La querelle, si elle rentre dans certaines limites, est profitable à toute relation, qu’il s’agisse ou non d’un couple. Elle permet d’exprimer ses sentiments et, éventuellement, d’écouter ceux de l’autre. Avec un manipulateur, elle devient par contre systématique : une arme de guerre dirigée en permanence contre l’autre. Les disputes de couple incessantes vont servir à bayonner toute résistance.

Du bon usage de la dispute

Grâce à la dispute, les problèmes importants sont soulevés, exposés. On peut donc en parler, trouver des solutions. Sans discussion, pas d’issue. La rancune s’installe, les quiproquos se multiplient. La confrontation « dépoussière » la relation. Beaucoup disent que cela la rend « vivante ». Le terme est exact, puisque la vie, c’est ce qui évolue, change, s’adapte.

Certains craignent que des disputes incessantes de couple ne laissent des séquelles et ne détruisent la relation, tel un mal qui rongerait le corps. Ils ou elles évitent alors tout affrontement… et passent à côté d’une vérité, celle de ce qui se joue à l’intérieur de leur couple. D’autres, au contraire, utilisent la querelle à tout-va, comme moyen de communication avec leur partenaire. De même que l’absence de conflit « visible », les disputes incessantes de couple cachent la vraie substance d’une relation. Ainsi, point trop n’en faut… mais il convient de ne pas renoncer à s’exprimer, au risque de ne pas être d’accord ou de susciter des réactions vives. L’important est que dispute ne rime pas avec violence.

La querelle, quoi qu’il en soit, est inévitable. L’a-conflictualité représente une illusion et la phobie du conflit a des effets destructeurs sur la relation, alors minée en profondeur par une entente de façade.

Le conflit constructif

Le conflit constructif se déroule de telle sorte qu’il permet à chacun de prendre connaissance du problème, d’après la vision qu’en a le partenaire. Il offre la possibilité de se confronter sans violence pour trouver un terrain d’entente, des solutions. Il s’agit donc d’une communication positive, puisqu’elle vise à améliorer une situation. Chacun fait un effort pour comprendre l’autre et, quoi qu’il en soit, cette confrontation n’est pas un affrontement. Il ne s’agit ni de blesser ni de dominer. Ce type de conflit a le mérite de mettre « les choses au clair », de pacifier et d’évacuer des tensions.

Le conflit constructif est donc une sorte de négociation, et nombre de couples y parviennent très bien. Certains, au contraire, pas du tout.

 

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Le conflit destructeur

C’est celui, notamment, qu’utilise le manipulateur. Il ne sert qu’à asseoir son pouvoir sur l’autre, et à détruire. Il ne vise ni à améliorer les rapports, ni à trouver des solutions. Au contraire, il envenime et creuse les plaies. Souvent celui ou celle qui manipule « utilise » les disputes incessantes de couple pour mettre le partenaire face à ses contradictions… et la querelle se clôture par une sentence qui tombe tel un couperet.

Le dénigrement et la généralisation pointent vite leur nez. Le manipulateur n’a pas son pareil pour accuser l’autre de ce dont il ou elle est justement responsable : le manque de communication. Il ou elle ne se dévoile pas, mais amène l’interlocuteur à le faire, ce qui a pour résultat de mettre le ou la partenaire automatiquement en faute. Après ces manœuvres, le manipulateur signe la « fin de séance » par la conclusion qui lui donne l’avantage, puis se retire en esquivant : « Bon, arrêtons là, j’ai du travail, moi. » De telles allusions en fin de phrase sont typiques d’une manipulation ; elles font l’effet d’un coup de griffe final sans que la personne agressée n’ait le temps de réagir, ni les moyens. L’autre est déjà parti. Le partenaire le moins « fort » reste seul avec les offenses entendues. Les disputes incessantes de couple sont donc un terrain privilégié pour celui qui manipule, et il les provoque souvent, de façon détournée, presque banale.

