Épisode 15 : La sexualité avec un pervers narcissique

La sexualité avec un pervers narcissique

La sexualité avec un pervers narcissique

À l’image du reste, la sexualité du pervers narcissique est celle d’un « performeur ». Il a besoin qu’on l’idéalise et, du moins dans un premier temps, il s’arrange pour « leur faire aimer ça »… Beaucoup de celles qui ont vécu auprès d’un tel homme déclarent avoir découvert des aspects de leur sexualité, et donc d’elles-mêmes, qui leur étaient inconnus jusqu’alors. Plus tard, elles s’aperçoivent d’une violence sous-jacente, jusqu’à devoir affronter parfois une véritable contrainte sexuelle.

L’emprise des sens

Étant principalement attaché à l’image que sa partenaire lui renvoie de lui-même, le pervers narcissique a d’abord pour unique objectif d’entendre sa femme déclarer qu’avec lui le sexe est un immense plaisir. Mais s’il parvient à lui faire atteindre l’orgasme pendant l’acte sexuel, ce n’est que pour sa satisfaction personnelle, son propre narcissisme, pour pouvoir penser : « Je suis capable de la faire jouir à ce point. » En somme, le plaisir de la partenaire n’est pas du tout pris en considération par le pervers narcissique, bien qu’il y tienne énormément afin de s’enorgueillir de l’exploit. Bien sûr, il ne l’avouera jamais ; ce qui compte pour lui, c’est de tirer de tout contact avec sa compagne le plus de satisfaction narcissique possible.

« La première fois où nous avons été nus l’un devant l’autre, j’étais intimidée, comme si c’était pour moi la première fois que j’approchais un homme, mais j’ai surtout été stupéfaite de constater qu’Alain était entièrement épilé, sur tout le corps, sexe y compris. Une fois passé cet instant de surprise, tout s’est parfaitement déroulé. Il a très bien su s’y prendre.

Au départ, c’était merveilleux lorsque nous faisions l’amour (alors que plus tard, au bout de plusieurs mois, je n’ai plus eu l’impression de faire l’amour mais bien d’être “baisée”). Les premiers mois, nos rapports duraient longtemps ; Alain était très résistant, il me procurait beaucoup de plaisir. Presque toujours, nous recommencions au moins une fois, aussitôt après. J’étais comme entraînée dans un tourbillon sensuel. Cela m’enchantait au sens propre du terme : je vivais un enchantement. Puis il m’a fait découvrir des choses dont je n’aurais jamais pensé qu’elles pouvaient me plaire… »

Là où je t’emmènerai

Le pervers narcissique mettra un point d’honneur à ce que sa partenaire « dépasse » ses limites sur le plan sexuel. Il l’amènera à des pratiques nouvelles pour elle, qu’elle considérera comme des variantes attrayantes d’une sexualité épanouie et « normale ». Dans la plupart des cas, elle aura simplement eu l’illusion qu’elle les aimait, parce que cela faisait partie de la relation avec le manipulateur. Les accepter signifiait l’accepter lui, l’accueillir et, surtout, trouver avec lui une complicité, tâche difficile…

« Grâce à Alain, j’ai appris à connaître mon corps et à apprécier toutes les possibilités d’un échange physique à deux. Mais, par exemple, il me demandait aussi des choses que je n’aimais pas, comme la fellation, pratique à laquelle je n’ai jamais réussi à m’habituer. Il insistait, je me sentais bête de refuser… alors je le faisais quand même… »

Hard-corps

« Puis, progressivement, nos rapports sexuels ont changé. Ils duraient moins longtemps, étaient moins satisfaisants pour moi. Alain voulait toujours la même position ; il y avait comme une procédure à respecter, un protocole. Ce n’était pas varié. Il se montrait plus brusque, à la limite de la violence. Il m’arrivait d’avoir peur. D’ailleurs, une anecdote me revient en mémoire : la première fois où je suis allée chez lui, au début de notre relation, j’avais remarqué un tableau accroché dans l’entrée de son appartement qui représentait un dragon, gueule ouverte, ses pattes brassant l’air toutes griffes dehors, avec un regard menaçant et magnétique… Eh bien, l’une des dernières fois où nous avons eu un rapport sexuel, j’ai soudain repensé au tableau et, en croisant le regard d’Alain, j’ai eu l’impression d’avoir ce dragon devant moi… Je me suis dit qu’il allait me dévorer, m’anéantir dans son feu intérieur. Ses yeux avaient cette expression fixe, à la fois absente et cruelle, comme dans le tableau… J’étais épouvantée ; j’ai compris ce jour-là que quelque chose n’allait pas dans notre relation, que je courais un risque. »

Nous l’avons vu, ces différents types de sexualité (plaisir intense, découverte de nouvelles pratiques ou violence imposée) peuvent soit constituer des variantes que chaque pervers narcissique mettra en scène, soit suivre un crescendo : avec le même homme manipulateur, la femme passera du plaisir à la découverte, jusqu’à la contrainte et/ou à la violence.

