Syndrome de Stockholm

Le terme est né d’un fait divers survenu à Stockholm en 1973, où des otages d’un braquage bancaire avaient développé des liens affectifs avec leurs ravisseurs. Le psychiatre Nils Bejerot, consultant de la police suédoise lors de cette affaire, a nommé ce phénomène pour décrire un paradoxe clinique troublant : la victime prend parti pour celui qui la détruit.

En contexte de perversion narcissique, le syndrome de Stockholm ne se manifeste pas de manière aussi spectaculaire que dans une prise d’otages. Il s’installe lentement, par accumulation. La victime, soumise à une alternance calculée de violence et de tendresse (ce que l’on appelle le renforcement intermittent), finit par associer son agresseur à la source même de son soulagement. Lorsque le pervers narcissique suspend temporairement ses attaques, le répit est vécu comme un acte de bonté. La victime lui en est reconnaissante. Elle le défend auprès de ceux qui tentent de lui ouvrir les yeux.

Ce processus repose sur quatre conditions identifiées par la psychologue Dee Graham : la perception d’une menace réelle pour sa survie psychique ou physique, la présence intermittente de gestes perçus comme bienveillants, l’isolement par rapport aux perspectives extérieures, et la conviction de ne pas pouvoir échapper à la situation. Ces quatre conditions sont précisément celles que le pervers narcissique met en place au fil de l’emprise.

Sur le plan psychanalytique, le syndrome de Stockholm peut être compris comme une forme d’identification à l’agresseur, mécanisme décrit par Anna Freud en 1936. Le moi, débordé par l’angoisse, se protège en incorporant les attributs de celui qui le menace. La victime adopte le point de vue du manipulateur, intériorise ses reproches, excuse ses violences. Elle ne le fait pas par faiblesse, mais par nécessité psychique : maintenir un lien, même toxique, avec la figure d’attachement est perçu inconsciemment comme moins dangereux que la rupture totale.

C’est ce qui rend la sortie d’emprise si difficile. La victime ne défend pas seulement son bourreau, elle défend le lien qui la maintient en vie psychiquement. Rompre ce lien suppose de traverser un effondrement que la thérapie doit accompagner, parce que la personne doit renoncer à la seule source de sécurité qu’elle connaît, aussi destructrice soit-elle, avant de pouvoir en construire d’autres.

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