Marie a 38 ans lorsqu’elle rencontre celui qu’elle croit être l’homme de sa vie. Brillant, drôle, charismatique, il semble la comprendre comme personne. Trois ans plus tard, elle témoigne : comment le prince charmant s’est transformé en bourreau, comment l’emprise s’est installée insidieusement, et pourquoi il lui faut aujourd’hui fuir pour survivre. Un témoignage d’une rare lucidité sur les mécanismes de la manipulation narcissique.
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Je lis les témoignages des uns et des autres avec beaucoup d’intérêt, et je me désole que l’on puisse tous autant souffrir par amour. Toutefois, j’ai parfois l’impression que l’on utilise le terme de « PN » un peu trop facilement.
Ce n’est pas parce qu’on a une relation conflictuelle ou une histoire douloureuse avec quelqu’un que c’est systématiquement un pervers narcissique. Tous les gens égoïstes ou torturés ne sont pas des PN. Tous les gens immatures ne sont pas des PN.
Mais ils existent. Et il faut apprendre à les reconnaître le plus tôt possible pour s’en préserver. Car une fois que l’on est sous le charme, il est déjà trop tard…
Le prince charmant : un personnage délicieux au départ
Le PN, au départ, c’est un personnage délicieux.
Il est drôle, brillant, vif, sportif. À la fois cool et smart, chic et décontracté. C’est la personne qui débarque un beau matin dans votre vie et semble immédiatement vous correspondre en tout point.
- Des silences et des regards d’une puissance considérable
- Des promesses
- Une gestuelle parfaite
- Des mots qui vous rassurent et vous vont droit au cœur
- Un humour complice
- Une capacité naturelle à vous comprendre
Et surtout : une capacité apparente à vous accepter telle que vous êtes.
Bien évidemment, vous fondez. Sans même le savoir, vous avez attendu ce genre de relation toute votre vie…
C’est la phase que les spécialistes appellent le love bombing : cette période d’idylle intense où le manipulateur vous submerge d’attention, de compliments et de promesses. Une stratégie parfaitement rodée pour créer un lien de dépendance affective.
Le changement de masque : quand le prince devient monstre
Et puis, au fil des mois, le PN change de masque, de comportement.
Il se fait plus rare. Devient dur, cassant. Il fait disparaître, une à une, toute manifestation de tendresse — comme on ferait disparaître les preuves d’une scène de crime. Il efface imperceptiblement toute marque de son affection pour vous.
Progressivement, la magie du départ vous échappe.
Des mots blessants ou humiliants se glissent dans ses phrases :
- Il ne parle plus au présent, mais au conditionnel
- Il ne dit plus « je t’aime » mais… « je n’ai pas dit que je ne t’aimais pas »
- Il ne dit plus « nous », il dit « je »
C’est ce qu’on appelle le cycle du chaud et du froid : alterner entre moments de tendresse et périodes de froideur pour maintenir la victime dans un état de confusion permanente.
🔍 Éclairage clinique
Ce changement progressif correspond à ce que les psychologues appellent le renforcement intermittent. En alternant récompenses (moments de tendresse) et punitions (froideur, absences), le manipulateur crée une addiction émotionnelle comparable à celle des jeux de hasard. La victime reste « accrochée » dans l’espoir de retrouver les moments magiques du début.
L’intimité détournée : de la tendresse à l’humiliation
Même sexuellement, il vous échappe.
Les tendres préliminaires s’envolent. Les longues et douces étreintes disparaissent. La sensation rassurante de ses bras autour de vous n’est plus qu’un souvenir.
Il devient cru, direct, parfois vulgaire. Il ne vous complimente plus que pour votre capacité à satisfaire ses fantasmes. Ses baisers ne vous effleurent plus — ils vous dévorent avec une passion proche de la violence.
Il y a quelques mois encore, il vous chuchotait à l’oreille des paroles douces comme du velours. Il disait aimer votre caractère, votre intelligence, votre courage, vos yeux, votre engagement professionnel, votre énergie… Il vous envoyait des messages d’encouragement les jours importants. Il pensait à votre anniversaire, à la Saint-Valentin, à votre nouveau job…
Désormais, tout ceci est déjà loin.
