La phase de lune de miel désigne le moment du cycle pervers narcissique où, après une période de tensions, de violence ou de discard, l’agresseur retrouve les attitudes qui caractérisaient le love bombing initial. Il redevient attentionné, présent, parfois excusant, parfois simplement charmant comme aux premiers jours. Cette phase peut durer quelques heures, quelques jours, parfois plusieurs semaines. Sa fonction structurelle est la même que celle du love bombing : capter ou recapter sa proie.
Ce qui rend cette phase particulièrement piégeuse, c’est qu’elle vient confirmer rétrospectivement la croyance que la victime entretient depuis le début : la personne aimée existe, elle est réelle, le problème vient d’ailleurs. Chaque retour à la phase de lune de miel relance la mémoire affective des premiers temps et neutralise les apprentissages douloureux des phases précédentes. La victime, qui commençait peut-être à voir clair, se retrouve à nouveau dans la confusion entre l’image idéalisée et la réalité de la relation.
Sur le plan neurobiologique, ces phases ont un effet particulièrement délétère. L’alternance imprévisible entre violence et tendresse active des circuits cérébraux similaires à ceux de la dépendance aux substances. La libération soudaine d’ocytocine et de dopamine après une période de stress crée un soulagement intense qui se grave en mémoire émotionnelle. Cela explique pourquoi tant de victimes décrivent une sensation d’addiction à leur agresseur, sentiment qui ne relève pas de la faiblesse de caractère mais de mécanismes neurochimiques précis.
Reconnaître la phase de lune de miel comme partie intégrante du cycle, et non comme une preuve d’amour, est un tournant essentiel dans la sortie d’emprise. Cela demande un travail de mémoire actif : tenir un journal, noter les épisodes douloureux, relire ce qu’on a écrit aux moments d’épuisement. Sans cette traçabilité, la lune de miel l’emporte presque toujours, et le cycle reprend.