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La pratique du no contact, que l’on pourrait aussi qualifier de tactique de la terre brûlée, consiste à disparaître complétement du radar d’un pervers narcissique. Elle n’est pas toujours possible à mettre en œuvre, notamment si l’on a des enfants, mais se révèle un moyen radical souvent nécessaire pour se libérer de lui.

 

Pourquoi le non contact ?

Le  non contact est une pratique préventive qui vise, lors de la rupture avec un manipulateur, à supprimer tout contact, de quelque nature que ce soit avec lui. Cette attitude, qui apparaît aux victimes comme la seule possible, révèle une prise de conscience chez elles : celle du danger, et de la nécessité de se protéger.

No contact et sortie de l’emprise  

Il leur est très difficile, néanmoins, de sortir de l’emprise qu’elles subissent, car elle s’est installée à la faveur d’un rapport de dépendance que le pervers a su consolider avec le temps. Selon les dégâts causés sur leur psychisme, elles pourront même devenir presque incapables de vivre sans lui. Lorsqu’elles essaient de fuir, l’enlisement dans des schémas répétitifs du type : «  Je pars/ je reviens » n’est jamais loin. Ces schémas sont de type addictifs, et un pervers est maître dans l’art de faire culpabiliser sa proie.

Or, c’est à ce moment-là que pratiquer le no contact se révèle utile, car se mettre hors de portée de son bourreau sert à briser ce cercle vicieux. On peut parler d’un sevrage, qui va immanquablement appeler des effets de manque, mais qui va laisser l’espace nécessaire pour reprendre pied.

No contact et retour du PN

Une victime peut en être sûre à 100 % : le pervers narcissique revient toujours et le no contact sert à contrer ce retour.
Car pour le pervers narcissique, la rupture à l’initiative de l’autre, et non de lui-même, est gravissime. Il la vit comme un échec qui bouscule le trône de sa toute-puissance. Cela est inconcevable pour lui et il tentera par tous les moyens de restaurer son emprise. En lutte pour sa survie narcissique, le pervers va donc être particulièrement redoutable à ce stade. Si la victime ne comprend pas, à ce moment-là, l’importance du non contact, sa cause est peut être perdue ! Car le pervers narcissique reviendra en excellant à ses jeux favoris : le maniement de la parole et le jeu sur ses affects. Nul doute qu’il la fera vite chanceler sur le plan émotionnel, et retomber rapidement, sans qu’elle ne puisse absolument comprendre comment ni pourquoi, dans sa vision faussée des choses. On parle de communication hypnotique du pervers ou de symbiose émotionnelle avec sa victime.

Mieux vaut savoir que toute résistance est donc, la plupart du temps, inutile. Pour subjuguer à nouveau une victime qu’il sait fragile, la pire arme d’un pervers est d’ailleurs certainement la gentillesse. Il fait renaître pour cela l’image de l’amant passionné et parfait qu’il a su être au début. Il s’agit d’un jeu que son narcissisme orchestre pour faire tomber les résistances de sa proie. Les témoignages des victimes qui ont succombé vont toutes dans le sens ensuite d’un redoublement des violences psychologiques subies, soit d’une vengeance rétroactive du pervers.

 

Comment couper vraiment toute relation

Appliquer la tactique du no contact passe donc par être conscient qu’il faut, entre soi et le pervers, mettre une importante distance. Il s’agit de couper toute relation de quelque nature que ce soit avec lui : physique, orale et virtuelle, de façon à sortir de son champ d’influence. Car cela reste, on l’a compris, la seule méthode qui permette de se soustraire à sa manipulation. Mais attention, cette décision ne s’improvise pas. Elle demande à être réfléchie et élaborée avec des dispositifs visant à boucher toute issue à ce redoutable prédateur qu’est le pervers narcissique.

Les relations physiques

Il s’agit d’organiser sa vie pour ne plus jamais se retrouver en contact physique avec lui. Le no contact est une attitude préventive, quand on sait qu’il est, comme nous l’avons vu, trop risqué de résister.

Pour anticiper son retour, il faut savoir qu’il peut faire son apparition partout : au domicile de la victime, mais aussi chez des amis communs, à son travail, sur son itinéraire… La victime doit s’y attendre en sachant qu’elle devra faire respecter son territoire.

 

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Elle doit savoir d’abord que le pervers n’a aucun droit légal d’entrer chez elle ni de la harceler. Il lui faut donc sortir de la sujétion qui peut la contraindre à ouvrir sa porte. L’appui et le soutien des proches et/ou d’un thérapeute spécialisé vont beaucoup la soutenir à ce stade. Pour oser prononcer le mot harcèlement, pour oser parler aux forces de l’ordre ou à son employeur si nécessaire… Respecter le « no contact » l’aide à s’affranchir de son bourreau, à transgresser ses règles, mais ce cap reste difficile et la victime a souvent besoin d’appuis.

Respecter le no contact sur le plan physique inclut aussi de couper les ponts avec les connaissances communes avec le pervers. Dans le meilleur des cas, celles-ci ne font usage que d’informateurs, et dans le pire, elles sont manipulées et complices de ses agissements. Ce sont généralement d’elles que les pervers narcissiques se servent lorsqu’ils ne peuvent plus toucher leurs victimes, mais souhaitent leur faire passer des messages blessants. Ils aiment particulièrement leur faire savoir qu’ils refont leur vie bien sûr, quand cela arrive.
Les anciennes fréquentations jouent donc souvent les troubles faits dans la reconstruction d’une victime, qui doit en être avertie et ne pas hésiter à les mettre de côté dès le début de la séparation.

 Les relations téléphoniques et virtuelles

Cette étape est délicate, car c’est souvent là que le pervers narcissique trouve une brèche par laquelle s’engouffrer. Il convient d’établir le no contact à ce niveau en changeant définitivement de ligne téléphonique et en faisant de même avec tous les comptes sociaux sur lesquels il est présent. En conservant son ancienne ligne, une victime est souvent tentée d’aller lire les messages qu’elle aura bloqués, ce qui est une grave maladresse. Car le pervers le verra et il saura très bien interpréter ce signal… Le retour du pervers se fait souvent au téléphone, car il sait très bien usurper une identité pour obtenir un nouveau numéro auprès de l’opérateur de sa victime. Il faut donc vraiment songer à prendre toutes les dispositions pour garder ce numéro le plus secret possible, et bloquer, par prévention le pervers, y compris sur sa nouvelle ligne.

 L’écoute des victimes en thérapie permet d’affirmer sans conteste que c’est au moment où elles tentent de quitter leur bourreau qu’elles sont les plus vulnérables. L’abstinence complète de tout contact avec lui est souvent la seule solution. Elle permet d’arracher au pervers l’espace-temps dont elles ont besoin, mais qu’il ne leur cèdera jamais, pour pouvoir se dégager. Il s’agit d’une évasion nécessaire, soit d’une réaction salutaire, qui doit être encouragée et soutenue chez les victimes.

Pascal Couderc, psychologue spécialisé dans les manipulateurs consulte sur Paris, Montpellier et sur Skype, pour ceux qui ne peuvent se déplacer.
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