Lors des moments intimes, vous êtes maintenant réduite à vos attributs physiques. Il s’adresse à vous en des termes dégradants, associant chaque parole choquante à un regard « amoureux », à une main passée dans vos cheveux, à des compliments…
J’étais complètement perdue. Je ne savais plus si j’étais aimée ou humiliée tant il avait l’art d’associer la cruauté à la tendresse.
J’ai compris bien plus tard que tout ceci n’était qu’une comédie. Tout était faux, archi faux.
Il n’aimait ni mon esprit, ni mon intelligence, ni mes goûts, ni mon corps. Il n’aimait que l’importance que je lui accordais, l’amour démesuré qu’il lisait dans mes yeux. Il ne cherchait pas à me donner du plaisir. Il cherchait à se prouver qu’il était capable de m’en donner.
C’est ce que les spécialistes appellent l’approvisionnement narcissique : le PN se nourrit de l’admiration et de la dévotion qu’il suscite, pas de la relation elle-même.
Le début de mon éveil : écrire pour guérir
Écrire ce témoignage est pour moi une forme de thérapie. J’essaie de me laver de trois années de souffrance et de silence. Mon combat pour retrouver confiance et dignité ne fait que commencer.
Et si je pouvais aider, par mon simple témoignage, certains lecteurs à se reconnaître et à s’extraire au plus vite de ce genre de relation, j’en serais ravie…
📧 Vous aussi, vous voulez témoigner ?
Partagez votre histoire pour aider d’autres victimes à se reconnaître
Nous contacterLa descente aux enfers : l’incompréhension totale
Au départ, vous ne comprenez pas ce qu’il se passe. De votre côté, vous n’avez rien changé. Votre regard sur lui est le même. Même amour. Même tendresse. Même admiration.
Mille questions vous hantent :
- « Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? »
- « Suis-je assez bien pour lui ? »
- « L’ai-je déçu ? »
- « A-t-il rencontré quelqu’un d’autre ? Quelqu’un de mieux que moi ? »
- « Va-t-il me quitter ? »
- « Où ai-je bien pu me tromper ? »
- « Suis-je laide, fade, sans intérêt ? »
C’est le propre du gaslighting : vous faire douter de vous-même, de votre valeur, de votre perception de la réalité. Jusqu’à ce que vous finissiez par croire que vous êtes le problème.
L’attente : le supplice des absences
Les mois passent. Votre estime de vous dégringole aussi vite que votre angoisse monte en flèche.
Le climat devient lourd. Les visites de votre PN se font plus rares. Votre attente plus pesante, plus anxieuse. Ses dernières paroles tournent en boucle dans votre tête.
Et puis, de temps en temps, sans prévenir, il réapparaît. Stressé, pressé, exigeant. Avec toujours une bonne excuse de vous avoir négligée pendant aussi longtemps. Il invente, il ment, il vous inonde d’une marée de mensonges… elle-même diffusée au milieu de mots et de gestes tendres.
Incompréhensible.
Mais vous êtes tellement heureuse de le revoir, vous avez eu tellement peur qu’il ne revienne jamais, qu’il vous prive définitivement de cet amour merveilleux auquel il vous a habituée au début… que vous acceptez tout, sans condition.
Vous vous persuadez que ses reproches sont légitimes, que ses excuses sont sincères… alors qu’en réalité, il ne cherche qu’à vous noyer dans un brouillard épais.
Vos retrouvailles sont à chaque fois plus passionnées, mais ses départs toujours plus angoissants… On ne sait jamais si un PN va revenir, ni quand : dans une heure, une semaine, un mois… ?
Le week-end fantôme : l’attente sans fin
Un jour, en pleine crise d’ego, il me jure qu’il passera le week-end avec moi.
En réalité, il ne viendra jamais.
