L’attachement désorganisé, identifié par les psychologues Mary Main et Erik Hesse dans les années 1980, est considéré comme le style d’attachement le plus fortement associé à la vulnérabilité à l’emprise et aux relations toxiques.
Il se constitue lorsque l’enfant est confronté à un paradoxe insoluble : la figure d’attachement, celle vers laquelle il devrait pouvoir se tourner pour être protégé, est elle-même source de peur. C’est typiquement le cas dans les familles où un parent est violent, imprévisible, ou présente lui-même une pathologie narcissique. L’enfant se retrouve dans une double contrainte corporelle : s’approcher de la figure d’attachement pour chercher la sécurité, ou s’en éloigner pour échapper au danger. Il ne peut faire ni l’un ni l’autre, et développe un mode relationnel chaotique, sans stratégie cohérente.
À l’âge adulte, l’attachement désorganisé se manifeste par une oscillation permanente entre le besoin fusionnel de l’autre et la terreur de l’intimité. La personne s’accroche puis rejette, se rapproche puis s’enfuit, idéalise puis dévalorise. Ce pattern rappelle, de façon troublante, le cycle narcissique lui-même, ce qui explique pourquoi les personnes présentant cet attachement se retrouvent si facilement dans des relations avec des pervers narcissiques : le chaos relationnel leur est « familier ». Il reproduit ce qu’elles ont toujours connu.
Le travail thérapeutique sur l’attachement désorganisé est un travail de fond, souvent long, qui vise à créer, parfois pour la première fois, l’expérience d’un lien sécure, stable et fiable, souvent d’abord dans la relation thérapeutique elle-même.