Impuissance apprise

L’impuissance apprise (learned helplessness) a été mise en évidence par les psychologues Martin Seligman et Steven Maier à travers des expériences sur le conditionnement animal, puis transposée à la psychologie humaine. Le principe est le suivant : lorsqu’un sujet est soumis de manière répétée à des situations aversives qu’il ne peut ni contrôler ni fuir, il finit par cesser toute tentative d’action, même lorsque les conditions changent et que l’action deviendrait possible.

Dans la relation avec un pervers narcissique, l’impuissance apprise se construit par l’accumulation d’expériences où les efforts de la victime échouent systématiquement. Elle tente de communiquer : le manipulateur retourne ses arguments. Elle tente de satisfaire ses exigences : elles changent. Elle tente de le quitter : il la récupère par le hoovering. Quoi qu’elle fasse, le résultat est le même : rien ne change, rien ne s’améliore. Le cerveau finit par encoder cette leçon : « Agir est inutile. »

Cet état de résignation est l’un des mécanismes les plus puissants de maintien de l’emprise. La victime ne reste pas parce qu’elle est « faible » ou « masochiste ». Elle reste parce que son système nerveux a appris, au sens neurobiologique du terme, que toute tentative d’échapper à la situation est vouée à l’échec. C’est un conditionnement, pas un choix.

La bonne nouvelle, mise en évidence par les recherches de Seligman lui-même, est que l’impuissance apprise est réversible. Le regain du sentiment de maîtrise de son destin conduit à une réduction des états dépressifs et anxieux. En thérapie, ce regain passe par des actions progressives, concrètes, dont la victime peut mesurer les effets réels : reprendre une activité abandonnée, renouer un lien coupé, prendre une décision sans demander l’aval du manipulateur. Chaque petit acte d’autonomie est une victoire qui réapprend au cerveau que l’action a un sens.

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