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Arrêter de se justifier auprès d’un PN : Pourquoi ? Comment ?

Connaissez-vous l’expression “Se justifier, c’est s’accuser” ? Le manipulateur sentimental joue sans cesse sur la culpabilisation de sa victime. L’amener à se soumettre à des explications, c’est la mettre en position d’accusée. Arrêter de se justifier auprès d’un pervers narcissique est une excellente protection contre l’engrenage de la dispute qu’il maîtrise sur le bout des ongles. Mais au-delà du cadre de la communication difficile avec un PN, apprendre à cesser de défendre ses actes est un principe qu’il faudrait, en réalité, appliquer à tous les champs de la vie. Explications.

Le message sous-jacent de la justification

L’être humain dispose d’un droit fondamental de sa condition : le libre arbitre. Faire des choix ou engager des actes relève d’un élan d’affirmation qui, si ceux-ci sont moralement valables, ne doivent souffrir aucune condamnation.

Se justifier, c’est s’accuser

Dans l’absolu, on ressent le besoin de se justifier par politesse ou par souci de transparence, pensant que cette démarche ralliera l’approbation de notre interlocuteur. Après tout, l’étymologie venant de “juste” et étant empreinte d’une dimension religieuse, on sent bien un certain poids moral déjà contenu dans l’expression.
En réalité, le message profond de la justification va à l’encontre de cela. En effet, à partir du moment où l’auteur de l’acte doit s’expliquer sur ses motivations, c’est qu’il doute lui-même de leur bien-fondé. Il se met alors en position d’infériorité et se perd dans des détails sans intérêt qui provoquent l’impatience. L’interlocuteur interprète ces excuses et autres circonstances atténuantes comme un signe de faiblesse ou de faillibilité.
Après tout, si l’auteur se défend, c’est que son acte est discutable. Par conséquent, il pourrait être condamnable selon d’autres points de vue. Celui qui s’explique trop essaie donc de convaincre les autres, comme si cette approbation éliminait les questions éthiques. Mais c’est bien le contraire qui est en jeu, car arrêter de se justifier impose le respect.

S’excuser, c’est assumer

Le choix personnel se suffit à lui-même. Décliner une invitation à dîner, refuser une tâche facultative ou acheter un vêtement sont des droits inaltérables et donc, inutiles de justifier. Mais attention, il ne s’agit pas là de faire comme bon nous semble ! Si notre action a eu des répercussions négatives sur autrui, il faut savoir s’excuser. Là encore, montrer que l’on est désolé sans autre enrobage présente une posture rassurante bien moins suspecte que de se noyer sous l’énumération d’évènements fortuits qui ont causé l’impair. Et si des explications sont demandées, il doit appartenir à chacun de les donner ou non, sans détour, et sans rentrer dans les justifications. Par exemple, “je suis en retard parce que j’ai discuté avec un collègue après le travail” plutôt que “je suis en retard, mais ce n’est pas de ma faute, c’est X qui m’a parlé d’un dossier alors que j’allais quitter le bureau et après, la circulation s’est densifiée et un camion a bloqué le passage, et j’ai voulu t’appeler, mais je n’avais plus de batterie, etc.”

Pourquoi le PN amène-t-il sa victime à se défendre ?

Pour un PN, la justification de sa victime est quasiment un automatisme dont il se délecte. En effet, c’est un indicateur très intéressant de l’étendue de sa domination.

La mise en accusation induite

Nous savons que la manipulation perverse a pour dessein de détruire la proie psychologiquement et physiquement, entreprise qui peut aller très loin. Ainsi, par divers biais de la déstabilisation et du dénigrement, le prédateur affectif n’est jamais plus puissant que lorsque sa proie se dévalorise elle-même. Et quel meilleur moyen de l’habituer à cela qu’en la forçant à se justifier constamment ? En général, c’est le manque de confiance en soi qui pousse à se disculper des actions ou du manque d’action. Derrière cette démarche, il y a surtout l’envie de donner une bonne image de soi-même. La victime de pervers narcissique est en demande perpétuelle de contenter son bourreau, de peur qu’il ne la rejette. Et c’est parce qu’il est parfaitement conscient de cette dépendance affective que le manipulateur pervers amène sa proie à se soumettre à lui, jusque dans ses mots. Impossible pour elle d’arrêter de se justifier, surtout qu’elle est sommée de le faire par une personne exerçant une emprise sur elle. Elle contribue ainsi à se mettre en position d’accusée, quasiment déjà prête à accueillir sa sentence, qui ne va pas tarder.