Pendant deux jours, je reste chez moi à l’attendre. À espérer. À surveiller la porte, la fenêtre, le téléphone…
Avec ma plus belle tenue. Coiffée, maquillée, pimpante, radieuse, joyeuse. Prête à ouvrir la porte avec un sourire royal. Des fleurs fraîches dans un vase. De la musique plein la pièce. Prête à lui proposer LE programme qui lui conviendra : sport, balade, expo, ciné, resto ou simplement dimanche sous la couette…
C’est lui qui décidera. Peu importe, mon bonheur à moi, c’est d’être avec lui.
Mais il ne se passera rien de tout cela. Il ne viendra pas. Sans me prévenir, bien entendu. Silence absolu.
Je passerai le week-end seule à l’attendre, complètement noyée par mes émotions, par le manque, la colère, les larmes…
Lui, mon pervers, réapparaîtra comme une fleur le mardi suivant et me balancera d’un simple SMS :
« Désolé, j’ai dû m’occuper de ma mère. »
Sans autre explication.
Ce genre de situation s’est reproduit plusieurs fois. Je crois que j’ai eu droit à toutes les excuses du monde : la panne de voiture, un malaise de sa maman, un infarctus de son papa, les révisions du bac de son fils, l’examen de cheval de sa fille, les réunions tardives, une attaque à l’arme blanche sur son meilleur ami, ses coups de fatigue…
La façade : faire semblant que tout va bien
Pendant des mois, vous faites tout pour le croire, pour accepter, pour lui faire confiance envers et contre tout, pour lui laisser du temps…
Vous enfoncez tout cela au fond de vous : votre amour pulvérisé, les promesses du début, votre chagrin, vos nuits blanches, vos week-ends de solitude…
Vous faites croire à votre entourage que tout va bien et que c’est bien l’homme de votre vie. Qu’il est merveilleux. Qu’il vous apprend à aimer sans posséder…
Vous cachez vos larmes. Les cernes sous des couches de fond de teint. Les cheveux qui tombent par des barrettes…
Pendant ce temps : sa double vie
Mais ça, vous ne le découvrez que bien plus tard.
Pendant que vous attendez, lui s’amuse. Il sort. Il voit du monde. Il fait la fête. Il voyage. Il séduit.
Et bien entendu, il vous trompe… non pas avec une, mais avec plusieurs autres femmes.
Pour s’assurer de votre souffrance, il laisse des traces. Des photos et des commentaires sur les réseaux sociaux. Un clin d’œil à une de vos collègues lors d’un événement public…
C’est ce qu’on appelle la triangulation : introduire une tierce personne dans la relation pour créer de la jalousie et maintenir la victime dans l’insécurité.
Le mécanisme de la dépendance
Il vient vous voir uniquement quand il le décide… ou plutôt, quand il daigne… pour combler son propre vide.
Il vous accorde juste assez d’attention, de manière extrêmement bien dosée, pour s’assurer que le lien de dépendance ne se brise pas. Il est maître dans cet art.
Il sait exactement quoi dire ou ne pas dire pour faire souffrir, tout en jouant avec les limites du tolérable.
Vous devenez son élastique, qu’il tend et qu’il détend à volonté.
Dès qu’il sent que vous êtes au bord de la rupture et que vous êtes à deux doigts de vous libérer de son emprise, il redevient doux comme un ange et distille une nouvelle dose…
« Le pervers est à l’amour ce que le dealer est à la drogue. »
La révélation qui m’a brisée
Dans mon cas, la plus difficile des épreuves, loin devant les autres, fut de découvrir qu’une autre jeune femme était enceinte de lui à l’époque où nous nous sommes rencontrés.
C’est-à-dire à l’époque où il a joué le grand jeu pour me séduire.
Découverte absolument terrible. Je me suis sentie salie, trahie, humiliée… mais aussi coupable vis-à-vis de cette autre femme et de ce petit garçon dont j’ignorais absolument l’existence.
Pour moi, ce fut la première grande faille. L’éveil. La gifle.
J’ai tellement souffert que j’ai développé quelques semaines plus tard une maladie auto-immune, un vitiligo, contre lequel je me bats toujours actuellement.