L’autre « ne voit rien venir », et se retrouve au beau milieu d’une violente altercation sans en avoir eu l’intention ni même sans en avoir perçu les prémices. Au fil du temps, la crainte de ces moments de crise s’intensifie et, au lieu de trouver des moyens de les neutraliser, le plus vulnérable des deux ne s’attache qu’à les éviter à tout prix. Cela l’amène à faire de plus en plus de concessions, à supporter pour ne pas devoir affronter des scènes violentes. Sentant cette vulnérabilité, le manipulateur « en profite » ; il ou elle multiplie les disputes incessantes de couple en accentuant leur intensité.  Pour lui, la soumission de l’autre n’est jamais assez grande : elle lui est nécessaire et l’agace tout à la fois.

 

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Dans les couples où le composant agressif n’est pas un vrai pervers narcissique, mais tout simplement quelqu’un qui essaie de dominer (il s’agit souvent des femmes : la femme manipule beaucoup plus, dans le couple « ordinaire », que l’homme), les disputes ne changent rien, mais le couple « s’habitue » à ces affrontements périodiques. Si, en revanche, les disputes incessantes du couple se pimentent de violence avec insultes, voire de coups, alors la querelle laisse une trace qui est plus qu’une simple cicatrice. Pour au moins l’un des deux partenaires, elle devient une blessure qui ne se refermera pas et qui creusera un fossé avec l’autre.

Lorsque le conjoint agressé possède des ressources de défense, il réagit. À son tour, il ou elle répond à l’unisson. Face à un manipulateur, cela est peine perdue et risque même d’augmenter son agressivité. Face à un partenaire simplement irritable, cela peut permettre de « le remettre à sa place », en signifiant que la guerre ne profite jamais à personne. Chacun réagit selon son caractère ; certains se ferment et accumulent du ressentiment ou « passent à autre chose » afin de fuir la gêne provoquée par ces disputes incessantes de couple.

Le mieux serait, évidemment, d’être capable d’adopter, si querelle il doit y avoir, une démarche constructive, ce qui est improbable lorsque l’un des deux manipule l’autre, et impossible lorsque cette manipulation est systématique.

 

 

Disputes incessantes de couple et manipulation

Tout le monde manipule tout le monde, mais à des degrés très diversifiés, comme le sont toutes les nuances de la palette des relations amoureuses.

Alors que chez le pervers narcissique la manipulation est systématique et constitue le pivot de la relation, elle est sporadique, occasionnelle, chez la plupart des couples. La différence entre la manipulation ordinaire (chantage, culpabilisation, mensonge, dévalorisation, dénigrement, mise en dépendance, etc.) et celle mise en œuvre par le pervers narcissique réside dans le rythme et l’intensité avec lesquels elle est appliquée, plus que dans le mode de manipulation lui-même Certains types de manipulation soient plus pervers que d’autres, tel le dénigrement, surtout s’il est réitéré. C’est la répétition, dans les disputes incessantes de couple qui confère de la perversion à la manipulation.

Chantage (affectif ou non) et menaces

Le chantage peut être plus léger et subtil qu’on ne le croit. Il ne s’agit pas forcément d’un ultimatum pur et simple, déclaré ouvertement. Le chantage peut se dégager d’un non-dit, de quelques allusions : le langage du couple est connu de lui seul, avec des messages codifiés implicites.

La culpabilisation

« Tu n’as pas terminé de lire tes dossiers ?

– Non, mais je me dépêche…

– Ce poste te donne trop de travail ; tu es exploitée, et ton salaire n’est pas assez élevé pour que ça en vaille la peine. En plus, ça nous empêche de faire plein de choses, comme d’aller au restaurant ou au cinéma, et tu ne t’occupes pas des enfants. Regarde Jérémy : il devient insupportable. Si ça continue, je vais m’en aller et te laisser te débrouiller toute seule. »

Ces causes de disputes incessantes dans le couple supposent :

1) tu es responsable des problèmes que causent les enfants et de notre train de vie monotone (d’où une culpabilité induite sur la partenaire accusée) ;

2) si tu ne quittes pas ton travail (qui t’accapare et ne rapporte pas assez), je vais te quitter. La menace n’est pas proférée directement, mais elle est claire…

Mensonge, flatterie

On peut ne pas se laisser aveugler ni amadouer par les flatteries. Cependant, la fausse bonté (soit celle qui est seulement momentanée) de la part de la personne manipulatrice est un havre de paix bien tentant pour celui ou celle qui est habitué(e) à toujours rester sur ses gardes par peur des disputes incessantes de couple. Aussi, quand la gentillesse, la disponibilité et la bienveillance ne sont que ponctuelles et sporadiques, ou par vagues, par périodes, il convient de leur redonner leur juste valeur, celle d’une démarche intentionnelle : l’opposé de l’amabilité spontanée et désintéressée.

