Le terme renarcissisation peut surprendre, mais il est cliniquement précis. Il ne s’agit pas de développer un narcissisme pathologique, mais de restaurer ce narcissisme sain sans lequel aucune vie psychique autonome n’est possible : la capacité à s’aimer suffisamment pour se protéger, pour poser des limites, pour investir des projets et des relations.
Le pervers narcissique a méthodiquement attaqué ce narcissisme sain. Par la dévalorisation quotidienne, le gaslighting, les comparaisons humiliantes, l’inversion accusatoire, il a érodé le sentiment de valeur personnelle de sa victime jusqu’à ce qu’elle intériorise ses jugements : « je suis nulle », « je ne mérite pas mieux », « c’est ma faute ».
La renarcissisation consiste à déconstruire ces croyances implantées et à reconstruire, pierre par pierre, une image de soi qui soit fondée sur la réalité et non sur les projections du manipulateur. Ce travail passe par la redécouverte de ses propres valeurs (les recherches de Schwartz sur les 19 types de valeurs humaines sont utiles ici), la reconnexion avec les activités et les relations abandonnées sous l’emprise, et la pratique progressive de l’assertivité.
C’est un chemin long, parce que les croyances installées par des années de manipulation sont profondément enracinées. Mais chaque petit acte d’affirmation personnelle (s’autoriser ce que le manipulateur interdisait, exprimer une opinion, dire non) est une victoire qui consolide le socle narcissique en reconstruction.