🔍 Éclairage clinique
Les violences psychologiques ont des répercussions physiques réelles. Le stress chronique lié à l’emprise peut déclencher ou aggraver des maladies auto-immunes, des troubles dermatologiques, des problèmes cardiaques, des troubles du sommeil et de l’alimentation. Le corps « parle » quand les mots sont impossibles. C’est pourquoi le syndrome de stress post-narcissique est aujourd’hui reconnu comme un traumatisme à part entière.
3 ans et 4 mois : le bilan
Cela fait maintenant 3 ans et 4 mois que cet homme est dans ma vie.
- Je n’ai jamais autant aimé quelqu’un
- Je n’ai jamais autant attendu et pardonné
- Je ne me suis jamais autant impliquée pour qu’une relation puisse fonctionner
- Je n’ai jamais autant lu de livres de psychologie pour parvenir à le comprendre et à trouver les moyens de l’aider
L’aider à ne plus souffrir et à déverser son mal-être et sa haine sur les autres. L’aider à vivre heureux au présent. L’aider à ne plus avoir peur d’aimer et de s’engager.
Et m’aider à comprendre pourquoi je m’accroche autant à cet homme alors que tous les signaux sont au rouge.
Pourtant, je n’ai jamais autant souffert
Cet homme a un potentiel de bonheur inimaginable. Il a tous les atouts pour vivre de belles choses. Il est d’une intelligence incroyable et possède un charme fou.
Mais il souffre d’un mal qui me dépasse. Un mal qui frôle la folie.
Je suis face à un enfant pervers, immature et gâté, qui brise tout ce qu’il touche — à commencer par les gens qui l’aiment.
La seule solution : fuir
Aujourd’hui, je ne vois plus qu’une seule solution : m’arracher le cœur, faire le deuil de ce qui aurait pu être la plus belle histoire de ma vie, et fuir avant d’y laisser ma peau.
Je me demande souvent ce qu’il va devenir en vieillissant. J’aimerais tellement qu’il aille mieux. J’aimerais tellement qu’il soit le premier à prouver que « OUI, les PN peuvent changer, la preuve »…
Mais vu sa capacité à séduire, à jouer la comédie avec une assurance déconcertante, et son incapacité à se remettre en question, j’ai bien peur qu’il fasse encore de nombreuses victimes…
Son statut de cadre dynamique, brillant et reconnu sur la place publique l’aidant à attraper de nouvelles proies…
Où j’en suis aujourd’hui
Quant à moi, nous en parlerons dans quelque temps.
Pour le moment, la douleur est trop vive, trop insupportable.
Il m’a complètement détruite.
Je me sens seule, sale, bête, laide, vidée, épuisée…
Mon message à celles et ceux qui se reconnaissent
Si l’un ou l’une d’entre vous se reconnaît dans mon témoignage, écoutez votre instinct.
Rappelez-vous. Votre instinct vous l’a dit tout au début. Il vous a dit « Attention ». Il vous a dit « Danger ».
Il est temps d’écouter enfin votre instinct. C’est votre meilleur allié.
Reprenez confiance en vous, en votre force intérieure, en votre capacité à être aimé(e), en votre droit à être respecté(e)…
Et fuyez !
« Personne ne mérite de subir cela. »
L’amour, ce n’est pas ça. L’amour doit vous élever, vous faire grandir, pas vous détruire.
— Marie
📌 Ce que révèle ce témoignage
L’histoire de Marie illustre les mécanismes classiques de l’emprise narcissique :
- Le love bombing initial : séduction intense, promesses, « âme sœur » immédiate
- Le changement de masque : transformation progressive du prince charmant en bourreau
- Le cycle chaud/froid : alternance tendresse/cruauté créant la dépendance
- L’intermittence : absences non justifiées, retours imprévisibles
- Le gaslighting : faire douter la victime de sa propre valeur
- La double vie : tromperies multiples, enfant caché
- Les conséquences somatiques : maladie auto-immune déclenchée par le stress
- L’isolement émotionnel : cacher sa souffrance à l’entourage
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Note : Ce témoignage a été recueilli et reformulé avec l’accord de Marie pour en améliorer la lisibilité tout en préservant l’authenticité de son vécu. Le prénom a été modifié pour protéger l’anonymat.