Le ghosting, littéralement « devenir un fantôme », désigne la rupture unilatérale de tout contact sans aucune explication. Du jour au lendemain, la personne cesse de répondre aux messages, aux appels, et disparaît comme si la relation n’avait jamais existé. Ce phénomène, amplifié par les modes de communication numériques, prend une dimension particulière dans le contexte de la perversion narcissique.
Chez le pervers narcissique, le ghosting peut intervenir à différents moments du cycle narcissique. Il peut constituer la phase de discard, lorsque le manipulateur a trouvé une nouvelle source d’approvisionnement narcissique et n’a plus besoin de la victime actuelle. Il peut aussi servir de punition, une forme extrême de silent treatment, visant à déstabiliser la victime et à renforcer son anxiété d’abandon.
L’impact psychologique du ghosting est considérable, parce qu’il prive la victime de ce dont tout être humain a besoin pour faire un deuil : une fin identifiable. Sans explication, sans confrontation, sans clôture, le psychisme reste en suspens. La victime oscille entre l’inquiétude (« il lui est arrivé quelque chose »), la culpabilité (« j’ai dû faire quelque chose de mal »), et la quête obsédante de réponses.
Il est essentiel de distinguer le ghosting exercé par le manipulateur du no contact choisi par la victime. Le premier est un acte de pouvoir unilatéral qui vise à blesser. Le second est un acte de protection conscient, souvent douloureux, qui vise à rompre le lien traumatique. Les deux se ressemblent dans leur forme extérieure (l’absence de communication), mais leur intention et leur fonction psychique sont radicalement opposées.