Curieusement, il arrive que perversion narcissique et syndrome d’Aperger présentent des points communs. Pour un public non  averti, l’envie de cataloguer un individu difficile à cerner peut mener à de grossières erreurs. Si l’autiste Asperger peut se comporter de manière étrange aux yeux de la société, il est très loin de manifester les troubles pathologiques du prédateur sentimental. Pire, il est davantage vulnérable à la manipulation machiavélique que toute autre personne. Voyons comment mieux comprendre l’Aspie et le PN pour les distinguer plus clairement.

L’attitude sociale des profils PN et Aspie

De l’extérieur, les sujets présentant des signes de perversion narcissique et ceux porteurs du syndrome d’Asperger peuvent avoir certaines attitudes comparables. Mais leurs intentions et leurs fonctionnements diffèrent au plus haut point.

Deux sujets qui se démarquent du groupe

Si le PN aime se faire remarquer, captiver l’attention et paraît très à l’aise en société, l’autiste Asperger adopte un comportement, au contraire, bien moins grandiloquent. En fait, il est même si discret qu’il peut en découler un certain malaise de la part de ceux qui ont noté son attitude peu conventionnelle. Il a notamment un regard déroutant : soit fuyant, soit au contraire, trop soutenu. Le résultat est pourtant le même dans les deux cas : le PN et l’Aspie se démarquent du groupe. Ils ne font pas comme tout le monde et cela se voit.

Là où les sujets se rejoignent, c’est qu’en situation d’interaction interpersonnelle, ils sont tous les deux en contrôle de leur attitude. Le pervers manipulateur veille à se présenter favorablement afin de masquer ses mauvaises intentions et surtout, de récolter les suffrages. L’Aspie observe attentivement et essaie tant bien que mal de se sécuriser, car il est assez réfractaire au changement qui génère du stress chez lui. C’est donc en adoptant une certaine froideur, voire de la rigidité, qu’il pourra faire face à l’inconfort que lui procure la nouveauté, ce qui le rendra de fait assez peu sympathique, pour ne pas dire bizarre.

Une intelligence hors normes

Si l’on vient à la rencontre de profils avec TPN (Trouble de la Personnalité Narcissique) ou TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme), il y a fort à parier que leur intelligence supérieure ressorte assez vite. Cependant, le pervers narcissique est calculateur et stratège. Il utilise ses capacités intellectuelles indéniables à mauvais escient : il veut éblouir pour piéger et ensuite, malmener. Dans un tout autre registre, l’Aspie peut, lui aussi, fasciner, par son expertise et son originalité. Il manifeste, en effet, un intérêt accru pour des thèmes aussi pointus qu’insolites, ce qui peut donner lieu à une conversation très riche malgré les difficultés qu’il éprouve parfois à communiquer de façon appropriée.

La manifestation des émotions

Les émois qui font de nous des êtres doués de sensibilité traversent également les personnalités atypiques que sont les PN et les Aspies. Leurs émotions ont des points communs très forts, mais aussi des origines divergentes.

La colère

Les accès de rage du PN et de l’Aspie peuvent être tout aussi impressionnants pour les deux sujets. Il s’agit d’un trop-plein qui ne peut plus être contenu. Pour le prédateur émotionnel, sa haine est inconditionnelle et explose régulièrement, quitte à le rendre physiquement violent. Pour l’autiste léger, elle frappe de façon épisodique, lorsque la frustration due à ses difficultés d’adaptation se fait trop grande.

L’angoisse

Les pervers narcissiques et les autistes Asperger sont des profils dits insécures. Une angoisse quasi permanente les ronge et les moyens de la calmer divergent sensiblement. L’Aspie aura tendance à se réfugier dans ses routines, où les actes répétitifs (mouvements, rituels, expressions langagières, etc.) lui apporteront du réconfort. Le PN gèrera généralement son anxiété en passant ses nerfs sur sa proie ou bien se réfugiera dans l’alcool.

La passion

Parler avec passion s’accompagne souvent de signes émotionnels forts et visibles de l’extérieur. C’est sur ce point que le pervers manipulateur aura du mal à donner le change. Il pourra employer un vocabulaire adéquat et accompagner son propos de gestes très expressifs, mais ce que l’autiste aura en plus, ce sont les étoiles dans les yeux. Un Aspie qui parle de ce qu’il aime a immédiatement le visage et le regard qui s’illuminent. Le PN, malgré tous ses efforts, semblera bien moins animé par le feu sacré.