La culpabilisation qui mène à la culpabilité

Ce que la victime de PN qui se justifie ne réalise pas encore, c’est qu’en expliquant le pourquoi du comment de ses actes, elle encourage son interlocuteur malveillant à surenchérir pour prolonger la torture morale. Le but est de la faire culpabiliser, jusqu’à obtenir de plates excuses qui la terrassent enfin sur ce combat. L’intention finale est qu’elle se sente mal, honteuse et en demande d’absolution de la part de son juge et bourreau.
En général, le schéma de cette forme de manipulation est assez simple :

– Pourquoi as-tu acheté ce vêtement ? (mise en accusation)
– Parce que la couture de l’autre a lâché et je n’avais plus rien à me mettre. 
– Ne crois-tu pas qu’il était plus urgent de garder cet argent pour faire le plein d’essence ? (culpabilisation)
– Mais il était en solde. Je ne l’ai payé que X € et ça faisait 2 ans que je ne m’étais rien acheté.
– À cause de toi, nous ne pourrons pas aller nous balader au parc dimanche. Tu n’es qu’une égoïste ! (condamnation)
– Je suis vraiment désolée, tu as raison, j’aurais pu repriser l’autre. J’ai pensé à moi avant l’intérêt de la famille. J’ai tous les torts et je ferai mon possible pour que tu me pardonnes cette faute. 

Et s’ensuit la pénitence pour un fait parfaitement anodin où il aurait suffi de dire : ‘j’ai acheté ce vêtement parce que j’en avais besoin”, sans autre forme de débat. Mais bien sûr, le PN ne se laisse pas faire si facilement…

Comment arrêter de se justifier auprès des manipulateurs ?

Le manipulateur pervers étant incapable de gérer sa frustration, il est évident qu’il ne se contenterait pas d’une réponse succincte. Dans ce cas, il peut être utile d’enclencher une boucle protectrice dans laquelle chaque question reçoit la même réponse, à la façon d’un disque rayé. Il faut aussi accorder le langage corporel aux mots énoncés, en adoptant une posture fière et inébranlable. Pour reprendre notre exemple précédent :

– Ne crois-tu pas qu’il était plus urgent de garder cet argent pour faire le plein d’essence ?
– Si j’ai acheté ce vêtement, c’est parce que j’en avais besoin.
– À cause de toi, nous ne pourrons pas aller nous balader au parc dimanche. Tu n’es qu’une égoïste !
– Tu as le droit de penser ça, mais j’ai acheté ce vêtement parce que j’en avais besoin.
– Tu essaies de me provoquer ? 
– Non. J’explique simplement que j’ai acheté ce vêtement parce que j’en avais besoin. 

Et si l’agacement est croissant, il est préférable de clore la discussion en quittant la pièce ou en trouvant une occupation.
Une autre façon de couper court à l’engrenage des justifications, c’est de balayer l’accusation d’un revers de la main :

– Ne crois-tu pas qu’il était plus urgent de garder cet argent pour faire le plein d’essence ?
– Peut-être, mais ce qui est fait est fait. 

Avec un interlocuteur non pervers, on pourrait tout aussi bien retourner la question en lui demandant en quoi l’action engagée lui pose problème, afin de rétablir un certain pied d’égalité. Mais chez le PN, il est toujours plus sage de ne pas alimenter la discussion.
Si vous êtes en quête de méthodes pour faire face à ce genre d’attaques verbales, n’hésitez pas à demander conseil à un thérapeute spécialiste de la perversion narcissique qui connaît ces mécanismes par cœur. Et de préférence, faites-vous accompagner sur un plus long terme.

Victime ou pas de manipulation perverse, le réflexe de se perdre dans des explications concerne la majorité de la population. Tout le monde pense bien faire et aller dans le sens d’une construction solide de la relation avec autrui en se noyant sous les prétextes, mais en réalité, arrêter de se justifier envoie un message bien plus positif et rassurant qui force le respect.

Pascal Couderc

Psychanalyste, psychologue clinicien sur Montpellier et Paris et en téléconsultation pour les francophones partout dans le monde.

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