Rumination

Après une relation avec un pervers narcissique, la rumination est quasi universelle. Les pensées tournent en boucle : « Pourquoi m’a-t-il fait ça ? » « Comment ai-je pu ne pas voir ? » « Qu’aurais-je dû faire autrement ? » Ces pensées s’imposent de manière intrusive, souvent la nuit, perturbant le sommeil et alimentant l’anxiété.

Les psychologues Tedeschi et Calhoun, dans leurs travaux sur la croissance post-traumatique, ont établi une distinction cliniquement importante entre deux formes de rumination. La rumination intrusive est subie : les pensées s’imposent au sujet sans qu’il les ait convoquées, avec une charge émotionnelle intense. C’est un symptôme du stress post-traumatique. La rumination délibérée est choisie : le sujet décide consciemment de réfléchir à ce qui lui est arrivé, d’essayer de comprendre, de donner un sens à son vécu. C’est un processus de mise en sens.

La première est un obstacle à la guérison : elle maintient le psychisme dans le passé traumatique sans permettre d’intégration. La seconde est un levier de transformation : c’est par elle que l’expérience traumatique peut être progressivement intégrée dans l’histoire personnelle et produire une compréhension nouvelle de soi et du monde.

Le passage de la rumination intrusive à la rumination délibérée ne se fait pas spontanément. Il nécessite généralement un accompagnement thérapeutique et un minimum de distance temporelle avec les événements. Le thérapeute aide le patient à transformer les boucles obsédantes en réflexion structurée, les « pourquoi lui ? » en « qu’est-ce que cette expérience m’apprend sur moi-même et sur mes vulnérabilités ? ».

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