L’interaction avec autrui chez le manipulateur sentimental et l’autiste léger

Le prédateur sentimental est un beau-parleur, un acteur flamboyant qui excelle dans la joute verbale. Il attire les autres à lui par son charisme. À l’inverse, la personne atteinte du syndrome d’Asperger éprouve des difficultés à communiquer, tant sur le plan verbal que non verbal, et à se lier aux autres. Les interactions sociales ne sont pas son fort et cela peut le desservir, voire provoquer une certaine souffrance chez ceux qui le côtoient.

La communication problématique

Sa mauvaise gestion des codes sociaux peut amener l’Aspie à s’exprimer sans filtre et avec un manque de diplomatie parfois choquant. Ce qui est en réalité de la maladresse due à une incompétence sociale pourra alors être interprété comme de la pure malveillance. C’est sans doute l’aspect le plus problématique qui sème le doute sur les réelles intentions de l’interlocuteur. Le manipulateur émotionnel choisit les mots avec soin, dans le but précis de causer des torts, de blesser volontairement. L’autiste Asperger manie le langage approximativement et cela peut avoir la conséquence malheureuse d’offenser. De l’extérieur, il se passe la même chose : on meurtrit quelqu’un par la parole, mais ce qui rend le PN et l’Aspie fondamentalement différents, c’est que le premier le fait exprès, et le second le fait par inadvertance. Les autistes Asperger sont des êtres authentiques qui ne possèdent pas la moindre once de méchanceté en eux. Ils font tous les efforts possibles et imaginables pour s’adapter à un monde qu’ils ne comprennent pas bien, quitte à en souffrir. Les pervers narcissiques sont des paranoïaques en lutte perpétuelle contre ce même monde qu’ils perçoivent comme hostile.

Des amitiés quasi impossibles

Une fois en confiance, le porteur de troubles autistiques légers pourra s’ouvrir à un échange verbal, mais celui-ci risque fort d’être inégal. Une fois sorti de son mutisme, l’individu Aspie s’avèrera parfois être un véritable moulin à paroles, surtout s’il parle d’un sujet qui le passionne. Dans son emportement, il ne saura pas déceler l’ennui chez son interlocuteur et ne pensera pas non plus à le questionner afin que le monologue se transforme en conversation. Dans ces conditions, difficile de nouer des liens de partage. D’ailleurs, tout comme le PN, il a peu d’amis. Le narcissique parle aussi beaucoup, mais c’est dans le but de se faire valoir. De plus, ne bâtissant son personnage social que sur les apparences, il est incapable de conserver des relations durables et sincères. Sa plus grande crainte est que l’on décèle son vide intérieur.

En résumé, l’autiste léger de type Asperger est aussi incompris que solitaire. Cet état de fait ne l’aide pas à tisser des liens forts, surtout qu’il manifeste assez peu d’intérêt pour autrui du fait de ses difficultés à lire et comprendre ses affects. Sur ce point, le narcissique machiavélique présente lui aussi un certain mépris de l’autre, car ce qui l’intéresse, c’est de récolter l’information utile qui lui permettra de mieux manipuler. Au fond, la vraie rencontre entre deux individus lui importe peu, considérant les autres comme des objets, des instruments à utiliser à son seul profit.

Le défaut d’empathie en cas de perversion narcissique et de syndrome d’Asperger

Le manque d’empathie caractérise à la fois le PN et l’Aspie, pour des raisons et par des processus totalement différents. Le pervers narcissique dispose d’une empathie cognitive : il comprend intellectuellement les sentiments éprouvés par autrui. Par contre, il manque d’empathie affective, ce qui souligne son incapacité à ressentir les émois de ses interlocuteurs. Pour le profil Asperger, c’est l’inverse. Son empathie affective lui fait éprouver profondément les émotions des autres, mais son déficit d’empathie cognitive l’empêche de les appréhender par le raisonnement. Ainsi, il lui arrive d’être submergé par des affects qui ne lui appartiennent pas et, incapable de les analyser ou de les verbaliser, il pourra se replier sur lui-même ou, au contraire, exploser de rage et de frustration.

La perversion narcissique et le syndrome d’Asperger n’ont de chances d’être confondus par les psychologues de comptoir que s’ils s’arrêtent à des faits isolés et incompris, au lieu de considérer l’individu dans sa globalité. Non seulement l’Aspie n’a rien de machiavélique, mais pire : il est si sincère et pur dans ses intentions qu’il est une proie de choix pour un manipulateur pervers. Incapable de voir le mal, solitaire, porteur lui aussi d’une faille narcissique et conscient de ses difficultés à comprendre les autres, il aura bien de la peine à détecter l’aberrance dans les agissements du PN. Faire appel à un thérapeute qualifié sera sa meilleure, sinon la seule, chance de salut.