Inversion accusatoire

L’inversion accusatoire est la manœuvre par laquelle l’agresseur se présente en victime et impute à sa cible ses propres agissements. Le renversement est complet : la dénonciation émane du bourreau, tandis que la charge de la preuve retombe sur la victime réelle, sommée de se justifier de ce qu’elle subit.

La littérature anglophone décrit ce mécanisme sous l’acronyme DARVO (Deny, Attack, Reverse Victim and Offender), proposé par la psychologue Jennifer Freyd : nier les faits, attaquer la personne qui les rapporte, puis inverser les rôles de victime et d’agresseur. La séquence est remarquablement stable d’une situation à l’autre, du couple au cadre professionnel.

Pour le pervers narcissique, l’inversion accusatoire remplit trois fonctions : se dédouaner de toute responsabilité, diaboliser la victime, et rallier l’opinion (famille, amis, collègues, institutions) à sa version des faits. Elle s’articule étroitement au gaslighting : à force de voir sa perception niée et ses plaintes retournées contre elle, la victime finit par douter de sa propre lecture des événements, jusqu’à se croire coupable de ce qu’elle subit.

Les effets sont durables : épuisement à se justifier, silence par crainte de voir chaque parole retournée, isolement à mesure que l’entourage adopte le récit de l’agresseur. La dimension procédurale n’est pas rare : dans les séparations conflictuelles, l’inversion accusatoire alimente plaintes et signalements en miroir, où la victime se retrouve accusée de ce qu’elle dénonce. Repérer le mécanisme permet de cesser de répondre sur le terrain choisi par l’agresseur, et de documenter les faits plutôt que de s’épuiser à convaincre.

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