Double contrainte

Le concept de double contrainte (double bind en anglais) a été introduit par l’anthropologue et théoricien de la communication Gregory Bateson en 1956, dans le cadre de ses recherches sur la schizophrénie et les dynamiques familiales pathologiques. Il décrit une situation où le sujet est confronté à deux messages contradictoires émanant de la même source d’autorité, sans possibilité de sortir du cadre ni de commenter la contradiction.

Dans la relation avec un pervers narcissique, la double contrainte prend des formes quotidiennes. « Sois spontanée, mais pas comme ça. » « Dis-moi ce que tu penses, mais gare à toi si ça ne me plaît pas. » « Prends des initiatives, mais ne fais rien sans me demander. » Quelle que soit la réponse de la victime, elle sera en tort. Si elle obéit à la première injonction, elle enfreint la seconde. Si elle obéit à la seconde, elle enfreint la première. L’issue est toujours la même : la sanction, le reproche ou la disqualification.

Ce mécanisme fait partie de ce que les cliniciens appellent le verrouillage psychologique. La victime, prise dans un piège logique dont elle ne peut sortir par la raison, développe progressivement un sentiment de confusion, d’impuissance et d’inadéquation. Elle finit par croire qu’elle est incapable de bien faire, que le problème vient d’elle. Cette conviction est exactement ce que recherche le manipulateur.

La double contrainte est particulièrement destructrice parce qu’elle attaque la pensée elle-même. Face à un ordre simple, même injuste, on peut réfléchir, négocier, résister. Face à une contradiction logique, la pensée se bloque. C’est ce que les victimes décrivent comme le brouillard mental : une incapacité à raisonner clairement, à formuler ce qui ne va pas, à trouver les mots pour décrire ce qu’elles vivent.

En thérapie, le travail consiste à identifier ces contradictions, à les nommer, et à restaurer chez la victime la capacité de reconnaître qu’une situation absurde n’appelle pas une meilleure réponse de sa part, mais une sortie du cadre.

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