Trouble de la personnalité narcissique

Le trouble de la personnalité narcissique (TPN) figure dans la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), publié par l’Association américaine de psychiatrie. Il y est défini comme un mode envahissant de grandiosité, de besoin d’admiration et de manque d’empathie, débutant au début de l’âge adulte et présent dans au moins cinq des neuf critères suivants : sens grandiose de sa propre importance, préoccupation par des fantasmes de succès illimité, croyance d’être « spécial », besoin excessif d’admiration, sentiment que tout lui est dû, exploitation d’autrui, manque d’empathie, envie fréquente, attitudes arrogantes.

Ce diagnostic présente une utilité descriptive indéniable, mais il comporte des limites importantes pour comprendre ce que vivent les victimes de pervers narcissique. Le DSM décrit un ensemble de traits individuels sans rendre compte de la dimension intersubjective du fonctionnement pervers, c’est-à-dire de l’effet systématique de ces traits sur l’autre. Or, c’est précisément dans la relation que la perversion narcissique se révèle et se déploie.

Par ailleurs, le DSM estime la prévalence du TPN entre 0,5 et 1 % de la population générale, avec une prédominance masculine (50 à 75 % des cas diagnostiqués). Ces chiffres sont probablement sous-estimés, dans la mesure où les personnes concernées consultent rarement de leur propre initiative : elles ne se considèrent pas comme malades. Ce sont leurs victimes qui, elles, arrivent en consultation.

Un autre écueil du cadre diagnostique du DSM réside dans la notion de « manque d’empathie ». En clinique, on observe que le pervers narcissique ne manque pas d’empathie cognitive : il comprend parfaitement ce que l’autre ressent. C’est l’empathie affective qui fait défaut, c’est-à-dire la capacité à être touché par la souffrance d’autrui. Cette distinction, souvent résumée par la formule « il comprend, mais il ne ressent pas », est essentielle pour saisir comment le manipulateur peut être si précis dans ses attaques : il lit les émotions de l’autre avec acuité, non pas pour y répondre, mais pour les exploiter.

En pratique thérapeutique, la question du diagnostic importe moins que la reconnaissance de ce qui a été subi. Qu’il s’agisse d’un TPN au sens strict du DSM ou d’une perversion narcissique au sens de Racamier, ce qui compte pour la victime, c’est de pouvoir nommer la dynamique destructrice dans laquelle elle a été prise et d’engager un travail de reconstruction.

Quitter le site