L’idéalisation est le point d’entrée du cycle narcissique. Elle se manifeste par une intensité relationnelle hors du commun : déclarations précoces, attention exclusive, cadeaux, messages incessants, projets d’avenir formulés dès les premières semaines. Le pervers narcissique vous regarde comme personne ne vous a jamais regardé. Vous êtes unique, exceptionnelle, irremplaçable. C’est ce que l’on appelle le love bombing.
Sur le plan psychanalytique, l’idéalisation narcissique se distingue de l’admiration authentique par son caractère absolu et imperméable à la réalité. Le manipulateur ne vous voit pas telle que vous êtes : il projette sur vous une image idéalisée qui correspond à ce dont il a besoin. Vous êtes le miroir dans lequel il contemple sa propre grandeur. Tant que vous renvoyez cette image, tout est merveilleux. Dès que la réalité de votre personne, avec ses limites, ses désaccords, ses besoins propres, se manifeste, le basculement vers la dévaluation s’amorce.
C’est le mécanisme du clivage qui structure ce passage. L’idéalisation et la dévaluation ne sont pas deux phases indépendantes : elles sont les deux faces de la même incapacité à percevoir l’autre dans sa complexité. Celui qui vous place sur un piédestal est le même qui vous jettera à terre, parce que dans les deux cas, il ne vous voit pas, il ne voit que le reflet de ses propres besoins narcissiques.
Pour la victime, la phase d’idéalisation est souvent la plus difficile à déconstruire rétrospectivement, parce qu’elle reste associée à des émotions authentiques et puissantes. « Au début, c’était merveilleux » est l’une des phrases les plus fréquentes en consultation. Le travail thérapeutique consiste à comprendre que ce « merveilleux » n’était pas le prélude d’un amour véritable, mais la première étape d’un processus d’emprise.