S’il est vrai que la frontière est mince entre ce qui est « normal » en matière de sexualité et ce que d’aucuns désigneraient de pervers, la répétition systématique d’un geste ou d’une position, ainsi que la violence obligée, sont des éléments de perversion. Enfin, le pervers narcissique révèle sa partenaire à elle-même, lui ouvre de nouveaux horizons sensuels, mais vient un jour où cela est « trop » : trop poussé, trop violent, trop imposé, trop uniquement performant.

Que trouver de positif dans cette relation ?

Après ce que nous venons de décrire, il semble difficile d’affirmer que quoi que ce soit de positif puisse se dégager d’une telle relation. Au début, la femme peut y trouver son compte, par exemple sur le plan sexuel puisque le grand amateur de performances qu’est le manipulateur narcissique sait généralement l’emmener au septième ciel (l’enfer sera pour plus tard). Elle peut donc accéder avec lui à un épanouissement sexuel faisant effet de mirage sur la relation, avec l’impression que, vraiment, « tout va bien », puisqu’une telle entente s’établit dans l’intimité. Au début, la femme « pardonne » beaucoup à son compagnon manipulateur, notamment au nom de cette découverte sensuelle.

De plus, le pervers narcissique est en général un homme intelligent (les autres tapent directement… sans prendre le « soin » d’exercer d’abord une violence uniquement psychologique). Cela lui confère un lustre « naturel » auquel la femme est sensible. Il est presque toujours perçu comme très original, audacieux par moments. Il donne la sensation d’être un homme libre : il ne respecte pas toutes les règles, il les dépasse, il est sûr de lui.

D’autre part, le pervers narcissique est souvent un hyperactif : il agit, il « fait ». Dans le cadre de la vie quotidienne, cela peut s’avérer appréciable. Il reste rarement inoccupé (et ne se prive pas de souligner cette qualité…). Ainsi donne-t-il l’impression qu’il saura « mener la barque » du ménage, ce qui procure un sentiment de sécurité à la femme… qui n’a pas conscience que la barque du pervers narcissique n’appartient qu’à lui, et qu’il la mènera de la même façon, quelle que soit sa partenaire, cette dernière n’étant qu’une annexe à son embarcation personnelle.

Enfin, au début de la relation, principalement lors de la phase de séduction, la femme se sent valorisée. Le regard magnétique et charmeur du pervers narcissique fascine, ses mots flattent. Il sait donner à la femme l’impression qu’elle est unique. Ces avantages ne sont cependant qu’illusion. Insidieusement, mais assez rapidement toutefois, s’installe la vraie personnalité du pervers narcissique qu’il dévoile peu à peu. Si, au départ, sa partenaire se sentait privilégiée d’accéder à une telle relation, elle commence à souffrir, d’abord par petites « touches » quotidiennes, puis constamment.

Ce n’est donc qu’après une thérapie adéquate que la femme peut établir un bilan de cette expérience et en retirer des éléments positifs, car la grande détresse vécue, alliée à la réflexion nécessaire qui s’ensuit pour survivre à l’impact laissé par ce type d’homme, amène la « victime » à se pencher sur sa personnalité profonde et à la remettre « en marche », à réactiver son potentiel, voire à l’étendre. Le pervers narcissique ayant besoin d’une substance « de bonne qualité », il aura pris soin d’élire une femme intérieurement riche. Avec la thérapie, cette dernière retrouvera sa matière initiale, accrue, cette fois, des enseignements issus autant de l’expérience que de l’introspection analytique.

Avait-elle un profil particulier, des caractéristiques définies, pour s’exposer à un tel destin ? Pourquoi et comment s’est-elle laissé envahir ainsi ?

Suite…

Pascal Couderc Psychanalyste, psychologue clinicien à Paris et Montpellier

 

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Une réponse à Épisode 15 : La sexualité avec un pervers narcissique

  1. Élément clé dans la relation, la sexualité revêt une importance particulière dans le mécanisme d’emprise du pervers narcissique sur sa partenaire.
    Vos commentaires sont les bienvenus.
    Pascal Couderc

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