applicables à tous. Il vous donnera des trucs et astuces pour combattre les assauts du manipulateur sentimental et certains pourront même s’avérer efficaces pour une partie des individus. C’est pour cela que, dans un sens, le coaching pour les victimes de perversion narcissique peut jouer un rôle de soutien dans leur quête de libération. Mais où est le travail de fond ? Quand est-ce que ces personnes touchées dans leur estime d’elles-mêmes, dans leurs aptitudes à la réflexion et dans leurs capacités financières entameront leur indispensable démarche d’introspection ? Inutile de se leurrer, il est impossible d’opérer des changements de comportements sans une prise de conscience. La domination perverse est bien souvent un élément fortuit dans le parcours d’un sujet régi par des schémas dysfonctionnels hérités de l’enfance. Autrement dit, se défaire de l’emprise d’un PN n’est qu’une conséquence heureuse d’un cheminement personnel bien plus profond. Malheureusement, l’approche thérapeutique se veut bien moins alléchante que les boîtes à outils magiques des coaches. Avec un psychothérapeute, point de date de fin de traitement, point de budget prédéterminé, point de “quick fix” (c’est-à-dire de “réparation minute”) pour repartir du bon pied, comme si rien ne s’était passé. Faire plutôt le choix d’un coach, c’est donc peut-être ajouter une étape facultative à sa reconstruction psychique. Cela pourra avoir pour vertu d’introduire les personnes réticentes à l’approche psychologique, mais cela pourra aussi amener un sentiment d’échec supplémentaire chez quelqu’un qui est déjà vulnérable. En effet, si vous pensiez sincèrement vous débarrasser de votre PN en 10 séances de coaching pour la modique somme de 1300 euros, vous risquez fort de tomber de haut si le problème persiste. Notre meilleur conseil reste ainsi inchangé depuis plus de 3 décennies de pratique psychothérapeutique : tournez-vous vers un psy reconnu et de préférence spécialisé dans les techniques manipulatoires des sujets narcissiques. Non seulement vous aurez une meilleure compréhension de vos modes de fonctionnement, mais vous accéderez au véritable pouvoir libérateur de modifier par vous-même ceux qui posent problème.

À qui confieriez-vous votre santé ? Si le médecin est la réponse évidente pour certains, d’autres ne jureraient que par les guérisseurs… jusqu’à un certain point. Et peut-être pas exclusivement, mais plutôt en complément. La problématique est la même pour la santé mentale, à ne surtout pas négliger. Si les coaches qui s’appuient sur des théories issues de la psychologie pour fournir un soutien ponctuel, il n’y a aucun mal. Mais pour ce qui est de la démarche psychothérapeutique nécessaire pour traiter le syndrome de stress post-narcissique et autres dysfonctionnements dus à la carence affective ou à l’impuissance acquise, le coach anti PN n’est pas suffisamment équipé. Et c’est bien normal que les 6 mois de formation en ligne pour être conseiller en développement personnel ne puissent pas rivaliser avec les 5 ans minimums d’études exigeantes jalonnées de stages pratiques requis pour obtenir le titre de psychologue.

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