Dans le cas extrême du pervers narcissique, le mensonge n’est pas toujours si facile à déceler, ni même à prouver. Il possède une prudente habileté instinctive. Par ailleurs, s’il est découvert, il aura la capacité de nier avec un aplomb remarquable.

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Dénigrement, dévalorisation

La destruction de l’image de l’autre s’opère conjointement au regard de l’extérieur (le dévaloriser devant l’entourage, pour les autres) et en miroir avec le partenaire visé (lui renvoyer une vision négative de lui, faire qu’il assimile et adopte progressivement cette mauvaise image, pour arriver à la perte de l’estime de soi). Cette manœuvre est une arme usuelle du manipulateur : la réussite de son entreprise dépend de sa capacité à atteindre, blesser et « entamer » son conjoint.

Dans les couples où l’un des deux manipule l’autre, ces dénigrements surviennent de manière sporadique. Le pervers narcissique, quant à lui, dénigre de façon très poussée, par des disputes incessantes de couple.

Entremise et envahissement

Dans les cas de manipulation pathologique, cela correspond à la phase d’invasion de la vie de l’autre, dont nous parlerons plus avant. À un degré plus courant, cela peut se traduire par la simple manie de tout le temps s’entremettre. Il nous est tous arrivé de remarquer, en observant un « vieux » couple, que l’un des deux répond à la place de l’autre. « Ce n’est pas la peine de demander à ton père s’il veut des huîtres, il ne les digère pas. Laisse-le tranquille avec ça ; de toute façon, le rôti est prêt. » Le père, resté muet, qui digère parfaitement tout ce qui se mange depuis environ soixante-dix années, n’aura donc droit ni au chapitre ni aux huîtres.

Verrouillage

Par verrouillage nous entendons ici un processus mis l’œuvre par le manipulateur dans les disputes incessantes de couple. Il sait enfermer le partenaire dans ses propres raisonnements et paradoxes. Le manipulateur souligne une contradiction apparente, ou une ambivalence comme nous en avons tous. Elle pourrait être résolue ou constructive, mais celui qui manipule s’en empare comme témoin d’une incohérence, et il généralise, étendant cette inconsistance supposée à tous les discours de l’autre. Cela l’amène à intimer au partenaire de se taire. La porte est fermée, le verrouillage complété.

Mise en dépendance

La dépendance de l’un vis-à-vis de l’autre peut être d’ordre affectif et/ou matériel.
La dépendance affective est aussi bien le fait des femmes que des hommes et se tisse généralement dès le début de la relation, alors déséquilibrée, à l’avantage de l’un des deux, moins « en demande » d’amour et d’attentions que l’autre. La relation s’inscrit ensuite dans un cercle vicieux où les rapports sont de moins en moins harmonieux et les satisfactions de moins en moins équitablement réparties.

En ce qui concerne la dépendance financière, le fait d’amener l’autre à renoncer à son emploi, par exemple, ou à le dissuader d’en chercher un, constitue la principale tactique de mise en dépendance du partenaire.
Elle est surtout utilisée par les hommes manipulateurs qui souhaitent recréer l’état de dépendance économique dans lequel se trouvaient « naturellement » les femmes des générations précédentes. Cela leur permet de les isoler du reste du monde et de leur ôter de précieuses armes en termes de ressources mentales et matérielles. Sur le plan mental : être gratifiée par le travail, penser « à autre chose » qu’aux disputes incessantes du couple…. Sur la strict plan matériel, une femme qui n’a pas les moyens d’acheter quoi que soit, n’envisagera de le quitter que rarement : où irait-elle, et avec quoi ?

L’équation du manipulateur est alors imparable : Tu ne travailles pas = tu ne sers à rien = tu n’as droit à rien…

 

Pervers-narcissique.com

Par Pascal Couderc, Psychanalyste, Psychologue Clinicien , Paris, Montpellier, Visioconsultations

 

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