La compulsion de répétition (Wiederholungszwang) est un concept que Freud a introduit dans Au-delà du principe de plaisir (1920) pour rendre compte d’un paradoxe clinique : pourquoi les êtres humains se replacent-ils dans des situations qui leur font du mal, alors même qu’ils en connaissent les conséquences ?
Dans le contexte de la perversion narcissique, la compulsion de répétition se manifeste de manière frappante. Après avoir quitté un pervers narcissique, certaines victimes se retrouvent, parfois à leur grande surprise, dans une nouvelle relation présentant les mêmes caractéristiques : le même love bombing initial, la même bascule vers la dévalorisation, la même emprise. Le partenaire est différent, mais le scénario est le même.
Ce phénomène n’est ni masochisme ni stupidité. Il traduit la tentative inconsciente du psychisme de maîtriser un traumatisme ancien en le rejouant. L’espoir inconscient est que « cette fois, ça se passera différemment ». Mais sans travail thérapeutique sur les failles narcissiques et les schémas d’attachement, le scénario se reproduit, parce que ce qui attire la personne vers ce type de partenaire (la familiarité du chaos, le besoin de réparation, l’intensité émotionnelle confondue avec l’amour) reste actif.
La prise de conscience de cette répétition est souvent un tournant décisif en thérapie. C’est le moment où la personne passe de « pourquoi suis-je tombée sur quelqu’un comme ça ? » à « qu’est-ce qui, en moi, m’a rendue vulnérable à ce type de relation ? ». Ce déplacement du regard, de l’extérieur vers l’intérieur, ouvre la voie à un travail de fond qui seul peut rompre le cycle.