Le terme enabler, que l’on pourrait traduire par « facilitateur » ou « complice passif », désigne une position relationnelle bien identifiée en clinique des systèmes familiaux et conjugaux. L’enabler n’est pas un agresseur : c’est quelqu’un qui, en ne s’opposant pas, en minimisant, en détournant le regard, rend l’agression possible et durable.
Dans l’entourage d’un pervers narcissique, l’enabler peut prendre plusieurs visages. Le parent qui « ne veut pas prendre parti ». L’ami qui conseille de « faire des efforts ». Le collègue qui constate le harcèlement mais ne dit rien « pour ne pas avoir d’ennuis ». Le thérapeute de couple qui traite la situation comme un conflit symétrique entre deux partenaires égaux, alors que la dynamique est fondamentalement asymétrique.
Ce qui motive l’enabler est variable. Il peut s’agir de la peur de s’opposer au manipulateur (lui aussi peut être sous son emprise). Il peut s’agir d’un bénéfice secondaire : le manipulateur est aussi celui qui organise les réunions de famille, qui dirige l’entreprise, qui maintient une apparence de stabilité. Remettre en question son comportement, c’est risquer de faire s’effondrer un édifice dont l’enabler dépend aussi.
Pour la victime, l’enabler est une source de confusion considérable. Elle se tourne vers des personnes qu’elle pensait fiables et se heurte à l’indifférence, à l’incrédulité, ou pire, à des conseils qui la renvoient à sa propre responsabilité dans la situation. Cette invalidation par des tiers de confiance est parfois vécue comme une trahison aussi douloureuse que les agissements du manipulateur lui-même.